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 « Mieux vaut mourir de mort que de mourir d'amour. »

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(#) Dim 9 Fév - 0:53



Mieux vaut mourir...
Les filles, c'est comme la mer, ça dépend de la lune.


Participants • Siri Freknur et Isleif.
PNJ • Une pléiade d'inconnus.
Statut du sujet • Privé.
Date, mois, année • Jól, Mörsugur 1295
Lieu • Dans le port souterrain encore fumant.
Moment de la journée • Nuit.
Météo • Sans importance.


Je ne souhaite pas que les Nornes interviennent dans ce sujet.
PIERCEOFTHEVIRGIN © TUMBLR

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(#) Dim 9 Fév - 1:48

« Putain de connard. » Il s'enfonce tout entier dans la foule et si sa capuche ombrage prodigieusement son visage, Isleif dissimule mais n'éteint jamais sa colère. La lumière des brasiers pâlie tout autour, et sa rage n'en est que décuplée. Ce n'est pas un revers. Non, c'est une défaite. Et bien qu'il ne fasse que distinguer la silhouette hystérique de son capitaine, là-bas, plus loin, perdu de l'autre côté des quais, le sang-mêlé nourrit tout de même l'espoir de refermer ses mains sur cette gorge bavarde. Le Munin ainsi décapité, Isleif voit la discorde, la débâcle, et toutes ces choses que leur révolte ne peut autoriser. Ils se disperseront. Fuiront, peut-être. Les lâches. Les indécis. Et la meute que Jarl Heill lâchera bientôt dans leur sillage ne fera que précipiter leur chute. Il peste, il injurie. Pour autant qu'on le presse un peu trop, dans cet amas compact de corps malmenés et d'esprits affolés, il repousse et rejette, retenant la puissance de sa lame. C'est encore un effort formidable qu'il doit fournir alors, pour n'éviscérer ni homme ni femme dont le visage lui est inconnu. Un forfait des plus gratuits apaiserait sa rage, mais la valeur de son dessein en serait affectée. Il se replie davantage sur lui-même, s'éloigne pour autant qu'il le peut. Skuli est déjà verrouillé, balisé. Il est même certain que cet homme, un peu plus loin, vient pour lui. Il n'a pas le temps de sa crainte que la foule le recrache vers l'intérieur du port.

Chahuté par les allers et venues qui ne tarissent jamais, Isleif ne la voit pas encore. Pourtant, dans la fuite d'un grand nombre, elle est là. Elle se dessine très nettement, comme une aura attribuée à raison de son rang. L'horizon en est parfaitement dégagé, et il doit bien l'apercevoir quand il cherche encore le moyen de sa fuite. Mais c'est un peu tard, jeune Isleif. Leurs deux regards se sont accrochés, tout à coup. Il la reconnaît comme elle ne peut que le reconnaître en retour. D'abord, il réalise sa grande beauté, que rien n'altère jamais. Et, cet appétit étrange ravalé, il fait comme un seul pas vers elle. Oh, elle est hors de portée, et lui fait encore mieux d'être en dehors de la sienne. C'est qu'elle ne paraît pas blessée. L'est-elle ? Les secondes s'éternisent mais la certitude n'envahit pas mieux le meurtrier. De ces iris vissés aux siens, Isleif comprend son grand péril.
C'est ainsi qu'il s'échappe, son courage dérobé.

Siri Freknur ne doit pas s'emparer de lui, cette nuit. Il court si bien qu'on finit par lui céder le passage. Il fond au plus profond de Skuli, et au plus loin des quais. C'est plein de badauds, purs et impurs, qui se disputent encore, se battent parfois, et rapatrient autant de blessés que de morts. Isleif n'a pas le temps de contempler son œuvre tant la course l'éreinte et le terrifie. Et bien qu'il tente chaque fois de gagner en distance, ses efforts sont réduits à néant quand il entre, la porte arrachée à ses gonds, dans un entrepôt ténébreux et humides. Tout sent la fumée et la mort. Tout est clos, et parfaitement hermétique. Il envisage, affolé, toutes les échappatoires et quand il n'imagine plus pour sortie que sa propre entrée, il n'en a plus la chance. Elle est là et, par les Nornes, que sa colère est belle...
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(#) Mar 11 Fév - 11:48

Il ne lui fallut pas plus de quelques minutes de bain de foule, emportée par les élans des fuyards retardataires et des grands blessés qu’on rapatriait enfin, pour y voir sur fond de fumée noire une silhouette. L'apparition était telle qu’elle fut contrainte, sous un violent bond dans la poitrine, de stopper brusquement sa marche. Là-bas, entre les sang-purs improvisés victimes, il y avait Isleif. Isleif qui la fixait d’un air hagard, la carrure crispée par la malheureuse coïncidence, visiblement épargné par la violence de la révolte ; encore éloignée, elle était incapable de discerner dans ses yeux la dualité qui le déchirait sans ménagement. Encore tremblante de colère, elle n’aurait, à une distance raisonnable, surtout rien voulu lire dans son regard de marmot pris en faute. Bien qu’elle eût souhaité le contraire, qu’elle eût aimé avoir la certitude que le sang-mêlé se trouvait là par un sombre hasard, Siri savait que sa présence n’était pas anodine. Et ce fut précisément cette conviction qui libérait en elle une rage qui n’avait d’égale que sa peine -la peine de savoir qu’Isleif, ignorant des leçons de morale dispensées sur plusieurs années, se prêtant au jeu d’un meurtrier assoiffé de vengeance, avec qui il était de surcroît en désaccord, avait joué un rôle primordial dans le massacre de Jol. Il la regardait droit dans l’oeil, sidéré. Il avait sa part de responsabilité dans les vies fauchées, dont les coquilles vides flottaient encore à la surface du lac. Ne pouvait-il pas avoir été contraint à obéir ? Quand bien même, il avait fait le choix de rejoindre, en montant sur le Munin, le camp des assassins. Plus encore que l’instigateur lui-même, Isleif était coupable. Coupable d’avoir bafoué l’affection qu’elle lui portait à lui plus qu’aux autres impurs qui un jour avait croisés sa route, coupable d’avoir trahi une vieille amitié, et avec elle, une confiance à laquelle on venait de porter un coup mortel. Coupable d’avoir été assez stupide pour se mêler à Grim, et à tous ceux dont le ressentiment ne pouvaient qu’aboutir à une tragédie, coupable de ne pas avoir cherché à prévenir, saboter, contrer la vague offensive des sang-mêlés de celui qui avait manqué de signer la fin de Skuli.

Coupable de couardise. Elle avait repoussé quelques badauds, jouant des coudes avec la délicatesse qu’exigeaient les circonstances ; elle fut bientôt muée par une furie nouvelle, stupéfiée par la réaction de l’autre. Isleif venait de se détourner pour la fuir. « ISLEIF ! » De manière prévisible, le nom s’évanouit dans le tumulte des hommes avant même d’atteindre le fuyard. Mais il lui avait fallu hurler sa rage avant de se lancer à sa poursuite ; la gorge enserrée par une rancœur montante, retenant le fiel qu’elle lui déverserait bientôt au visage, elle se jeta à corps perdu dans une course effrénée. Ni sa longue robe, ni l’obstacle des corps ne parvinrent à la stopper ; tout juste lui firent-ils perdre quelques précieuses secondes qui, perdues, la poussèrent à courir plus vite, se jetant dans le chemin que leur frayait généreusement sa proie. La stupidité d’Isleif atteignit son paroxysme lorsqu’il se jeta dans un des bâtiments qui avaient pâti de la fête ; elle l’y retrouva pris au piège et, sans même prendre le temps de reprendre son souffle, elle franchit les derniers mètres qui les séparaient pour lui infliger son courroux. « Espèce de lâche ! », siffla-t-elle en lui décochant un coup qui, s’il ressemblait dans la forme à une gifle magistrale, s’écrasa sur la joue d’Isleif avec la puissance d’un poing écrasé en plein nez. Et, achevant les prémices de son châtiment, elle lui attrapa violemment l’oreille offerte et en tordit le cartilage entre ses doigts avec une violence qui n’avait plus rien de maternel, dardant sur le gamin à sa merci un regard où brûlait une hargne féroce. « Qu’est-ce que tu as fait ? Qu’est-ce que tu as fait, Isleif ? », commença-t-elle, le souffle court, en tirant un peu plus sur l’excroissance rougie, comme si elle cherchait à la lui arracher, lui crachant au visage ce qui lui brûlait le ventre depuis qu’elle l’avait aperçu. « C’est toi qui a brisé les runes ? C’est toi qui a mis le feu au village ? C’est toi qui a lâché les margygr ? Ou t’es-tu seulement contenté de tuer les sang-purs qui se trouvaient sur ta route ? » Son autre main lui avait agrippé le col pour l’empêcher de se soustraire à sa poigne et de se dérober à ses questions, le regard rivé au sien. « Dis-moi, dis-moi ce que tu as fait. », acheva-t-elle d’une voix rauque, aux accents de fureur qui ne trompaient pas : il allait payer pour ses fautes, et tout de suite.


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(#) Mar 11 Fév - 14:56

Alors, soit ! il est lâche – très bien c'est entendu. Mais ce courage qui le déserte est aussitôt remplacé par un sentiment de puissance incroyable. C'est peut-être la crainte, c'est peut-être l'orgueil. C'est, de toute façon, un bonheur qu'il prend plaisir à sentir, diffus, dans le moindre de ses lambeaux de chair pétrifiée. Elle est là, elle le scrute, rien qu'un petit instant qui prend des allures de répits. C'est maintenant, la justice. Le procès. Et, enfin, la sentence. Qu'il prend comme une correction offensante. Il préférerait probablement qu'elle le batte, le meurtrisse, et le roue de tous les coups digne de sa violence. Mais c'est comme une leçon. Elle est enivrée de colère – stupéfiante, et il fige son regard sur ces traits affaissés, dévorés d'une ire qu'il ne lui connaît pas. Oh, qu'elle en est pourvue, elle en déborde et il s'effraie d'autant de furie. S'il est terrifié, c'est par cette laideur qu'elle affiche, qu'elle lui crache au visage. Et quand elle l'attrape, tente comme de lui arracher l'oreille, Isleif se renfrogne depuis l'intérieur. La douleur s'accentue, mais tout en-dedans qu'il souffre de la punition. C'est ridicule, en un sens, cette façon dont elle s'en prend à lui. Il y a même une once de vexation pour s'insérer sous la peau de l'impur, qui siffle entre ses lèvres vissées de rage. Il la dévisage encore avec cette lueur provocante, celle des gamins qui peuvent tout. « Qu’est-ce que tu as fait, Isleif ? qu'elle l'interroge avec force. » Rien, qu'il se met à songer. Je n'ai rien fait, murmure son silence. Mais l'idée de ce mensonge le révulse. Aucun de ces mots ne s'arrache à ses lèvres. Sa bouche refuse d'en accoucher. Et comme elle affirme sa prise, comme elle continue de la sorte, avec des questions et encore des questions, auxquelles elle ne souhaite aucune réponse, il tente de se dégager. Sans le moindre succès. C'est vain, ces petits sursauts qu'il provoque de ses épaules et de ses bras. « Lâche-moi, grince-t-il en tentant sa débâche. » Tel qu'il se retrouve prisonnier, Isleif se sent petit garçon. Et il déteste cela, plus encore qu'aucun autre châtiment digne de ses crimes. Elle n'a pas le droit. Elle n'en a aucun droit. Plutôt être détruit par cette main qui le punit. Plutôt être tué par cette main qui le sermonne. « Dis-moi, dis-moi ce que tu as fait. »

« Lâche-moi, serine-t-il. » Il souffle, et trouve la force de lutter contre la pénible emprise qui le tenaille et le menace. « Lâche-moi ! qu'il gueule un peu. » La main qu'il abat sur le poignet qui le retient lui apparaît soudain comme une étrangère. C'est pourtant bien la sienne qui rompt tout le supplice et le libère enfin. Et comme il n'espère pas l'attaquer, il recule, d'un pas, puis d'un autre. Dans son dos, aucune échappatoire. Face à lui, elle et seulement elle. Puis la porte. Comme il sait bien que ses chances sont dissoutes, il essuie le sang qui goutte à son nez attaqué et défroisse lentement les plis de ses vêtements. Les yeux qu'il porte alors sur elle sont dénués de toute pitié. Elle semble si affectée qu'il ne songe qu'à peine aux réponses qu'elle espère obtenir. Et dans son mépris désinvolte, il va pour assumer ce qui ne peut l'être, il va pour défendre ce qui ne doit pas l'être. « J'ai fait ce que je devais faire, et c'est tout. » C'est un aveu, bien entendu, mais ce sont aussi des mots bien choisis, avec ce ton égal des discours millénaires, irrévocables et presque consacrés. Et la notion de devoir, lorsque prononcée par lui, fait tout un monde. C'est un mot rare, précieux, qu'il n'utilise jamais qu'à bon escient ; dans sa raison ou dans son tort, il ne voudrait l'offenser.
« J'ai fait ce que je devais faire. Et tu fais exactement la même chose. » Il ouvre un peu les bras, et ses traits se tendent lentement. D'apparence, c'est comme de la décontraction. Au sein de ses entrailles horrifiées, c'est la justification de vingt-six longues années passées dans cette vie. A présent, il est tout à cet air répugnant, pénétrant, de celui qui sait tout, qui entend tout aux choses mystiques et au sens même de l'existence humaine. Et cette attitude supérieure le pousse encore au discours qu'il tient bientôt : « C'est l'histoire du sang-mêlé qui veut être libre et du sang-pur qui vient l'en punir. Tu connais déjà cette histoire, n'est-ce pas ? » Il affermit sa posture, se redresse avec tout son orgueil, et trouve même de la témérité pour continuer : « L'impur brise les runes qui protège la cité des bien-nés et abat sur eux une justice commensurable à leurs crimes. Il veut purifier par le feu, et le sang coule comme l'alcool arrose toutes les victoires. C'est là que le sang-pur fait le choix de renier toute sa faute, de la cacher derrière ses petites règles, ses petits dogmes qu'il a bien soignés toute sa vie. C'est là que le sang-pur (et il la désigne d'un geste si vague, si grossier, qu'il en fait une injure) décide que l'autre race est assassine pour autant qu'elle tue alors que les meurtres de la sienne prennent le nom de justices et, en cela, sont bien légitimes, toute justifiées. » Un sourire éclot sur ses lèvres furieuses. Il pourrait le vomit comme il pourrait le ravaler mais il le garde seulement à la commissure, toute une esquisse pour survivre. « C'est là que le pur livre l'impur à la dite justice, et attend son assassinat avec quiétude. Parce que ce n'est pas un assassinat, non. Un meurtre, pensez-vous ?... tuer un impur, c'est tout juste un service, un service pour le bien commun. » Tandis qu'il écarte un peu mieux les bras, tandis qu'il la scrute toujours avec intensité, il conclut de ses mots fuyants : « C'est bien ce que tu es venue faire, pas vrai ? Me livrer à Jarl Heill et te garder le choix qu'on m'égorge ou me pende. »

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(#) Lun 17 Fév - 10:32

Ce fut comme un coup en plein plexus lorsqu’Isleif, excédé, faucha son bras du revers de la main, comme mu par une force nouvelle –celle d’une fierté bafouée par les punitions enfantines qu’elle lui infligeait quand l’heure de la dispute avait sonné. Seulement cette fois, il n’était plus question de ses mauvaises fréquentations ou d’hypothétiques rébellions ; cette fois, c’était d’une véritable révolte qu’il s’agissait, avec ses dizaines de morts, ses effluves de haine destructrice, encore palpable dans la fumée de  l’incendie -le chaos dans toute sa splendeur. Siri, qui avait retenu son souffle sous le geste empreint de violence, toujours plus furieuse et stupéfaite du comportement de celui qu’elle avait cru connaître et, surtout, estimer et soutenir, le regarda se gonfler d’orgueil, cracher un discours qui ne lui ressemblait que dans cette forme de supériorité suffisante qu’il affichait quand il croyait tout savoir, gamin étourdi de convictions dépassées. Était-ce l’adrénaline de la révolte qui lui courait encore dans les veines ? Ce qu’il devait faire –ce qu’ils devaient faire. Il était soit complètement fou, soit complètement con ; à la lueur du regard qu’il lui jetait, Siri ne voyait aucune autre alternative. Il semblait avoir oublié. Combien de fois avaient-ils discuté de la hiérarchie du sang, des injustices, des actions à entreprendre, de la vanité d’une rébellion, de sa présence sur le Munin ? Et combien d’autres querelles aurait-il fallu pour échapper à cette horrible fable qui les désignait elle comme l’ennemi et lui comme la victime, malheureux martyr qui frayait pourtant parmi ceux de son sang depuis des lustres ? Oui, décidément, Isleif oubliait bien des choses.

La peau lui brûlait encore là où il l’avait frappée lorsqu’elle glissa son pouce au cœur de ses phalanges, comme sa mère le lui avait inculqué alors qu'elle n'était qu'une jeune fille ; une seconde plus tard, elle lui avait balancé son poing dans l’abdomen avec une force brute. Il fallait le faire taire, d’abord, pour mieux répliquer ensuite –et si elle pouvait au passage lui faire ravaler son ressentiment exacerbé par les combats, son arrogance et cette insupportable ferveur qu’elle voyait danser sur ses traits, c’était encore mieux. « C’est ce que je devrais faire, oui, mais je préfère encore te tuer de mes propres mains. », laissa-t-elle tomber sur un ton tranchant, toujours aussi proche de l’impudent, aimantée à lui par une colère noire ; elle l’avait à nouveau saisi par le col, de ses deux mains cette fois, prête à le secouer jusqu’à ce qu’il comprenne, jusqu’à ce qu’il se rappelle, jusqu’à ce qu’il redevienne l’Isleif des beaux jours, l’Isleif emporté, impatient, mais pas encore assez stupide pour se transformer en monstre pétri d'une hargne rancunière.  « Tu n’as donc rien compris ? Rien retenu ? Par Thor, ouvre les yeux ! En te prêtant au jeu de Grim, tu as seulement empiré les choses ! Tu penses qu’en exterminant les sang-purs, tu parviendras à rétablir l’ordre et obtenir ce qui vous est dû ? Le sang entraîne le sang, tu devrais être le premier à le savoir –et le premier à t’y opposer ! As-tu vu les corps ? As-tu vu les blessés ? As-tu vu ce que tu as causé, en te laissant endormir par ton maudit capitaine ? »

Sa prise s’était refermée sur le tissu rêche de sa tunique ; si elle avait pu, elle lui aurait arraché la haine du fond de la gorge, étranglé la bête noire qui lui rongeait la cervelle et le plaçait désormais comme fier héritier de Grim. Mais Siri devait se contenter de sa seule arme, une arme qu’elle redoutait de voir se briser sur les croyances étrangères d’Isleif. Quel rôle lui avait-on attribué pour qu’il perde à ce point la raison ? Elle se refusait encore à le voir autrement que comme manipulé par son équipage, victime d’une naïveté  -et d’une idiotie- inhérente à son immaturité chronique. Un gamin, c’était ce qu’il était. Un gamin poussé au meurtre par les siens. « Tu n’es pas en train de faire justice. Tu es en train de couler ton propre navire et de noyer avec lui ceux de ton sang, espèce d’abruti ! Dans quelques jours, la chasse aux impurs va commencer : elle sera virulente, répressive, et plus perverse encore que cette révolte de lâches. Vous n’avez ouvert la voie qu’à la violence –à la violence et au meurtre. », acheva-t-elle d’une voix rauque, encore sonnée par le coup d’éclat de Jol, et pourtant déjà tournée vers les terribles conséquences qui succéderaient au massacre. Jarl ne dormirait pas en paix tant qu’il n’aurait pas écrasé les derniers soubresauts de rébellion, raffermi sa position de chef suprême, bafouée par les attaques des sous-êtres. L’équipage du Munin serait le premier à en souffrir, et Siri n'admettrait pas qu'elle craignait aussi pour sa vie.


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(#) Lun 17 Fév - 11:49

Il se réfugie davantage, il se confine dans les tréfonds et dresse d'incroyables barricades, là, tout autour de son être. Il craint moins pour sa vie que pour l'éclat de son âme, qu'il voit bien, dans ces yeux qui le jugent, terni pour des décades entières. Elle se figure peut-être que ç'a été facile, que ça n'a rien coûté à celui qui, cette nuit, a levé le brasier. Mais elle se trompe, et il n'essaie jamais de l'en convaincre. Car, c'est vrai, il devait le faire. C'était son rôle. Il devait se tenir tout près de la gorge de Skuli et prononcer les ordres meurtriers. Les margygrs. Le feu. Le sang. Il le fallait. Pour que vive la révolte, et pour qu'aucun ne puisse l'ignorer, désormais – quand même évaporé aux confins de la lâcheté. C'était nécessaire, comme toutes les morts d'avant, et comme toutes les nouvelles à venir. Et si elle soupçonnait la véritable ampleur que devait prendre cette terrible nuit d'orgie sanguine, elle le tuerait probablement dans l'instant.

Dans la justice qu'elle lui rend, Isleif accuse le coup d'un souffle dans la poitrine. La fatigue. La crainte. Le dégoût. Tout pour l'étreindre et le suffoquer. Il n'est pas capable d'un nouveau combat quand le dernier vient seulement de s'éteindre. Que lui ferait-il, d'ailleurs ? Il n''imagine pas blesser ce visage. Il ne s'imagine pas meurtrir ce corps. Il la dévisage, les yeux qui suivent les menaces qu'elle dessine. « Je préfère encore te tuer de mes propres mains, siffle-t-elle pour le saisir au col. » Elle recommence. L'envie prend le mêlé de cracher à ces traits dévorés par la haine. Mais, cependant qu'il éprouve la morsure et l'étau qu'elle appose sur son corps, Isleif rejoint d'obscures pensées qui le disloquent d'un peu. Le déteste-t-elle ? Pire, le méprise-t-elle ? Il ne s'offusquerait pas qu'elle le haïsse. Elle peut bien lui vouer tout son fiel. Que lui importe si elle ne cesse jamais de le dévisager, de ces yeux-là ou de ceux de jadis. Et, dans sa contemplation juvénile, il oublie un peu de ce sort répugnant qui l'attend. Qu'il mérite et qu'il accepte de sa main si elle préfère le battre que tous ces mots qu'elle lui déverse en poison. « Tu n’as donc rien compris ? Rien retenu ? » « J'ai tout compris, souffle-t-il, un sombre, natif, rictus à la commissure de ses lèvres. » L'esquisse se mue en sourire, pour mieux se fracasser en éclats déjà refoulés. « Par Thor... » « Ne dis pas ce nom... » Il n'écoute presque plus le maudit, damné, sermon, obnubilé par les lèvres qui s'agitent, et recrachent les leçons qu'elle a, un jour, apprises de tout son soûl.
« As-tu vu les corps ? As-tu vu les blessés ? » La vision le frappe, le trouble, un peu. Isleif mentirait s'il affirmait que la vue du sang écoulé et de la chair à vif n'effleure rien de sa conscience. Mais c'est qu'il y a tout un symbole derrière l'horreur. C'est qu'il y a toute une horreur encore derrière l'horreur. « As-tu vu ce que tu as causé ? » « C'est votre faute, murmure-t-il. C'est votre faute... Vous avez pris tellement de vies. Il nous reste encore à en prendre. »

Avec le sentiment que l'esprit va pour se détacher du corps, Isleif laisse un peu de sa déraison le précipiter vers la belle inconscience. Ce serait contraire à sa survie, mais ô combien moins pénible. Les images cesseraient. Les souvenirs aussi. Elle ferait bien ce qu'elle voudrait de son corps misérable. Le lacérer, si elle le veut. Elle le vaut bien, pense-t-il. Elle le vaut bien cent fois. Et peut-être davantage quand cette angoisse menace de le faire vomir. Le déteste-t-elle ? Soudain, les sentiments de l'assaillante l'accablent volontiers. Se peut-il qu'elle le haïsse pour toujours ? Il voit encore la courbe du sourcil qui l'injurie, les yeux qui le détruisent, les lèvres qui l'affligent. S'il le pouvait, il se précipiterait contre elle, comme on veut se blottir pour une once de réconfort. Mais c'est un rêve. Et Isleif ne peut pas rêver.

« Vous n’avez ouvert la voie qu’à la violence. » « C'est faux, se réveille-t-il de son coma. » C'est une voix basse. Faible. Mais son regard vit un sursaut, qui le renvoie encore à cette mire qu'elle lui jette. « C'est vous... c'est vous qui l'avez ouverte. Il y a longtemps. Tellement longtemps que tu sembles l'avoir oublié. » Les iris d'Isleif se durcissent, la colère lui remonte la gorge. La haine avec elle. Ce n'est que de ces marées implacables, et dévotes. Comme la prière qui console, la certitude qui consolide. « C'est facile pour toi ! qu'il éclate enfin. C'est facile ! » Elle le tient encore qu'il se redresse un peu, comme pour lui offrir davantage de prise, davantage d'emprise. « Qu'est-ce que tu as perdu, dis-moi ! » Même s'il ne tente plus de se dégager, il la repousse un peu. Il la presse. Et ses mains étreignent les poignets qui l'étreignent en retour. « Qu'est-ce que tu as perdu, Siri ! Qu'est-ce qu'on t'a pris ! Est-ce qu'on t'a tout enlevé avant même que tu naisses ! Qui, putain, je veux qu'on me le dise ! qui a décidé que le ventre de ta mère valait mieux que celui de la mienne ! Qui a juré de me saigner sans que j'ai jamais commis aucun crime ! Qui a juré, devant vos mages impies, de tous nous faire périr pour un peu de ce sang ! » Il serre si fort la peau entre ses doigts qu'il la voit rougir. Mais il est déjà trop près, trop proche, pour se reprendre, pour renoncer. Le dos de la Freknur heurte déjà le mur de bois craquant, tandis qu'il s'offre toujours en martyr. « Dis-moi, toi ! Dis-moi, gueule-t-il, quand, dis-moi quand, tes allures de putain t'ont donné droit de vie et de mort sur tout mon courage ! »

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(#) Lun 17 Fév - 20:24


Il lui avait un instant semblé qu’il s’était calmé, qu’enfin ses mots, en faisant appel au peu de bon sens que la folie de la révolte avait enfoui au fond de lui, avait atteint le cœur d’Isleif. Mais ses espoirs avaient vite été balayés par une voix faiblarde, pourtant catégorique. C’est faux. C’est faux. Il n’en avait pas démordu lorsqu’elle l’avait accablé de paroles porteuses d’une justice favorisant les siens, comme pour rééquilibrer cette balance que de son orgueil et de ses convictions aveugles il faisait pencher du côté des autres –ces autres qu’elle n’avait jamais cessé de comprendre, jamais cessé de respecter, et les trahir en exhortant la peine des sang-purs lui faisait sûrement autant de mal que de constater les méfaits de son protégé. Et la cervelle de l’impur, et avec elle ses derniers soupçons d’intellect –à croire qu’elle en attendait trop de lui, avec son intarissable verve et sa fureur d’inconscient- s’émiettait au fil des secondes, au fil de cette haine qui, sous les assauts répétés de la bergère, semblait perdre du terrain pour mieux au détour de sa propre violence lui exploser au visage.

Désormais, Isleif dominait. Il s’était redressé avec une lenteur menaçante, enserré ses poignets de ses mains assassines, fiché son regard dans le sien avec une haine, avec une hargne qu’elle n’oublierait pas de sitôt. L’avait-elle jamais vu dans un tel état de rage, aussi désespérément raccroché à des opinions qui n’étaient pas les siennes ? « Je n’ai rien oublié. », parvint-elle à siffler avant que le manège ne s’emballe, au milieu des pitoyables palabres du brimé ; mais déjà il ne l’écoutait plus, la repoussant contre le mur branlant du bâtiment détruit, ignorant la maltraitance qu’il lui infligeait, implacable, plus par sa langue acérée que par cette violence physique qui lui avait fait naître au fond du ventre une peur irraisonnée. Ce n’est qu’Isleif, Isleif en détresse, Isleif en colère, se répétait-elle sans même en être consciente, protégée par une témérité enorgueillie de ses propres croyances, médusée toujours, furieuse encore de le voir emprunter le chemin contraire, s’enfonçant dans un fantasme de martyr, une fantaisie d’injustice d’autant plus criante qu’il savait. Il savait qu’elle était consciente, plus que quiconque, à la fois des privilèges de son sang et de ses peines enfouies. Il savait qu’elle avait sacrifié, à sa mesure, pour voir l’égalité un jour s’établir –il savait qu’elle avait toujours été de leur côté, qu’elle avait toujours soutenu leur cause. Mais tout cela n’était pas assez sans doute, et l’entendre le lui marteler en bafouant leurs interminables discussions, en violant ce respect indicible qu’ils se vouaient depuis toujours la sortit brutalement de son silence –elle avait tout juste eu le temps de l’entendre la fustiger de putain. « Va brûler en Helheim ! », tonna-t-elle en s’agitant comme un beau diable, reportant tout ce poids acculé au mur contre son agresseur en gardant au tympan l’insulte finale, l’affront cuisant qu’il lui avait porté en lui crachant au visage ; son poignet droit s’était dérobé à sa poigne et dans la seconde, la lame s’abattait sur Isleif.

Elle tremblait désormais, les yeux rivés sur son œuvre, monstrueuse entaille qui lui barrait le visage de l’arcade à la pommette. Sur ses ciseaux à tondre, le sang d’Isleif dégringolait son chemin sans bruit. Il était pourtant hors de question de céder à l’appel de cette amitié que, butée et blessée, elle jugeait sur l’instant révolue ; elle préféra plutôt l’agripper par la tunique sans lui laisser le temps d’agir autrement qu’en geignant, le corps encore raidi par ce funeste retournement de situation, avec une poigne chevrotante qu’elle aurait d’ordinaire trouvée risible. « Est-ce que c’est assez ? Ou ne t’arrêteras-tu que lorsque l’un de nous sera mort ? », fit-elle sans parvenir à contrôler la respiration irrégulière que lui dictait son cœur battant, affolé par l’inquiétude –jamais ne l’avait-elle aussi sérieusement tailladé de sa vie- et la crainte indicible des conséquences de son acte. Loin de l'instinct de survie qui lui avait dicté son précédent réflexe, elle l'attira à elle plus encore et lui appliqua la lame sur la gorge, sans masquer, de la pointe fléchant vers le bas, un cruel manque de conviction, sentant battre contre ses phalanges repliées un pouls brûlant de vie. « Et maintenant, est-ce que tu vas revenir à toi ? Regarde ce que tu nous fais faire... Ce que tu me fais faire. » Elle avait voulu lui dire tout autre chose, à la vue de ce sang dont elle était responsable ; mais la colère et le désarroi une fois encore lui avaient tiré de la gorge des paroles étrangères.


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(#) Lun 17 Fév - 22:08

La brûlure est cuisante. L'entaille l'est aussi. Il porte une main ouverte à son visage, les doigts tremblants, le cœur battant, et le souffle si mince qu'il pense, un temps, qu'il a cessé de respirer. C'est du sang qu'il sent couler dans sa paume. C'est son sang. Son corps lui paraît, soudain, trop maigre pour être habité. Il est littéralement soufflé par la violence et la douleur, sa cousine, qui l'accompagne bientôt. Un cri se meurt dans sa gorge, asphyxié. Il n'a pas même de larmes pour daigner épancher son horreur. Et le monde tourne, tout autour, comme il n'est pas commode de le faire. C'est la surprise. L'angoisse. La trahison, aussi. La main maternelle recèle-t-elle suffisamment de cruauté pour meurtrir la peau de l'infant ? Il doit bien s'y résoudre, quand de longs gémissements échappent à ses lèvres pétrifiées. C'est son visage qu'il tient dans sa main. C'est son pourpre qui le brûle, et qui déverse cette caresse sordide jusqu'à son menton. Il halète, et gémit sans commune dignité. Ce brasier-ci ne s'éteindra jamais. Ce brasier-ci vivra toujours.

Elle l'attrape, et il imagine que c'est pour lui porter un nouveau coup. L'ultime, peut-être. Alors, d'instinct, il tente de se protéger le visage, se recroqueville comme il le peut, comme si une autre de ces blessures pouvait être plus infâme que n'importe quelle attaque à des endroits autrement plus fatals. « Est-ce que c’est assez ? » « C'est assez, qu'il répond. » « Ou ne t’arrêteras-tu que lorsque l’un de nous sera mort ? » « C'est assez, répète-t-il d'un murmure. » Mais elle l'attire tout de même à elle, et glisse encore la meurtrière contre sa gorge – que, cette fois, il offre avec piété. Il n'est pas à son meurtre qui se love tout contre sa peau, qui se prépare avec son consentement. Il éprouve plutôt la chaleur des doigts qu'elle fait ainsi flotter tout près de lui, et l'autre chaleur qu'il peut sentir dans sa poitrine et qui exalte un réconfort propice à l'abandon. Il respire plus lentement, à présent. Il se calme peu à peu. « Regarde ce que tu nous fais faire » Il hoche un peu de la tête. Il opine en silence, la main encore plaquée sur son visage marqué. « Ce que tu me fais faire. » Alors il fait cette chose incroyable, et se blottit contre elle pour autant qu'il le peut. Il passe son bras libre autour d'elle et l'enlace avec toute la puissance qui ne l'a pas encore déserté. Il fourmille d'une colère si sourde qu'il ne la reconnaît pas comme elle l'est de nature. Il ne voit que la profondeur de sa triste meurtrissure et le besoin qu'il ressent d'être consolé de sa perte. Le bourreau peut encore être le guérisseur. Les enfants ne pardonnent-ils pas l'autorité de la punition à leurs justes parents, comme les chiens se doivent de revenir à leur maître ? Il plonge son visage dans la peau, le front battant du cœur qu'il peut percevoir de la sorte. Elle en a un. C'est un bien si précieux. Et il ne consent pas à l'idée que ce ne soit qu'un simple organe nécessaire à la vie, implacable dans la mort. Et comme il sait qu'elle va vouloir le repousser, le rejeter, il la retient de toutes ses forces survivantes et se lamente dans son corps.

« Tu n'as rien d'une putain, Siri Freknur. » Maintenant, il se détache lentement d'elle. Sa gorge demeure offerte mais son esprit reprend de son ordre et de sa réflexion. C'est ainsi qu'Ilsleif se remémore toutes ces heures passées sur le Munin, à entendre les uns et les autres railler la grande, la puissante, bergère du Noregr. L'on en a dit, de ces choses, sur un tel pont. Des mots qui, lui, l'offense toujours, quand même elle lui doit presque un meurtre. Il ne peut pas s'imaginer l'excuse qu'il pourrait y trouver. Et Siri serait incapable d'en entendre le prologue. On a promis tant de viles, de crasses, choses à cette femme sans qu'elle en sache le commencement... Il en est un peu venu à la haïr, comme salie, comme souillée. « Tu n'es pas une putain mais, moi, je suis un monstre. » Il fixe obstinément ses mains, comme si elles étaient plus coupables qu'il ne l'est. « J'ai été fou de croire que j'y arriverais... » Avoir autant de sang sur les mains requiert un courage qu'il ne trouve à aucun endroit dans son corps, bien qu'il y creuse de toute sa volonté.
« Grim a raison sur quelque chose, à mon sujet... je suis faible. »

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(#) Lun 24 Fév - 20:18


Il lui avait fallu manquer de l’éborgner pour mettre un terme à sa folie. Ce fut l’amer constat qui saisit Siri alors que la faible voix d’Isleif, qui s’agrippait le visage pour en protéger la blessure fraîchement coupée, abattait ses derniers remparts. Et pourtant, alors que sa main montrait les premiers signes de faiblesse, elle alla jusqu’au bout de ce rôle que la force des choses lui avait imposé : puisqu’il agissait en enfant colérique, il devait être puni en tant que tel. Subir à son tour un courroux démesuré, apprendre ce qu’en infligeant aux autres, il risquait de s’infliger lui-même. Sa lame piqua pourtant du nez avant qu’elle n’ait pu appuyer ses menaces : lui coupant le souffle de surprise, le sang-mêlé s’était accroché à elle, en une étreinte qui ne souffrirait aucun refus. Son corps, d’abord mortifié par ce revirement inattendu, encore empreint de colère, tenta de se dérober à ses bras ; mais ces derniers la retinrent contre lui avant même qu’elle ne cherche à s’échapper avec plus de franchise, vaincue par l’abandon d’Isleif, réduite à la compassion par sa douleur. Cette douleur qu’elle avait causée de sa propre main, en réprimande de tant d’autres, là-bas sur les quais. Comment pouvait-elle lui en vouloir ? A force de l’entendre, elle connaissait sa souffrance par cœur, de nombreuses fois témoin du mal être qui le rongeait lui comme tous ceux de son sang. Après tout, il avait raison : elle était née du bon côté de la barrière, jouissant de privilèges évidents auxquels lui comme les autres n’auraient jamais droit. Beaucoup trop consciente de ces différences, de la détresse qui lui coulait dans le cou et du faible impact de ses actes –accueillir toutes les saisons un sang-mêlé en perdition, quelle courage !-, le bras aux ciseaux épousa le crâne du révolté, tandis que sa main libre s’y posait sans s’y refermer, de peur que la hargne ne reprenne de plus belle.

Il se sépara tout juste d’elle en s’apitoyant sur son pauvre sort ; le revirement de situation lui fit froncer les sourcils, et elle rangea les ciseaux à tondre à sa ceinture, après les avoir essuyés sur sa robe déjà souillée de sang.

« Regarde-moi. », fit-elle en prenant vivement ses mains des siennes, comme pour lui arracher les images du massacre qu’il pouvait lire dans ses paumes. Dans son regard, rivé dans le sien, c'était la même obstination avec laquelle elle l’avait cueilli quelques instants plus tôt, à la différence près que toute trace de rage avait désormais déserté ses traits, ses gestes –et dans sa voix perçait encore les accents de colère qui maintenant ne lui étaient plus adressés. Elle enserra ses paumes avec plus de fermeté, laissant transparaître dans sa poigne une indicible affection, presque contraire. « Tu mériterais une autre balafre pour ces paroles. » Elle relâcha l’une de ses mains pour mieux porter la sienne à sa blessure ; au lieu de l’y apposer, elle en retira d’abord les cheveux qui s’y étaient agglutinés lorsqu’il s’était caché la figure. « S’il doit y avoir un faible, alors c’est celui qui a recours au massacre, qui se laisse aller à la haine, celui qui est prêt à exterminer les innocents de la même façon que ceux qu’il exècre. Moi, je n’y vois aucun courage : seulement une colère qui ne donnera jamais rien d’autre que de grands malheurs. » Elle referma ses phalanges avant même de les ouvrir, avant même de prononcer les runes qui refermeraient sa plaie et leur feraient oublier leur violent accroc ; lui faire oublier, c’était tout ce qu’elle souhaitait éviter. Il fallait qu’il se souvienne, il fallait qu’il prenne conscience de toute la mesure de ses actes, en endurant la douleur de l’instant et, plus tard, la laideur de sa cicatrice. « Il est trop tard pour Grim, mais sûrement pas pour toi. Tu es un imbécile, pas un monstre, et il va falloir que tu prennes conscience de ce qui s'est passé aujourd'hui comme ceux de mon sang devront en tirer des conséquences. » Un pauvre môme qu’on réprimandait pour son comportement déplorable, rien de plus ; et pourtant, Siri, l’air toujours aussi grave, rompant le contact en relâchant finalement sa main, attendait de lire la réaction d'Isleif. Prête, encore, à lui coller une beigne digne de sa montagne de père s'il se refusait à cesser de geindre sur son sort.


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(#) Jeu 27 Fév - 13:18

Siri Freknur ne saisit pas l'âpre nuance du discours qu'il lui tient. Il l'écoute à son tour, tente d'attraper les mots au vol, en même temps qu'il déplore son ignorance. Si douce avec lui, si dur avec elle – ils n'en finissent pas d'échanger les masques, et puis les rôles, comme de grands amateurs des comédies et tragédies antiques. Il fige ses iris aux iris, comme elle l'exige, à cette façon de le dévisager. Il ne s'efforce pas non plus de reprendre les mains qu'elle retient dans les siennes, comme s'il cherchait, un peu, à l'épargner. Il sait déjà les marques infâmes qu'il a laissées sur elle, là, un peu partout, et sur la peau et dans la chair. Et bien que son ardeur à vouloir réparer sa faute s'en nourrit pesamment, il ne parvient pas tout à fait à son repentir. « Tu mériterais une autre balafre pour ces paroles. » Il hausse les épaules, ses doigts pourtant crispés autour des siens. Quelque chose le fait craindre de nouveaux revers, de superbes attaques. Mais le mérite y est pour tant de la peine, qu'il se résigne docilement – peut-être qu'une fois flagellé, les viscères exposées à la lumière du jour, elle trouverait la force et le courage de tout lui pardonner. Il l'ignore, tandis qu'elle écarte les cheveux du visage entaillé. « S’il doit y avoir un faible, alors c’est celui qui a recours au massacre, qui se laisse aller à la haine, celui qui est prêt à exterminer les innocents de la même façon que ceux qu’il exècre. » Ce portrait le saisit au ventre, et il est près de la féliciter de ce paysage qu'il incarne. Il est faible, il est vrai, aussi au sens qu'elle entend. Mais, là encore, c'est une autre béance dont il clame l'existence. Pourquoi ne voit-elle pas ?

« Il est trop tard pour Grim. » Il détourne le regard. Il est prêt, le premier, à reconnaître la répugnante nature de ce maître cruel. Mais il demeure son maître, malgré tout. Le massacre de Jól s’essouffle seulement qu'elle voudrait tout le voir renier. C'est bien le privilège des massacrés. Il n'en a pas ou le loisir ou l'opportunité. « Mais sûrement pas pour toi, continue-t-elle d'un seul élan. » C'est, de nouveau, ces mots qu'il déteste avec ferveur et abandon. Il entend la petite voix de sa mère sur les lèvres de Siri. Tout cet espoir naïf, désagréable. Le sale espoir, qui mange de l'intérieur. Qu'elle voit, un peu, celui qu'elle dit si différent de Grim, l'infâme capitaine du Munin ! C'est son navigateur qu'elle tient au bout de ses doigts. C'est son lieutenant. Sa créature domestiquée. Une arme, un outil, qu'on aiguise et qu'on polit, et que l'on repose dans le fatras de ses compères, utiles, dociles. « Tu es un imbécile, pas un monstre. » C'est un monstre. Avec de l'horreur vautrée dans les entrailles, de pâles rayons de clairvoyance pour pénétrer dans sa caverne d'ire et de haine, mais jamais l'ombre d'un regret. De reproduire le dessein insoutenable, son âme en mourrait certainement. Mais il reproduirait le dessein tout de même. « Il va falloir que tu prennes conscience, dit-elle, de ce qui s'est passé aujourd'hui comme ceux de mon sang devront en tirer des conséquences. » « J'ai conscience de ce qu'il s'est passé, cette nuit. De ce que j'ai fait. » Il a l'esquisse d'un sourire pour naître sur ses lèvres. C'est laid, soudain. « Je n'y ai pris aucun plaisir, tu sais. » L'esquisse se transforme, précise ses contours. « Je ne me suis pas réjoui du sang qui coule, et qu'aucune main ne peut retenir... » Le regard d'Isleif rejoint, à présent, celui de Siri – qu'il dévisage avec une lueur démente dans le fond de l'iris – et c'est probablement ce qu'accompagne ce rictus qui s'affirme. « C'est juste... trop difficile. » L'ombre de sa langue lui dévore la lèvre, un moment. Il peut toujours la voir, mais sa conscience n'y est plus tout à fait. Il met le temps qu'il faut pour revenir de ces méandres, qu'il détient seul et sur lui-même. « Tu ne vois pas ? cherche-t-il le réel quand d'obscures danses se produisent comme un voile sur ses yeux. C'est la fin d'une époque. » Voilà. Le sourire qui éclot. Il est laid, à présent. Tout entier. Accompli. Parfaitement immonde. « Tout ça a commencé bien avant ma naissance. Peut-être même avant la tienne. » Il se lève et, enfin, il ricane. D'une voix basse, et sombre. Retorse, quelque part, dans cette intonation qu'il va pour mettre peu à peu : « La domestication des dragons. L'asservissement des elfes. L'esclavage des mêlés. C'est une seule et même Grande - putain d' - Histoire, et tout ce dont je parle, là, maintenant (il ouvre un peu les bras, animé d'un profond dépit) ça n'en est que de petits chapitres... Des anecdotes, s'esclaffe-t-il sans humour et sans joie. Et tu sais quoi ? Je suis pas d'accord. » Ses bras retombent lourdement, et sa tête oscille de tout côté, comme s'il voulait en éloigner de trop nombreuses idées parasites.
« J'en peux plus d'être une sorte de... merde. Comme si... j'sais pas ! comme si les Nornes avaient pissé sur un groupe de connards – nous, l'air de dire : putain, on vous a bien niqué, pas vrai ? » La déraison qui le possède refuse de s'éteindre. Il sent le frisson lui remonter la nuque, comme un besoin de justice qui prendrait certainement la forme d'un meurtre. « Mais y'a des coupables pour ça, tu sais. C'est la fin de leur époque... » Il rit, un peu. Froid. Désespéré. « C'est ça qu'on a dit cette nuit, Siri, dit-il, à bout de souffle. Cette nuit, on a juste dit : c'est fini.  »

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(#) Lun 14 Sep - 7:44

Aux pupilles figées sur sa carcasse de gosse mal-nourri, il cherche les réponses, l'approbation, l'aval que les enfants ne tiennent bien que de leurs parents, ou des plus jeunes de leurs aînés quand il s'en trouve pour endosser l'instinct et le pénible devoir. Elles ne viennent pas. Aucune syllabe n'afflue aux lèvres ou les lèvres font obstacle à ce qu'elles lui parviennent. Elle le contemple, cependant que la lueur contenue y est indescriptible. Ce petit éclat parle un langage qu'il n'a appris nulle part et qu'aucun rudiment ne réussit à déchiffrer. Il fronce les sourcils, borné, même obstiné, et certainement avide de dissiper le doute qui s'élève dans son être. Il se peut qu'il épuise sa salive. Il se peut qu'il s'esquinte en vain contre les plus pures résistances. Il sait les barricades dressées entre elle et lui, pareil à deux mondes qu'un gouffre distance, et il sait encore mieux les pierres, le mortier et la magie qu'il a apporté à cette construction de haine, de méfiance et de guerre. Mais c'est elle. Et c'est lui. Il se raccroche, la bouche entrouverte, à l'espoir frêle et incroyable qu'il existe toujours un pont, qui va de l'un à l'autre et qui, s'il a été détruit, peut être rebâti. Il jure, sur tous les mages ancestraux que vénèrent ceux de la race ennemie, qu'il voudra bien se satisfaire, et s'abreuver, d'un filet de secondes dont il se fera toute une éternité. Mais il faudrait, pour accomplir ce prodige impossible, qu'elle abîme ce regard ailleurs qu'en lui. Il n'aime pas le silence qui précède trop souvent la punition ou le serment, c'est selon. Il se suspend, se tend, à l'idée qu'elle réponde, qu'elle parle, que ses mots ne se soient pas évanouis, comme ils l'on toujours fait, dans l'indifférence la plus brute et la plus négligente. Isleif ne demande rien que quelques mots qui le pardonnent, une sentence qui l'absout... Il y croit si puissamment qu'il est proportionnellement déçu. Elle ne lui donnera ni réconfort ni soin. Il n'y en a nulle part pour lui. Si c'est un sorcier, il n'est plus un humain.

Il n'a rien remarqué. Il ne s'est pas aperçu qu'il a glissé en dehors du monde des hommes. C'est la raison pour laquelle Siri lui est, soudain, si lointaine, si sévère et si froide... Elle est enchaînée à l'instant, aux vies dissoutes trop prestement, alors qu'il est fasciné, subjugué, par le spectacle plus grand qui s'accomplit. Il est si dépourvu de regrets, et si intensément marqué par l'holocauste cependant, qu'il vogue doucement vers la folie. Il ne peut certes pas tout obtenir, et encore moins garder le peu qu'il a accumulé. Il sait qu'il doit renoncer avant qu'elle n'avoue sa pensée. C'est à elle qu'il doit renoncer.

Dehors, le fracas s'éternise. Skuli se fout de leur cénacle, qui aspire à rester hors du temps. Les éclairs, de couleurs aussi différentes qu'ils en existent, jaillissent depuis l'extérieur et éclaboussent le bois humide de l'entrepôt. Le son leur parvient étouffé mais les appels à l'aide qu'on crie et les ordres qu'on aboie percent toujours davantage la sphère et se rapprochent. Isleif est un plus rapidement alerté par les chiens qu'on lance à ses trousses que Siri par le secours qu'elle peut encore porter. C'est ce qui lui coûte son opportunité : elle ne fera rien, ni courir, ni le retenir, elle s'attardera ici-même, à l'abri des combats survivants et de la soif invincible des mêlés. Il la pointe à l'index, la paume ouverte. Le sort s'en est allé de la paume au corps et Isleif contemple l'ouvrage de la pétrification. Il lui prodigue un air navré en même temps qu'il la retient de basculer tout à fait. « Je suis désolé, soufflent les lippes plaintives. J'aurais préféré que tu ne sois pas là. » Une fraction de seconde, il s'interroge sur sa capacité à effacer un souvenir d'une telle ampleur de la mémoire d'une sorcière deux fois plus expérimentée et deux fois plus puissante que lui. Il endommagerait certainement quelque chose... il ne veut rien égratigner de plus que tous les crimes qu'il a déjà commis. Elle a assez versé sur l'autel de ce que les trop-cléments pardonnent aux inexpiables. Il abdique son plan et s'habitue déjà à l'existence de cette revanche qui subsistera, à travers elle, et par-delà les milles que, bientôt, il inscrira entre eux.
Avec diligence et précaution, il la fait s'allonger. Elle repose toute entière dans ses bras épuisés, ses muscles exténués. Il la cache, à l'abri. Ça ne durera peut-être que la moitié d'une heure, puis elle sera libre et il sera loin. Peut-être plus près qu'il ne l'espère mais néanmoins dissimulé, calfeutré, et hors de sa vue. Il s'agenouille ainsi, le cœur secoué par le sanglot. Il s'est toujours montré si incapable de quitter quelque chose, ou quelqu'un. Ceux qu'il n'a plus revus n'ont bien été quittés qu'avec l'hypothèse d'un retour. Les rites qu'il faut appliquer, les mots qu'il faut dire... le cérémonial lui échappe aussi bien que ses poings s'agitent. Isleif nourrit le sentiment qu'on le prive brutalement d'une chose qu'il ne possèdera plus jamais et qui lui était cependant indispensable. Le ressac de l'injuste contre les tempes, il se récite le poème de sa vie : avoir besoin le blesse, nécessiter le tue. Il n'abandonne rien qu'il ne doive et il le sait lorsqu'il se penche à la façon dont l'on se prosterne. « Adieu. » A un souffle de périr, l'âme avide, il embrasse le coin des lèvres, et le sang coule de la plaie à la bouche. Les doigts attentifs, Isleif étiole l'empreinte carmin. Il laverait la peau de ses larmes s'il en avait encore. Il n'a plus rien pour Siri Freknur. Il se lève. Il n'a jamais rien eu pour elle. Il piétine jusqu'à la porte et commande à l'ensemble de ses forces de conjurer l'envie de revenir sur ses pas. Il ne se retourne pas. Il sort.

Il ne dira plus rien. Il ne la verra plus. Il sera silence, et elle sera souvenir.

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