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 « Amer, tu m'as laissé. »

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(#) Dim 16 Fév - 17:46



Amer, tu m'as laissé.
Tu dis que t'es bien sans moi. Et moi y'a quelque chose qui fait que j'y crois pas.


Participants • Asta Raudi et Isleif.
PNJ • Piliers de bar et sang-mêlés.
Statut du sujet • Privé.
Date, mois, année • Mörsugur 1295, deux jours après Jól.
Lieu • Une taverne baptisée Le petit Hafn Dreki.
Moment de la journée • Soirée.
Météo • Sans importance.

Je ne souhaite pas que les Nornes interviennent dans ce sujet.
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(#) Dim 16 Fév - 17:46

Toi, tu dis que t'es bien sans moi. Et moi y'a quelque chose qui fait que j'y crois pas.
Dans sa réclusion craintive, Isleif ne songe pas à elle. Il le devrait, cependant. Pour de sublimes, de sibyllines, comme de pratiques raisons. Car c'est bientôt qu'elle va franchir la porte putride de cet endroit. C'est bientôt qu'il va lever les yeux vers ce visage semblable à nul autre, tout incrusté dans son souvenir et dans sa chair. Il n'ait pas de lieu où il puisse espérer se cacher d'elle. Elle le connaît trop bien. Elle le transcende, même, parfois. Et quoi que son fief soit l'un des plus confortables dans la traque qu'on lui oppose depuis Jól, il n'y suffira pas. Pas contre elle.

C'est un taudis, un cloaque répugnant, qui exhume les relents de mêlés à dix lieues alentours. Notoirement connu, d'ailleurs, pour les résidus qu'il abrite. On n'y entre par une embrasure délabrée, l'air d'avoir connu l'aube des temps, fixée à la roche, et où de petits groupes demeurent toujours, comme pour en réserver l'accès. Mais ce n'est pas leur intention, bien sûr, car on pénètre ici-bas comme on l'entend, quelle que soit sa condition, quelle que soit sa fortune. L'on ne s'y offusque pas des maladies et des infirmités. L'on ne s'outrage pas d'un mauvais quartier de sang, ou d'un meurtre un peu sale. L'on s'y côtoie comme des frères de fange, comme les enfants d'une même mère souillée. L'on remarquerait certainement un visage un peu trop doux ou un air un peu trop certain, mais il n'ait plus vraiment de sang-pur qui souhaite découvrir leurs traits au milieu d'eux tous. On s'y est fait, par ici, à la réputation indigne, à la vomissure  crachée au visage, et à toutes ces choses qui avilissent pour peu qu'il reste de la dignité. Mais c'est tout de même un grand forum, comme un marché où l'on s'échange des biens volés, comme une auberge où l'on prend du repos, comme une taverne où l'on s'enivre jusqu'à mourir. Le nombre de cadavre qu'on expulse du Petit Hafn Dreki, chaque matin, vaut bien la population qu'on y trouve. Un endroit malfamé pour les Justes. Un endroit sûr pour eux. Où toute la puissance de Jarl Heill ne peut rien.

C'est encore cette sommaire protection qu'Isleif est venu y chercher. Après que son espérance de vie ait commencé à rejoindre le zéro, après que les meutes de Jarl Heill aient envahi les souterrains de tout côté, il s'y est réfugié, et caché, avec une vive conscience de la précarité de sa situation. Ce ne serait que temporaire. Ce ne serait que le temps nécessaire à sa véritable fuite. Mais, après deux jours de cette solitude au milieu de la foule, il sait qu'il en sera bientôt fini de son asile. La plupart des badauds sait bien qui il est, ce qu'il a fait – ou, du moins, ce qu'il a pu faire. Les questions sont posées à la dérobée, et tout le charme qu'il emploie à balayer les craintes ne suffit pas auprès de ces gens-là. Vous savez, par ici, on n'est pas révoltés. On veut vivre – et mourir – bien tranquille, sans ennuyer le pouvoir et sans que ce dernier ne vous ennuie. On ne veut pas des meurtriers, des incendiaires, et des ambitions ridicules des mal-conditionnés. Il faut que chacun fasse ce qu'il a fait, et cela dans son coin. On ne veut pas des agitateurs, d'insurgés pourchassés à travers tout Skuli. Alors, quand même il sait qu'on ne viendrait pas l'arracher à son confort surfait au beau milieu de la nuit, Isleif ne dort plus sans que la garde de son couteau ne soit étreinte jusqu'à souffrance. Et cette peur, pense-t-il, vaut bien, parfois, la mort qu'on lui promet.

Ce soir-là, il est encore assis là-bas, tout au fond. La tête sous sa capuche, et un verre impossible à vider à la main, on ne l'ennuie pas tant qu'il se tait et qu'il fait oublier toute son existence. On voit trop bien la lame qui luit dans le revers de son habit. Alors il passera encore une nuit à scruter alentours, à dévisager les silhouettes qui entrent, sortent, se lèvent, et trinquent à loisir. A moins que cette nuit ne prenne de ces aspects qu'on n'aime que peu au Petit Hafn Dreki, quand une femme passe le seuil, avec cet air affreux figé sur son visage, l'air de chercher un homme. Et ce qu'Asta Raudi cherche de la sorte, c'est bien Isleif. 
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(#) Dim 16 Fév - 20:04

Deux jours. Cela devait faire tout juste deux jours, depuis le massacre de Jol. Deux jours qu'Asta avait passé d'abord au repas, forcée par sa mère et ses plus jeunes sœurs. Un peu son père aussi, qui n'arrivait pas à cacher son inquiétude postérieur aux faits ; à l'attaque des margyrs, ces salopes aquatiques, aux exploits d'Asta et du petit groupe d'élèves de Dürmstrang, qui s'étaient, tout de même, montrées plus vaillantes les unes que les autres. De vraies filles de vikings. Non, de vraies vikings, à part entière, prête à se jeter dans les eaux glacées du port pour venir en aide à des amis, des gens qu'elles ne connaissaient pas, pour venir en aide à Skuli et ses habitants. Tout ça à cause d'une bande de sang-mêlés ; plus précisément une bande d'ordures qui avait décidé que le jour du jugement était arrivé. Si leur but était de faire payer les sangs-purs, pour sûr qu'ils avaient réussi leur coup. Peut-être pas aussi bien qu'ils l'avaient souhaité, que ce connard de Grim l'avait espéré, mais tout de même. Asta avait eu vent du nombre de morts, sur sa couche de blessée à laquelle elle n'était pas habituée ; le chiffre avait manqué de lui retourner l'estomac. Elle n'était pas sensible, ni fragile, n'était ni Elin ni sa pacifique Oddi de cousine, et pourtant. Parmi tous ces corps, tous ces cadavres, il y avait des connaissances, des amis, des enfants, des gosses qui n'avaient rien demandé, des pauvres types, des impurs comme des purs, ceux qui avaient été pris entre deux feux.

Tout un tas de personnes qui avaient hanté Asta, durant des heures, de longues heures de fièvre qui avaient suivi les longs instants passés dans l'eau glacée, à subir les morsures et griffures de margyrs. Sa mère avait mis du temps à soigner les blessures, non pas qu'elle soit mauvaise guérisseuse, loin de là, mais elles étaient tenaces. Trop pour la laisser gambader librement deux jours après, trop pour la laisser dormir tranquillement et profiter d'un repos somme toute mérité. Asta n'était pas du genre des traumatisées, des pleurnicheuses à deux sous hantées par les cauchemars et les souvenirs horribles de telles nuits ; non, ce n'était pas son genre, et pourtant. Elle s'était réveillée, trempée de sueur, persuadée de sentir une prise griffue autour de son cou ; elle s'était réveillée en voyant brûler le knörr de Dürmstrang chargé de ses passagers, et de ses sœurs. Elle s'était réveillée en voyant ses parents, Siri, Garth, mourir, même les Heill, même Kaja, Esben et Sejer. Elle s'était réveillée en sentant la chair brûlée, le sang neuf et encore chaud, répandu sur les quais et dans les eaux ; en sentant l'horreur et la terreur, le tournant d'une vieille histoire. La Révolte.

Asta n'avait jamais peur, et pourtant. Cette boule au fond de son estomac la débectait et lui donnait des envies de violence. Elle avait eu vent d'une expédition qui partait dans les tréfonds du Noregr, dans quelques jours, mais avant... Avant, elle avait des choses à régler. Elle avait bien fini par quitter sa couche, guidée par une unique pensée : trouver Isleif. Il n'y avait pas à tergiverser : la Raudi savait au fond d'elle qu'il était mêlé à cette histoire. Par les ragots, déjà, et les différentes histoires, rumeurs, les faits, collectés au fil des jours ; elle avait toujours eu un œil sur lui. Parce qu'ils avaient été amis, peut-être. Certainement. Et puis, c'était comme un instant. Un truc qu'elle ne s'expliquait, et qu'elle ne cherchait d'ailleurs pas à expliquer. Et la Raudi, que l'on disait stupide, que l'on disait incapable de réfléchir, fit jouer ses relations, mit peut-être une journée pour arriver à son but, mais réussit. La porte du Petit Hafn Dreki s'ouvrit sur la rousse qui abaissa son capuchon dans la foulée, dévoilant quelques marques et une pâleur peu habituelle. Elle ne tarda pas à le repérer, cet imbécile, au fond de la taverne ; et elle n'avait que faire des regards, haineux ou étonnés, qui se posaient alors sur elle, elle la sang-pur, elle, la Raudi, pure, et dure. Ses pas la guidèrent au fond de la salle, et sans préavis elle arracha des mains d'Isleif le verre encore plein. Aucun doute possible malgré le visage dissimulé, aucune crainte, malgré la lame qui luisait entre les plis du tissu. L'alcool lui arrache les lèvres, lui réchauffe l’œsophage, et finit bientôt par rencontrer violemment le sol pour éclater en mille morceaux de grès.

« Regarde-moi au moins, espèce d’ordure. » Elle aurait peut-être du baisser la voix, mais l'on ferma doucement la porte derrière elle, pour ne pas attirer plus d'ennuis. Debout, face à lui, elle l'observa sans pitié, la main tremblante fermée en un poing serrée, prête à frapper. Oui, elle en avait envie. Après tout, après toutes ces années, après ce soir précis, ce soir de Jol, Asta mourrait d'envie d'écraser son poing sur sa mâchoire pour lui faire payer ; et dans sa colère, voilà qu'elle tenait pour coupable de toute l'horreur dont elle avait été témoin. Dont ils avaient presque tous étaient témoins et pourtant, au fond de cette taverne, elle avait l'impression que rien n'était arrivé. Qu'ils se fichaient bien de tous ces morts, purs ou non, de tout ce sang répandu pour des idées qui lui tournaient en tête depuis deux jours. « T'es fier de toi, j'imagine ? Tout ces sang-purs morts, c'est un bon point, non ? Y en a pas un ou deux qui flottent encore dans le port? » Un homme se leva, s'approchant comme pour apaiser la situation, les mains en avant, dans geste qui n'avait rien de menaçant. La dague d'Asta ne tarda pas à se trouver non loin de sa gorge, et là, sa main ne trembla. « Un mot, et je te coupe la langue. On a des choses à régler, ici. » Et plus bas, comme sur le ton de la confidence, la rousse tourna le regard vers avait considéré comme un ami, comme... « N'est-ce pas Isleif? » Les mots, sifflants, n'étaient qu'un murmure, un murmure chargé d'une colère sans nom.


“ All that is gold does not glitter, not all those who wander are lost; the old that is strong does not wither, deep roots are not reached by the frost. From the ashes a fire shall be woken, a light from the shadows shall spring; renewed shall be blade that was broken, the crownless again shall be king.” Tolkien
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(#) Lun 17 Fév - 1:30

Isleif sent - il le sent dans ses muscles pénibles - comme elle franchit le seuil de cet antre putrescent, ce recueil d'histoires misérables que nul ne devrait avoir à conter. D'aucuns diraient qu'il existe une douce connivence, un lien obscur, même nébuleux, qui relie l'âme à l'âme, et l'âme au corps. Lui rirait de ces fantaisies romantiques, de ces rêveurs doucereusement inutiles. Lui cracherait au visage de la moindre connivence de cette sorte. Il n'est pas de magie au-delà de la magie, de liens indéfectibles et ô combien mystiques. Ce n'est qu'une femme, une simple femme, que la tension de ses frères de fortune lui communique d'un bel élan. Les épaules se sont raidies. Les visages se sont affaissés. Se trouve ici quelqu'un qui n'y a pas sa place car, quoi qu'on dise du Petit Hafn Dreki, c'est bien la petite cour des misérables, qui regardent d'un œil las les manèges des grands de ce monde et qui les craignent comme il leur incombe de le faire.

Il doit relever les yeux pour identifier l'étrangère. Il ne le fait que pour partie, comme il lui incombe, à lui, de le faire. Ce n'est pas de la crainte. Et ce n'est pas non plus du respect. C'est un peu de sarcasme, quelque part – qu'elle l'ait trouvé, elle, dans le dédale de Skuli, jusque dans les bas-fonds de sa douce capitale. Pour autant, il ne rit pas de voir son évitée. Il n'espérait pas sa visite et il ne souhaite que son départ. Pour lui comme pour elle, il est plus qu'important qu'on ne les voit jamais ensemble. Jamais. Ou c'en serait fini de bien des choses.
Isleif ne la regarde jamais, quand même elle fond sur lui et quand même elle l'assaille. Elle lui vole son breuvage, larcin auquel il consent en silence. Leurs spectateurs leur accordent déjà trop d'attention, déjà trop de lumière. Et bien qu'il n'en dise pas le moindre mot, le mêlé est si pétrifié de cette apparition qu'il se recroqueville un peu mieux dans sa belle indifférence. Ce spectacle qu'elle offre n'est que pour les conduire aux ennuis, et s'il doute qu'elle ignore superbement son péril, il s'inquiète davantage du sien propre. Un mot de trop. Un nom, peut-être. Il suffirait de si peu de choses pour qu'on vienne les trouver. Jarl Heill lui-même, peut-être. Isleif ne craint pas la justice, il craint plutôt l'échec. Et la menace qu'elle vient, ainsi, infliger à son existence le révolte au point de lui conférer de la haine. Par les Nornes, qu'il la hait. De cette répugnante attitude. De cette stupidité incroyable. De cette présence importune. Il en va de sa vie.

« Regarde-moi au moins, espèce d’ordure. » Les doigts du jeune mêlé caressent le bois de sa chaise, flirtant avec la garde de son couteau. L'idée fait son chemin, elle naît doucement, et il imagine déjà la lame qui se fiche dans la gorge et fait taire l'agaçante. C'est son meurtre qu'il ravale, tandis que sa main libre rabat un peu mieux la capuche sur le visage qu'il tient à lui dissimuler. Dans son geste parfaitement mesuré, il effleure la courbe de son sourcil, de l'arcade jusqu'à la pommette, lacérées par le fer la nuit du grand massacre. Une si récente blessure qui le défigure à l'envie, qui guérira sûrement ; et c'est un douloureux revers qu'il remercie les fois où de trop longs regards s'attardent sur lui. Bien qu'il existe une certaine sécurité à voir son visage mutilé de la sorte, il n'imagine pas tout à fait y être protégé. Mais il lui vient soudain l'orgueil qu'elle n'ait pas à le voir. Il imagine qu'elle se féliciterait de ce commencement de justice, qu'elle se féliciterait de le voir entailler pour la douce mesure de ses crimes passés. « Tout ces sang-purs morts, c'est un bon point, non ? » Dans le secret de sa cachette, Isleif inspire dans l'espoir d'étouffer la nausée. Chaque fois qu'il songe à ces morts, à tous ces corps aussi meurtris qu'exsangues, chaque fois qu'il songe à ces beaux assassinés, il nourrit de ces lâches instincts qui le feraient renoncer. C'est un prix à payer, qu'il répète à loisir. C'était le prix demandé. Et puis il le fallait. Il fallait bien. C'est une autre justice, mais la Justice tout de même ! Qu'elle pleure ses complices, qu'elle le fasse, qu'elle les pleure pour autant qu'elle le peut !
Sa pitié s'étouffe d'elle-même, toute engloutie par sa haine.  

Un malheureux – un idiot ! - se trouve l'audace d'intervenir, ce qu'Asta lui fait payer sur l'heure. Bien qu'il n'en ait qu'une vision dérobée, Isleif se tend à l'idée qu'elle égorge un de ces ignorants, innocents. Un de ses frères, du reste. « Et si tu cessais d'effrayer ces gens, Asta ?... » Il se lève, doucement, prudemment, comme si elle pouvait l'attaquer pour un peu de ses gestes. « Tu vas leur attirer des emmerdes rien que d'être entrée ici (sans parler du danger qu'elle court seule). » Isleif tient pour prudence de garder son visage le plus éclipsé qu'il le peut, mais comme il s'éloigne vers les fonds du taudis, l'obscurité confond bientôt le reste. « De toute façon, tu n'as pas besoin de témoins pour me tuer. » Il s'échappe lentement par une porte dérobée, qui est au plus creusée des souterrains. Ce n'est rien qu'un petit dépôt, qui recèle cependant d'illégales richesses qu'Isleif s'abstient d'évaluer. Il ne fait que progresser, dans une pénombre accablante, qu'une seule torche veut bien dissiper par endroit. Il pourrait user de magie, il pourrait éclaircir son décor, mais pour le piège qu'il veut y tendre, l'opacité lui tient lieu de complice. Et c'est en déjouant la prudence de la belle Raudi qu'il lui assène, depuis le bas-côté intérieur de la porte, le coup au visage le plus puissant que son bras veuille porter. Il la repousse aussitôt tout entière dans la pièce, tandis que son pied repousse la porte branlante derrière eux. Voilà, enfin, que sa haine, gigantesque, dévorante, peut librement dévaler le réseau de ses veines, jusqu'à cracher le sang d'aucune blessure : « Alors, Asta, tu es venue pour mourir ? »
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(#) Lun 17 Fév - 13:59

Bien sûr que non, il ne la regarda pas. Il ne leva même pas un instant les yeux vers elle quand lui demanda de le faire, rabattant plutôt le capuchon sur son visage, un peu plus encore, pour qu'elle ne puisse rien à voir. Ce simple geste lui donna des envies de meurtre, et un instant, elle se sentit capable de lui sauter au coup, et de serrer ses mains autour de son cou nerveux. Un instant oui, elle crut être capable de faire une chose pareille ; non pas qu'elle n'ait jamais tué, là n'était pas la question. Asta Raudi avait un certain nombre de cadavres à son compteur, tout comme sa sœur Damara, mais elle n'avait jamais tué un ami. Du moins, quelqu'un qui l'avait été, qui avait compté, qui s'était glissé, d'une façon ou d'une autre, dans sa sphère. Isleif, avant d'être un rebelle, avant d'être l'ordure, comme elle l'appelait, avait été un ami, un amant, le premier. Il avait été ce crétin qui avait couru sur le pont du knörr, les fesses à l'air, selon la légende. Quelques images la frappèrent en pleine face, comme une pause, un répit, au milieu de sa colère, et elle aurait presque pu reculer. Faire le pas de trop, en arrière, celui qui l'aurait mené hors de cette taverne miteuse, loin d'Isleif et de toutes ces histoires. Ç’aurait été abandonné, baisser les bras, admettre qu'il n'y avait plus rien, ni haine, ni colère, rien. Asta n'était pas certaine de savoir ce qui était pire : se tenir là, devant lui, prête à lui arracher les yeux, ou le laisser agir impunément. Lui faire payer cette nuit, dont elle lui mettait toute le responsabilité sur le dos, où tout était de sa faute.

Asta ne pensait pas, ne réfléchissait pas, suivait son instinct, certainement trop dangereux pour elle, et resta plantée là, devant la table, à attendre une quelconque réaction avant de la chercher plus violemment, plus brutalement. S'il n'avait pas ouvert la bouche, peut-être qu'elle aurait pu déraper ; n'était-elle pas une Raudi, après tout ? Un sang roux, un sang violent ? Mais pas un sang cruel, elle ne l'avait jamais été et pourtant... La douleur sourde qu'elle ne connaissait pas, d'ordinaire, aurait peut-être pu la pousser à des extrêmes insoupçonnés. Peut-être. « Alors quand tu parles, c'est pour me donner des leçons maintenant ? », qu'elle lui cracha au visage en ramenant son bras près d'elle, la lame étroitement serrée entre ses doigts. Il était à portée de main, et pourtant. « C'est toi qui me parles d'emmerdes? » Elle en était presque outrée ; lui, le révolté, l'embarqué sur le Munin, lui qui avait travaillé avec ce diable de Grim pour monter toute ça, toute cette horreur. Asta ne pensa pas non plus un instant à ce qui pouvait lui arriver dans un tel coin, dans ce qui pouvait devenir en un instant pour elle un coupe-gorge. A croire que sa propre vie, sa propre sécurité, lui sortait trop souvent de l'esprit ; comme lorsqu'elle avait sauté dans les eaux glacées du port.

Elle ne nia pas un instant la mission qu'il lui donna, et peut-être n'en eut-elle pas le temps. Isleif disparut derrière une porte qu'elle n'avait su voir et plus tôt, et la Raudi lui emboîta le pas trop vivement pour son bien. Un coup violent manqua de la sonner, et elle heurta bientôt un mur de terre et de pierre qui réveilla quelques douleurs et lui tira une grimace. Sa lèvre, encore gercée, s'était fendue sous l'impact et du sang coule sur son menton, du sang qu'elle cracha par terre alors que sa question ne fut accueillie que par un rire sans joie, inhabituel. « Parce que tu crois que tu peux me tuer, Isleif ? Après ce que tu as fait, tu crois que tu peux encore me tuer? » La Raudi se redressa, de toute sa hauteur, aucunement perturbée par l'absence de sa lame qui lui avait échappé quelques secondes auparavant. Elle n'avait pas besoin de ça pour lui exprimer sa rage. « Après les margyrs, l'eau glacée, le feu du knörr, tu crois que je te crains, peut-être ? Est-ce que dans ta folie tu as pensé un instant à ce que tu faisais ? » Sa main trembla, alors qu'Asta se retenait de hurler, ne le faisait qu'à mi-voix, et s'avança finalement, prête aux coups, prête à tout, à vrai dire. Ses yeux tombèrent sur la blessure, à peine visible, qui n'arriva pas à raviver sa pitié, de ce qu'elle croyait. « Si tu voulais te débarrasser de tant de sang-purs, de tant de gens, il fallait venir le faire toi-même. Vas-y, tues-en encore un. » Elle ne chercha pas plus à évoquer leur amitié, le lien qui avait été le leur, tant elle était persuadée qu'il ne restait à cet endroit que poussière. Alors son poing partit à son tour et s'écrasa sur sa mâchoire avec peut-être moins de force qu'à l'accoutumée, mais chargé de toute sa haine, de toute sa colère, emmagasinées d'années en années, sublimées par le massacre de Jol.

Le repoussant brutalement à son tour, Asta lui fit face à nouveau, et écarta les bras. « Eh ben, vas-y, qu'attends-tu ? Prends ta lame, je la vois, là. Prends ta lame et termine ce que tu as commencé. » Jouer avec le feu avait toujours été sa spécialité, et Asta savait généralement qu'elle allait s'en sortir sans trop de dommages. Mais là ? Elle eut tout à coup l'impression de ne plus connaître l'homme qui se tenait en face d'elle. De ne l'avoir jamais connu peut-être, qu'ils n'étaient qu'inconnus, et qu'il pouvait, dans un instant, lui trancher la gorge. Soit.


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(#) Lun 17 Fév - 16:11

Il faut comprendre qu'Isleif craint pour sa vie. Et que sa mort l'obsède. Elle se décline peut-être en délicieuses et belles nuances, mais elle se tient tout à côté de lui. Elle s'épanche, là, un peu partout, lui éponge le front, et l'enlace doucement, comme une avance sur tout l'inéluctable. Il s'est imaginé qu'elle venait pour le tuer, qu'elle ne s'était donnée tout ce mal que pour se faire vengeance et, finalement, il l'y a invité. L'issue est comparable, et il se retrouve à épouser tous les périls dont il s'est cachés tout ce temps. Deux jours durant. Deux jours dans la plus brute des clandestinités. A sentir la lame qui s'approche, qui veut lécher la peau et qui s'attend à déverser un sang croupi. S'il se sent misérable, s'il est coupable de crimes que nul n'a encore oser qualifier jusque-là, il n'est pas prêt à mourir. Ce n'est pas une question d'années. Ce n'est même pas une question d'orgueil. C'est que ce n'est pas l'heure. Il lui faut encore quelques semaines, ou quelques mois. De pauvres années, tout au plus, pour accomplir le sublime de son œuvre et en mourir, si, vraiment, il le faut. Mais pas maintenant. Pas ce soir. Pas ici. Pas comme ça. Et pas de sa main, pas de la main d'Asta Raudi.

Contrairement à ces discours qu'il tient, ce n'est pas son orgueil qui répond de ce souhait. C'est autre chose, qui est bien incapable de s'élever au-dessus du fatras de ses pensées bousculées. Mais cela subsiste, effrite un peu le reste, pénètre et la colère et le ressentiment, et la moitié d'une décennie à haïr ce qu'on aime : Asta Raudi ne peut être la lame qui devra le confondre, tant il ne vaut pas la douleur que ce geste lui coûterait. Elle est bien au-delà, bien trop loin, ou trop haut, et, d'ailleurs, Isleif ne permettrait à aucune femme d'avoir à le tuer, lui. Son combat est juste, mais ses actes sont affreux. Il le sait. Son âme est brisée depuis la naissance, et rien de ce qu'il a fait n'a été pour la réparée. Il peut sauver quelque chose, il peut sauver un peu de temps, mais viendra le jour de sa mort, et la belle Asta Raudi n'aura pas à subir ce spectacle. Il le défend. Il l'interdit.
Et c'est l'intention qui le pousse, même malgré lui, à enfoncer, du pied, la lame, dont elle le menaçait il y a si peu de temps, dans le sable et la terre.

Entendre son rire, de cette sorte, de ce froid, lui renverse l'esprit et le fait vaciller un moment. Les ombres lui tendent encore ce masque, qui le protège, mais comme un rien, essentiel, même vital, se fracasse dans son ventre. « Après ce que tu as fait, tu crois que tu peux encore me tuer ? » Non, bien sûr que non. C'est l'aveu qu'il confesse en silence mais il ne peut pas en prononcer le moindre mot. C'est impossible. Il est lié à un serment qui l'enchaîne au silence. Asta n'en serait pas plus sauve, et ils n'en seraient pas moins près de se battre. « Est-ce que dans ta folie tu as pensé un instant à ce que tu faisais ? » « Je sais exactement ce que je fais. » C'est un mensonge. C'est la débâcle. C'est la panique. Il se sent si puissamment abandonné que tout le blesse sans avoir à l'atteindre. Deux jours d'une crainte redoutable, qu'elle balaie curieusement, maintenant qu'il se tient, là, debout, en face d'un nouveau jugement mérité au centuple. « Si tu voulais te débarrasser de tant de sang-purs, de tant de gens, il fallait venir le faire toi-même. Vas-y, tues-en encore un. » « Non, non, que ses lèvres se soufflent, gémissantes, pleurnicheuses, malgré son regard dur et ses traits déformés par la hargne. » Mais c'est le poing d'Asta qui vient pour recueillir ses confessions, et il encaisse l'assaut avec moins de fierté  qu'il espérait s'en trouver. La douleur n'est rien en comparaison de l'affront. En comparaison de tous les événements qui les ont conduits, eux, à se blesser de la sorte. Elle le repousse enfin, la violente, et Isleif titube de l'horreur dans laquelle ils s'enfoncent. Il la hait. C'est certain, il la hait. Mais cette haine n'a pas à leur survivre. Sauf qu'elle ne renonce pas, qu'elle enrage tel un chien, et qu'elle exalte chez lui tout ce qu'il est encore trop jeune pour contenir. « Prends ta lame et termine ce que tu as commencé. »
Et, aussitôt, il exécute, et meurtrier et serviteur, sa volonté prononcée.

Il la renverse, et le couteau cherche la peau. La gorge, peut-être. Ou le visage. La mutiler. Oui, la défigurer. Puisqu'il la surmonte, la main libre va pour enfoncer son crâne dans la terre. Et, ce faisant, la lame se rapproche, tantôt des yeux, tantôt des lèvres. Isleif ne répond plus de ces mains qui veulent battre, démolir. Ses traits sont mus en furie, en folie, et il bloque le bras qu'Asta tente d'échapper à son emprise. C'est là qu'il change d'avis, qu'il change d'idée, et qu'il dégage la peau de son vêtement pour que la lame puisse se ficher dans l'avant-bras de sa victime. C'est bientôt. Maintenant. Juste là. Et, alors, il s'arrête.
Les doigts du mêlé effleurent les contours de la plaie. Il suspend son geste, scrute les sillons, les rougeurs et distingue chaque effet des soins qu'elle a reçus depuis. Une morsure. Une morsure caractéristique. La morsure qu'il lui a lui-même infligée. C'est égal. C'est lui. C'est son œuvre. Comme si Isleif pouvait réaliser, tout à coup - sombre idiot, qu'il a attenté à sa vie et que, même si quelque chose en lui aurait à s'en réjouir, il n'en nourrissait pas même l'intention. C'est Asta. Et cependant sa haine s'évanouit pour se retourner contre lui. Il a comme un sanglot, qui ne voit pas la jour, et sa gorge déglutit lentement, en même temps qu'il retourne le couteau contre lui. « Pas toi. » Il hoche encore de la tête, il suffoque. L'oxygène manque soudain. Pourtant, il se relève. Plutôt, il se dégage tout entier. Car il demeure, là, à moitié à genoux, la pointe du couteau finement aiguillée entre ses deux côtes inférieures. Le souffle court, il la dévisage d'un regard différent, et les sourcils froncés, les iris affolés, comme s'il cherchait à reconnaître le visage qu'il discerne néanmoins parfaitement. « Je... ne voulais pas. »
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(#) Lun 17 Fév - 20:22

Il ne dit rien, d'abord, et ce sont les ténèbres qui prirent la peine de lui répondre. Elle le voyait, juste là, à peine dissimulé par les ombres qui courent sur son visage, dissimulent son corps, et la balafre qu'elle n'aperçut qu'après, une fois toute proche, un fois tout près. Alors il savait ? Il savait tout ce que ses actes impliqués, tous les morts, les blessés, peut-être même parmi ses anciens amis, ou des gens qu'il connaissait ? Oh Asta ne pensait pas à elle, n'évoquait même pas la possibilité que son sort puisse lui importer encore. Il était préférable de penser de cette manière, d'arrêter de se souvenir, de se remémorer les moments agréables, les instants d'intimité, et tout le reste. Il n'y avait que cet instant, cet instant, et le massacre. Après tout, n'était-ce pas pour ça qu'elle était venue, uniquement pour ça ? Alors qu'elle le suivait, de loin en loin, depuis des années, qu'elle ne le croisait jamais, que ce qu'il y avait de plus proche de lui, dans la vie d'Asta Raudi, c'était sa sœur, Aesa. Non, Asta ne comptait plus, ne comptait pas, dans tout ça, ne comptait pas pour lui, et il ne comptait pas plus pour elle. Il n'était plus Isleif, n'était plus son ami, n'était pas non plus son ennemi, n'était rien, plus rien. Un vide, un absent, un trou béant et sombre. Et elle tenta, elle tenta de s'en convaincre en quelques secondes à peine, quelques secondes tout juste. « Tu sais les morts alors ? Tous ceux qu'on a brûlé, et ceux qui pourrissent dans un coin. Y a les blessés, aussi, et ceux que vous avez estropiés. Des gamins, par Thor ! Des gamins ! » Etait-il à présent sans cœur, sans âme ? Etait-ce pour s'en assurer qu'elle enfonçait le clou, encore un peu plus profond ?

« Non, non. » Isleif le dit tout bas, comme s'il la reconnaissait, un instant, comme s'il passait outre cette haine qui allume son regard depuis des années dès qu'il le pose sur Asta Raudi. Elle aurait pu hésité, mais la rousse n'était pas femme de demi-mesures, et ne savait retenir ses élans de colère ; peut-être était-ce la faute de la jeunesse, celle de la fièvre, et des blessures, par-dessus le ressentiment et cette espèce de traumatisme. Asta, depuis Jol, se sentait faible, et cette impression la rendait dangereuse; pour les autres, mais aussi pour elle. A l'image de l'animal blessé terriblement agressif, elle balança son poing, puis le corps contre le mur, et abandonna, en apparence. Lui laissa le champ libre, lui laissa toutes les chances de la tuer. De l'étriper, la frapper à mort, lui tordre le cou, lui arracher le cœur et les tripes. « Non, non », et pourtant, il se jeta sur elle, n'hésita même pas un instant avant de s’exécuter, de faire, pour une fois, ce qu'elle demandait. C'était un peu suicidaire, oui,de se présenter ainsi. D'attendre qu'il lui saute à la gorge.

Tout se précipita, son corps heurta violemment le sol, puis sa tête, ensuite, cogna la terre ; Asta grogna, le sentit bouger, sur elle, se démener. En ouvrant un œil, elle vit la lame s'approcher ici, s'approcher là, sentit des coups, et du sang couler sur sa joue, écorchée de la pointe de l'arme. Alors c'était ça. La Raudi n'abdiqua pas pour autant, remua, telle une furie, ou plutôt, tel lion, un ours, un cheval, une bête sauvage, prête à mourir, mais pas tout de suite, pas à cet instant précis. La douleur transperça son corps à plusieurs reprises, sans qu'elle n'analyse vraiment le pourquoi, et tout à coup elle entendit le tissu se déchirer alors qu'Isleif tirait violemment dessus. Ses yeux s'écarquillèrent, et elle vit la lame s'approcher de sa peau, certaine que bientôt, elle la trouerait avec une facilité déconcertante. L'instant se retrouva suspendu ; la rousse ne comprit pas tout de suite, jusqu'à sentir la pulpe d'un doigt passer sur sa peau sensible, encore marquée par la morsure d'une margyr. Une parmi tant d'autres ; Asta n'avait jamais eu autant de traces sur le corps, encore moins des traces de crocs aiguisés. Et tout bas, sa voix s'élève à nouveau, changée, cette fois. Si, moi, Isleif. Moi, mais surtout tous les autres. Tous les autres qui y sont restés, eux. Qui n'avaient pas cet instinct de survie et cette furieuse envie de vivre, qui n'avaient ni famille ni amis pour les secourir. Oh elle avait envie de lui cracher au visage ces quelques mots, d'être cruelle, encore, un peu plus, mais elle n'ajouta rien, sentant le poids de son corps quitter le sien et se reculer. Vivement, elle se redressa à son tour, à moitié sur ses talons, arrangeant sa blouse abîmée en le fixant d'un regard... Perdu ? Un peu, oui. Le changement, si radical, la perturba, tout à coup, l'installa dans cet équilibre précaire, trop fragile qu'elle commençait à trop bien connaître. Elle doutait. Asta Raudi doutait d'elle-même.

« Arrête. » Elle vit la lame, retournée, contre lui-même, bien trop près. Sa voix aurait dû être ferme, contrôlée ; pas presque tremblante, mal assurée, et presque paniquée. Rauque du combat, du manque de souffle. « Donne-moi ça. » Si elle avait pensé à le tuer quelques minutes auparavant seulement, elle avait oublié. Elle avait oublié devant le geste désespéré, devant cet air qu'elle ne lui connaissait pas, cet air presque affolé d'animal pris au piège, acculé par sa conscience et la réalité des faits. Elle tendit la main, hésita presque un instant avant d'attraper son poignet, et de l'éloigner. L'éloigner pour récupérer l'arme entre ses doigts et la poser au sol, à côté d'elle. Le silence s'imposa, tomba doucement après les cris et les coups. Du dos de la main, elle essuya sa joue sans le quitter des yeux, suivant la ligne de la blessure qui courrait sur son visage. La nausée l'envahit brusquement, et elle aurait tout donné pour un godet d'alcool, fort. Une liqueur quelconque pour faire passer le goût du sang, pour faire passer le malaise. « Je ne voulais pas ». Encore une fois, ce rire cynique, sans joie, manque de passer ses lèvres et elle se contenta de sourire, de la même manière. « Dommages collatéraux, qu'on dit. » N'était-ce pas ce qu'elle représentait ? Son assurance brisée lui renvoya en pleine face un fait : il regrettait. De ce qu'elle voyait, de ce qu'Isleif exprimait – celui qu'elle connaissait, qu'elle avait connu, qui était bien là devant elle -, il regrettait. Vraiment ? Son regard posa la question, les sourcils froncés, incapable de dire un mot de plus. Incapable de faire autre chose que de le fixer, là, à un mètre à peine, incapable de bouger, même abandonnée par la rage qui la portait, jusqu'alors.


“ All that is gold does not glitter, not all those who wander are lost; the old that is strong does not wither, deep roots are not reached by the frost. From the ashes a fire shall be woken, a light from the shadows shall spring; renewed shall be blade that was broken, the crownless again shall be king.” Tolkien
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(#) Lun 17 Fév - 21:24

Dire qu'après quatre années à la haïr sans jamais rien tenter, il a, par deux fois, attenté à sa vie et cela en deux jours. C'est l'abomination dont il prend lentement la mesure. Comme si Jól découvrait, soudain, son vrai visage, sa vraie nature, et voyait son sens altéré par une réalité confuse mais pénétrante. Il demeure, là, hagard, avec la pointe de son couteau pour plisser le tissu et effleurer sa côte. Il y a eu tant et tant de cadavres, pour joncher tout Skuli. Du sang, des viscères, de la chair brûlée à même un être encore capable de respirer. Il ne l'ignore pas. Il ne feint jamais l'innocence. Ce n'est pas cette horreur qui le fauche dans le ventre et lui commande d'enfoncer la lame. C'est la perdition au sein de laquelle il s'enfonce, comme si toutes ses certitudes allaient pour voler en éclats, pour lui exploser au visage et lui jeter un quelque sort, un envoûtement qu'il serait incapable de rompre. Il sent que la nausée dévale sa gorge et ordonne à ses lèvres son tribut. Sa respiration se saccade à chaque nouvelle image, à chaque nouvelle pensée, comme dépassé par l'ampleur de sa faute. Il est tout à coup envahi d'une incroyable culpabilité, qu'il était parvenu à cacher, quelque part, dans un recoin de son esprit que l'Humanité ne peut pas caresser. Il est certain de ce qu'il a fait. Il recommencerait, c'est probable.
Mais le voile qui se déverse doucement devant ses yeux l'empêche de réfléchir, d'imbriquer les idées les unes aux autres et de mener à bien toute sa prise de conscience. Il est trop tard, de toute façon. Trop tard pour lui.

Il ne résiste pas à la main qui lui prend sa menace. Il n'oppose aucune défense non plus à la main qu'elle dépose sur sa joue et qui dessine l'odieuse blessure. Il siffle par instinct, mais l'esprit n'y est pas. Il éprouve simplement cette caresse dérobée, qu'il ne connaîtra jamais plus. Isleif ne la voit pas vraiment. Il sait bien qu'elle est là, et il sait bien qu'elle ne lui fera aucun mal. Mais il se dégage tout de même, proprement répugné par sa propre substance. Sa honte éclabousserait Asta et, comme toutes les autres choses, il ne veut pas l'autoriser. Pas plus qu'il ne veut voir le sourire qu'il discerne, dans son brouillard. Il pourrait pleurer rien que d'apercevoir ce rictus. Elle n'a aucune confiance en lui, aucune confiance en ses regrets. Mais c'est qu'ils sont entièrement sincères en ce qu'ils la désignent seulement elle. « Dommages collatéraux. » « Non, rétorque-t-il doucement, toujours entre deux mondes. » Il lève un peu le regard, et scrute le visage de la belle Raudi. Il distingue la maigre entaille qu'il lui a faite, dans leur lutte. Comme il en était fou. Comme il en était ivre. Quand il aurait pu la tuer pour le bonheur de voir du sang-pur s'éteindre, quelque part, dans le monde. « Vous ne deviez pas être là, dit-il après un long moment. Tu ne devais pas être là. » Le sillage de Grim est ainsi fait. Et l'âpre stupidité, sinon la maudite inconscience, d'Isleif a parachevé l’œuvre toute entière. « Le monde entier, plutôt. » C'est le sacrifice auquel il veut consentir. Reprendre les blessures pour semer la mort de nouveau. Mais il ne veut pas éclairer son discours de la sorte, de crainte qu'Asta lui échappe encore.

« Tu ne devais pas être là, serine-t-il, le regard enfin droit, enfin vif, précisément posé sur elle. » Les vies de Dagmar et autres Damara Raudi ne lui importent pas. Asta ne devrait pas se figurer qu'il regrette tous entiers ses blasphèmes. C'est une raison injuste qui le dévore. Du moins le massacre n'ouvrage-t-il pas encore, car il ne cesse de ne voir qu'elle, elle et la crainte que lui nourrit qu'elle tente encore de mourir de sa main. C'est là qu'il tend des doigts prudents, qu'il veut encore suspendre le temps, comme son esprit se plaît à lui en jouer l'illusion. Il tremble, c'est affreux. Elle pourrait trancher le poignet, ou juste entailler la peau, pour toute précaution. Mais il poursuit, approche son index qui frôle bientôt la joue. Le sang ainsi humecté le réchauffe aussitôt. Isleif frémit tandis qu'il sent son souffle répandu tout autour, et qu'il fond davantage sa main. Jusqu'à ce que la paume épouse la gorge. Jusqu'à ce qu'il l'attire doucement à lui. Il sent l'effluve de ce baiser maudit, le goûte avec pudeur, que cet instant s'effondre.

« Lâche-la, connard ! » La porte enfoncée, on exécute ce qu'il n'a pas le temps d'obéir. Deux hommes l'empoignent – serait-ce la garde rapprochée des Raudi ? - tandis qu'un troisième reste dans l'embrasure. Celui-là, c'est un de ce bas-lieu, qu'Isleif pourrait tuer pour peu qu'on le relâche un seul instant. Il faut tout de même le comprendre. C'est Asta Raudi que l'on voit, là, le visage perlé de sang, la manche déchirée et de la terre dans chaque pli de vêtement. Et c'est là que la balafre l'identifie, non comme le révolté qu'on pendrait sur-le-champ mais, comme le crève-la-faim qui s'en prend au précieux. « Vous allez bien ? demande l'un des geôliers sans pour autant tenter de l'approcher. Il a fait quoi ? » A cet instant, se produit l'heure si longuement redoutée. Isleif fixe son regard sur elle, la scrute avec présence, et même intensité, et ses yeux le confessent avec une très grande déférence : dis-leur ce que j'ai fait, tout, tout ce que j'ai fait.
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(#) Mar 18 Fév - 16:28

Maintenant qu’elle se trouvait face, qu’elle se trouvait face à cette possibilité, Asta avait décidé de ne pas le laisser mourir. Il n’était pas certain que quelques minutes auparavant, ou même dans d’autres circonstances, elle en ait décidé autrement : les Raudi était une lignée, plus que fidèle, extrêmement loyale. Les uns envers les autres, certes, et envers ceux qui, de près ou de loin, devenaient leurs alliés. Le terme militaire était toujours plus utilisé chez ceux du Noregr, où les sentiments, les effusions et l’affection n’était pas habituelle. Pourtant Asta n’était pas folle : Isleif n’était pas un allié, loin de là. Il s’apparentait bien plus à l’opposé, à quelque chose de totalement différent malgré leur passé commun. Aujourd’hui, aujourd’hui même, il faisait partie de ceux qui voulaient la tuer. Elle, et tous les autres sang-purs dont les lignées étaient établies depuis des siècles. Elle était d’accord sur un point : leur domination était discutable, surtout lorsqu’on voyait les Heill, plus fourbes les uns que les autres, plus tordus encore qu’un bâton de Vondr. Certains sang-purs n’étaient que des bons à rien, des ordures ne valant pas mieux que Grim, et Asta Raudi, malgré son nom, avait toujours été convaincue que certains sang-mêlés valaient mieux que tous les Jarl Heill du monde - et ne parlons pas de sa fille. Elle n’avait jamais considéré Isleif comme un moins que rien, ou plutôt n’avait-elle jamais fait attention à la nature de son sang. Évidemment, que ça avait jasé lorsqu’elle avait volontiers cédé à son charme, à même le knörr de son père; évidemment, que ça avait jasé, quand on les avait vu à nouveau ensemble, pour une raison ou pour une autre. Ou tout simplement quand on voyait Asta Raudi s’afficher avec des sang-mêlés, bien plus souvent que ne l’aurait fait son père; et si ce qu’elle faisait dans l’intimité était sujet à légende et à ragots, et il était évident qu’elle ne se frottait pas uniquement aux fils de belles lignées.

Alors quelque part, oui, elle comprenait la révolte; pas une telle violence. Elle, la brutale, l’emportée, ne comprenait pas, non. N’acceptait pas tous les cadavres, quelque que soit leur sang. Était-ce dans la bataille, qu’il s’était récolté une telle blessure? Le dos de sa main effleura à peine la joue, la balafre pas si profonde, mais tout de même bien marquée. Une lame, peut-être, qui allait tout de même laisser sa trace, une belle cicatrice, d’abord, puis blanche, sur la peau marquée par les heures et les heures passées sur le pont du Munin. Il se déroba, et Asta laissa retomber sa main, elle ne savait pas pourquoi elle l’avait levée, à l’origine, ne s’en était même pas rendue compte. Elle ne tenta pas plus de le frapper, de le blesser, d’en rajouter encore une couche après leur affrontement qui lui avait été certainement plus préjudiciable, à elle. Physiquement, du moins. Moralement, ils devaient s’en trouver à un point équivalent, pas égale, juste équivalent. Il avait pensé à la tuer, il avait essayé de le faire; elle l’avait poussé au vice, à l’erreur fatale. N’avait pas tenté de le raisonner, juste de le combattre. D’opposer sa force folle à la sienne. Et voila qu’il se tenait là, devant elle, étreint par la culpabilité, qu’elle ne savait pas être si sincère en son endroit. Qu’elle ne voulait pas croire si sincère. « Non », qu’il lui répondit, d’instinct. Non quoi? Non, elle ne faisait pas partie des dommages collatéraux? Non, elle n’était pas visée par ces attaques? « Où voulais-tu que je sois? » et elle ne le dit pas comme un reproche, ou une moquerie; quoique si, peut-être un peu, comme une moquerie. Où aurait pu se trouver Asta Raudi, un soir de Jol, ailleurs qu’à Skuli pour fêter ça avec sa famille? Pour attendre ses jeunes sœurs, et retrouver son aînée, ses parents, ses oncles, tout le monde? Et il le prononça à nouveau, plus vivement, plus vivant, comme une rengaine, comme pour se convaincre lui-même que non, elle n’avait pas été présente, non, elle ne devait pas être là. Et pourtant.

« Un soir de Jol, tous les Raudi à Skuli, tu croyais que j’allais m’abstenir? Si j’avais su, peut-être que j’au… » Sa phrase se trouva suspendue au vol, alors que la main d’Isleif s’approchait, doucement, de son visage. Elle ne put retenir un mouvement, léger, avant de se figer, comme pour lui échapper, alors que le doigt recueillait déjà le sang de sa plaie bénigne. Ce contact, bien que léger en rappelait bien d’autres, mais par-dessus tout, il contrastait terriblement avec l’instant, avec cette soirée violente, pleine de rancœur et d’une rage qui n’avait pas tout à fait disparue. Les mâchoires de la rousse se contractèrent sous une appréhension qu’elle connaissait mal; la soirée était trop pleine en découvertes à son goût. Le baiser, aussi chaste soit-il, la renvoya bien violemment à tout un tas de chose : la réalité, la leur, celle de ces derniers jours, celle de ces dernières années. La distance, qui les séparait depuis des mois et des mois, la haine qu’ils avaient nourri. Pourtant la paume était chaude contre sa gorge, comme avant; Asta ne sut pas résister au mouvement qu’il imprima à son corps, et mit cela sur le compte de l’habitude, et non de la satisfaction de retrouver, un instant, celui qu’elle avait connu, il y a bien longtemps.

On ne lui laissa pas plus le temps d’y penser; on arracha vivement Isleif et sa main, et la rousse se redressa d’un bond, comme si rien n’était arrivé. Elle cligna des yeux, un instant, observant les hommes qui venaient d’entrer, et qui maintenaient fermement Isleif; brusquement, elle comprit ce qu’on lui reprochait, et partit d’un rire qui n’était cette fois pas surfait ni forcé. Asta se moquait. « Est-ce que j’ai l’air d’une donzelle en détresse? Je vais bien. », et pour appuyer ses dires, elle passa le sa manche sur sa joue, chassant le sang qu’il y restait et y ajoutant un peu de terre. Alors, tout à coup, elle croisa le regard d’Isleif, celui qui la suppliait presque de le dénoncer, de le donner, tel quel, à ceux qui allaient certainement le tuer. Le pendre, ou elle ne savait quoi d’autres. La réaction ne se fit pas attendre. « On peut même plus baiser tranquille dans ces tavernes. Il a rien fait, il a pas eu le temps. J’suis sûre que vous m’l’avez effrayé. ». Le discours, bien que cru, était digne d’une Asta Raudi, et bien que l’homme, prêt à faire justice, se trouva décontenancé, elle ordonna aux deux autres pendant qu’il cherchait ses mots : « Lâchez le, maintenant, bande d’imbéciles. Vous voulez pas qu’on le fasse devant vous non? » Sourire goguenard aux lèvres, Asta attendit qu’ils obéissent, avant de soupirer d’exaspération. « Vous comptez sortir, peut-être? On a le sang roux chez nous, vous savez. », et la menace nonchalante fit son effet, la pièce se vida bientôt, malgré un dernier regard suspicieux d’un des costauds. Alors, la gouaille finit par disparaître, et la rousse passa la tête par l’entrebâillement de la porte pour s’assurer qu’aucune oreille ne traînait. « Tu peux pas rester là. » Le jour n’était pas venu où Asta Raudi allait le pousser vers sa mort.


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(#) Mar 18 Fév - 23:21

Il y a, soudain, une latence. Un temps qui se suspend et où Isleif ne voit plus qu'elle. C'est un nouveau tour de son esprit, aidé de son organisme fatigué. Il ne sait plus quand il a dormi, et il rit, beaucoup, de l'idée du sommeil. Il a eu tant à craindre, ces derniers jours, qu'il en a délaissé les plus primaires de ses besoins. Dormir, tout comme manger. C'est certainement-être ce qui explique le lent agencement de ses idées, brouillées, confuses. Contradictoires, aussi. Comme si les images données à sa vue et les sons laissés à son ouïe avaient à parcourir tout un périple, ce soir. Preuve en est faite puisqu'il refuse de se débattre. Il pourrait. Il devrait, même. Mais non. Il conduit plutôt la folie d'être avoué, dénoncé, bientôt emprisonné et, ensuite, quoi ?... Il le demande aux yeux d'Asta, un temps posés sur lui. Oh, elle a fort bien compris. Il a vu quelque chose dans ces deux iris. Mais c'est bien trop fugace pour pouvoir en tirer des conclusions. Elle ferait bien. Elle serait juste. Mais ce n'est pas non plus un abandon total du mêlé. Bien sûr qu'il ne ressent jamais le besoin d'être jugé pour ses crimes : c'est un défi, un test. A ce stade, il ignore si Asta l'emportera ou non. Il n'a pas plus de raison de lui faire confiance qu'elle n'en a, elle. C'est une sorte de chance. Et de provocation. Et Isleif se surprend un peu de sa résolution à vouloir le savoir. Il pourrait continuer à vivre dans l'ignorance, dans le doute. Mais il prend tout de même le risque délicat d'être fixé. Il voit les lèvres d'Asta qui commencent à bouger, à prononcer des mots qu'il n'entend pas. Ce n'est pas qu'elle manque de verve, c'est qu'il perd sa conscience.

La peur ne l'a pas quitté. Il n'a pas connu une seconde de sa clémence. Même après, il ne goûte pas le soulagement. Et il n'assimile pas non plus le spectacle auquel elle s'adonne. Son oreille ne perçoit que la sentence et, en l'occurrence, la relaxe. « Lâchez-le, maintenant. » La prise n'abdique pas tout de suite. L'étreinte se resserre même un peu. Qu'ils ne la croient pas ou qu'ils restent perplexes, ses deux geôliers mettent un temps infini pour lui rendre sa liberté. Ils pourraient bien l'emmener, de toute façon, pour s'amuser de ses entrailles ou d'autres activités. Isleif n'a aucun droit. Isleif est de sang-mêlé. Mais ils obéissent néanmoins. On le repose enfin sur ses deux pieds, mais il n'apprécie pas son privilège. Ce temps qu'il passe à la regarder lui dévore les idées... Il n'a plus tout à fait conscience du monde dans lequel il évolue et, d'ailleurs, il remarque à peine que les trois importuns vident la pièce de leurs carrures impressionnantes. Ils sont bientôt seuls, et Isleif n'en est qu'un peu mieux imprégné d'une profonde solitude. Il dévale son crâne, son cerveau et toute sa colonne avant de comprendre qu'il est là, que le présent court plus vite que ses songes, et qu'il est encore libre, la tête  sur ses épaules, sans attaches, sans plaies ni garrots. C'est proprement inespéré.

« Tu peux pas rester là. » Et, en effet, il ne reste pas. Il s'aventure et fond sur elle. La paume retrouve la gorge et les lèvres les lèvres. Cette fois, l'instant n'avorte pas l'occasion et il la tient si bien contre la porte, de sa main libre qu'il veut fermer, qu'il en repousse l'opportunité. Nul n'entrera. Pas maintenant. Pas ici. Et comme pour convaincre les événements extérieurs, il l'embrasse un peu mieux. Passe de doux à furieux. D'égaré à grand décidé. Il refuse qu'elle lui échappe. Pas encore. Pas tout de suite. Juste un moment qu'il est tout disposé à lui voler, à arracher. Juste une seule fois, pour toutes les autres jamais imaginées. Il déverse la langue sur ces lèvres, et empoigne un peu les vêtements qu'il obtient. Depuis la gorge, la main est passée à la nuque et, ainsi, sa prise est complète. Entier, et confondu dans ce baiser, il retient tout son souffle et mord un peu la bouche. C'est long, tout à coup. Infini. Divin, s'il ose le penser, et simplement délicieux.

Quand il se détache enfin de sa bouche, il tremble parfaitement. Les mains qu'il reprend vacillent dangereusement, c'est que la peur renaît. Ce n'était qu'un sursis. Et puis... il ne met pas de mot sur ce nouveau souvenir. C'en est déjà un et c'est tout. « Il faut que tu t'en ailles. » Si l'on est venu, ce n'est pas pour lui. C'est pour elle. Asta Raudi n'a pas sa place en ce lieu, et lui ne peut pas le quitter. Quand bien même, il ne le ferait pas dans ses pas. C'est dangereux, qu'il pense à elle ou bien à lui. Et il n'a nulle part d'autre où aller, quand ce taudis n'est déjà pas son premier choix. « D'autres vont venir. Ton père, peut-être. » L'idée de Dagmar ne le fait pas sourire. C'est un mélange de crainte et de colère qui le submerge, un peu. « Si tu ne m'as pas dénoncé maintenant, je n'ai pas peur que tu le fasses plus tard. » Il n'entend pas que la taverne est un lieu sûr, mais elle l'est davantage que la rue. Les souterrains fourmillent d'hommes en armes et en magie, capables de l'éviscérer sans connaître son visage. Ses doigts flirtent, dès lors, un peu avec sa blessure au visage. « Va-t-en, dit-il lentement. Dépêche-toi. »

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Pseudo : Lyn
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Âge du personnage : 25
Ascendance : Sang-pur
Statut : Exploratrice, combattante, commerçante itinérante, aussi.
Particularités : Hein? C'est quoi ça?
Dédoublement de personnalité : Silke la Sauvage
Points : 35

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LOCALISATION : Quelque part au fond du Noregr, ou sur un knörr
JE COMPÉTITIONNE POUR : Skuli
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(#) Jeu 20 Fév - 12:33

Asta sentait le regard d'Isleif peser sur elle ; il était fixe, presque incisif, comme s'il attendait sa réponse avec une impatience presque palpable. Qu'espérait-il ? Qu'elle le balance ainsi aux mains du bourreau du jarl, en sachant pertinemment ce qu'il risquait de lui arriver. Ce n'était pas un question de clémence, parce qu'Asta Raudi ne l'était pas, clémente. Pas plus cruelle non plus, mais elle n'hésitait que rarement à agir, à faire les choses, à mettre tout en branle pour accéder à son but, son objectif éphémère. Un trésor, une bête, une trouvaille quelconque. Elle y arrivait toujours, elle possédait bien plus qu'on ne pouvait l'imaginer ; elle possédait cette volonté, cette inconscience qui la caractérisait, et en était si riche qu'elle se fichait bien de ne pas avoir plus de métaux, plus de bijoux, ceux qui plaisaient tant aux Heill. Bien sûr, elle était privilégiée, elle était de sang-pur, de cette caste à qui tout était offert, ou presque. Pas vraiment, pas toujours, mais ce n'était pas avec des sang-mêlés qu'elle allait en discuter, surtout qu'Asta n'était pas du genre à se plaindre de quoi que ce soit ,et se satisfaisait pleinement de sa situation, comme elle se satisfaisait de bivouaquer dans la neige et les glaces, de mal dormir sur un knörr secoué par la tempête, ou de se trouver au fin fond de ce bouge sordide, à deux doigts de répondre au test d'Isleif, un test de... De quoi, d'ailleurs ? Attendait-il qu'elle ferme simplement les yeux ? Qu'elle lui obtienne un quelconque délai, encore quelques jour de vie, de culpabilité, de... Mauvais alcool dans une taverne puante ? Asta n'aurait pas su dire pourquoi elle renvoya les trois hommes, si on le lui avait demandé ; mais personne n'avait de compte à espérer de la Raudi, elle pouvait bien faire ce qu'elle voulait, non ?

Cette phrase résonna dans son crâne alors que les trois vikings quittaient la pièce. Non, elle n'avait pas à se justifier, pourtant elle savait bien pourquoi tout ce cinéma. Parce qu'il s'agissait d'Isleif. Parce qu'ils avaient partagé une couche, plus d'une fois, et qu'ils s'étaient liés, d'une manière ou d'une autre et Asta n'avait pas besoin de plus de raisons. Fut un temps où elle lui avait fait assez confiance pour lui confier son corps, ou il avait été un autre homme. La rousse se demanda un instant s'il était si différent du jeune viking qu'il avait pu connaître ; s'il avait été atteint d'une folie quelconque, même si... Même si la Raudi n'était pas assez stupide pour ignorer que cette révolte était inévitable. Qu'elle en avait entendu parler, qu'elle en avait entendu, des murmures, des ragots, des histoires qu'aucun sang-pur si sûr de lui aurait pu croire possible. Si Asta avait été élevée différemment, peut-être n'aurait-elle pas cru, elle non plus, à toutes ces histoires ; peut-être aurait-elle été si sûre d'elle que la simple idée de voir des gens si inférieurs, si ridicules, se soulever lui aurait paru risible. Mais aucun Raudi n'aurait pensé de cette manière ; enfin, peut-être un peu Solveig, uniquement parce qu'elle se sentait supérieure à tout le monde avec son petit air buté qu'Asta trouvait très amusant. L'homme qui se tenait dans cette pièce, le révolté, balafré, n'était pas inférieur à elle, n'était pas un sous-homme, une sous-race, ou moins qu'un viking. Ne comprenait-il pas sa façon de penser ? La mettait-il dans le même panier que tous les autres ? Malgré toutes ces années, ne pouvait-il pas le deviner ? Mais à quoi bon, au fond ?

Le temps des questions n'étaient pas venu, et avant qu'elle ne puisse dire un mot, son dos rencontra le bois de la porte. Sa bouche épousa celle d'Isleif sans qu'elle n'en ait vraiment le choix, et si elle s'apprêtait à le repousser, poussant son buste de poings serrés, elle n'en fit rien. Elle sentit la main chaude glisser autour de son cou, s'accrocher à sa nuque, et le contraste disparut. Il y avait comme une violence, une dureté, dans le baiser, qui lui fit répondre à la morsure par la morsure, qui la fit se décoller, un tant soit peu, de la porte fermée pour goûter un instant à ce qui avait été un souvenir fiévreux, un instant agréable, des années auparavant. Voila qu'à présent le contact était presque douloureux ; il éveillait bien quelque chose, bien des choses mêmes, mais Asta était un esprit simple, franc, et repoussa pour l'instant tout ce qui remuait derrière son front. Le baiser prit fin avant qu'elle ne s'en rende compte, entre quelques années et quelques secondes plus tard. Si le contact l'avait perturbé, elle ne le montra pas, se contenta de fixer Isleif, les lèvres rougies. Il ne s'éloigna qu'à demi, et elle ne le repoussa pas plus tant cette proximité lui paraissait presque habituelle : comme si des années ne s'étaient pas écoulées.

« Tu crois peut-être que mon père me suit? », et qu'elle n'avait pas vécu de situations plus dangereuses que celle-ci ? Un instant, la rousse leva les yeux au ciel avec cet air exaspéré qui aurait pu faire croire que tout allait bien, que tout était normal, que rien n'avait changé. « Je partirai quand je voudrai, commence pas à me donner des ordres. » Cette insolence était presque bonne enfant, comme si la colère avait disparu, ce qui n'était pas bien vrai ; juste cachée, mise de côté. « Tu crois franchement que je vais te vendre? » Asta fronça légèrement les sourcils, observa l'ami devenu ennemi, devenu encore autre chose aux lignes floues, indéfinies. « Fais-moi confiance, par Thor. » Le ton bougon, l'air qui allait avec, ne laissaient rien imaginer de l'enjeu d'une telle réplique ; Asta était passé d'un rictus sans joie à un maigre espoir d'établir ce lien, le lien entre celui qui devait mourir, et celle qui ne craignait rien. En apparence. « On t'a pas loupé. ». Ces doigts, qui n'étaient ni fins, ni délicats, avaient attrapé le menton fier pour maintenir le visage un bref instant, pour observer la balafre à la lumière, une seconde, à peine. Elle aurait pu le soigner, mais n'était-ce pas une chance ? Une chance de passer inaperçu alors que tout Skuli devait le chercher et vouloir sa peau?


“ All that is gold does not glitter, not all those who wander are lost; the old that is strong does not wither, deep roots are not reached by the frost. From the ashes a fire shall be woken, a light from the shadows shall spring; renewed shall be blade that was broken, the crownless again shall be king.” Tolkien
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Crédits : Barda.
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Âge du personnage : Vingt-six ans.
Ascendance : Sang-mêlé.
Statut : Navigateur du Munin, et petit révolté du Bounty (p'tit con, quoi).
Dédoublement de personnalité : Fënyr Viggrinirr, le dépressif.
Points : 150

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(#) Dim 23 Fév - 14:20

Isleif ne sait pas ce qu'il croit. Qu'elle est l'ennemi. Qu'elle est l'allié. Qu'il l'aime. Ou alors qu'il la hait. C'est qu'il nourrit cette propension incroyable à ne jamais rien croire, à préférer savoir. Mais dans ces choses, bien entendu – les sentiments, les affinités, les alliances ! – il n'y a pas l'ombre d'une certitude. Il n'y a rien d'immuable, de certain. C'est la nature humaine, et il faut croire, croire tout simplement. Allez lui dire que quelqu'un veut le tuer, cela, il le croira puisqu'il le sait. Mais dites-lui qu'Asta Raudi vaut sa confiance, et il rira, un peu, avant de se détourner. C'est ainsi. Il ne s'ingénie pas à déterrer de la valeur, ou son semblant, chez les êtres qu'il croise. C'est un peu court, un peu facile, de croire, se contenter d'une aube d'espérance pour une vie d'amertume. Il en a déjà été empli, bien plus qu'il ne peut, en vérité, en contenir. Alors qu'elle soit de ses alliés, ou qu'il la compte de ses ennemis, c'est égal ; elle doit s'en aller, ni l'un ni l'autre ne lui sert. Du reste, c'est plus aisé, c'est entendu, de fuir que d'enfin trancher la question.

Depuis, il la regarde. C'est un curieux spectateur qui ne s'arrête vraiment sur aucun des mots qu'il entend. Il n'est pas au propos. Elle l'abreuve tant et tant, tellement et de choses trop différentes. Lui, lui ne fait que craindre pour sa vie, et rien de plus. La confiance, Thor, tout ça ne lui fait rien, ne l'atteint pas vraiment. Il constate simplement qu'elle n'a pas encore déguerpi, que, bien sûr, elle n'a pas obéi – c'est une sorte d'arrogance qu'il ne lui pardonne pas. Elle ne réalise pas le péril dans lequel elle le jette ou, pire, elle s'en moque tout à fait. Ce serait mieux, encore, qu'elle soit si certaine d'elle-même qu'elle s'imagine pouvoir le protéger des assauts à venir. Cette assurance est aussitôt méprisée, mais toutes ces éventualités ne sont que le fruit d'un esprit angoissé, quasi paranoïaque, qui voit dans tout visage connu, davantage que dans quelque étranger, un grand danger pour le saisir. Elle le connaît. Elle le reconnaît. Si on le lui demandait, elle pourrait très clairement l'identifier. Le signaler. Le donner. Que sait-il, finalement, des véritables sentiments d'Asta pour lui et pour son sort ?
De ce qu'il sait, il en est peu. De ce qu'il croit, il n'en est rien.

« On t'a pas loupé. » Elle l'attrape au menton et inspecte la balafre. C'est un peu trop brutal pour inviter à la folle confession. « Je l'ai mérité, se dégage-t-il avec âpreté. » Il n'a pas l'intention d'en parler. Le simple fait de l'évoquer suffit à lui disloquer les entrailles, seconde après seconde. C'est hors de question, c'est trop tôt. Et puis : « Tu veux peut-être égalisé ? lâche-t-il en avançant l'autre moitié, encore intacte. » Ce besoin de la provoquer naît de nulle part, émerge à sa grande surprise, comme s'il se faisait spectateur de son propre discours. Non, il n'a aucune confiance en Asta, et ce n'est difficile à comprendre : c'est tout à fait réciproque. Ils sont ennemis, c'est certain, puisqu'il ne renonce jamais à ses sombres projets. D'autres sang-pur vont mourir, bientôt, c'est inévitable, se dit-il. Et plus cette résolution reprend de sa vigueur, plus Isleif soutient difficilement le regard d'Asta, toujours posé sur lui. Peut-elle le voir ? Il imagine que oui, et il détourne finalement les yeux. C'est mieux s'ils en restent là, s'ils ne poursuivent pas cet échange ô combien stérile, qui ne fait que précipiter leur prochaine désillusion. Asta Raudi n'est pas des siens. Asta Raudi n'est pas sienne. Alors Isleif ravale son dégoût et s'écarte franchement d'elle. « Je ne peux pas quitter Skuli, dit-il lentement. » C'est d'abord que la cité souterraine est devenue un coupe-gorge pour les gens de sa race. C'est ensuite que sa tête sera très bientôt mise à prix. C'est enfin parce qu'il sait qu'une toute autre heure viendra, où il devra renouveler tous ses vœux d'allégeance. Il devra aller le chercher, lui. Il faudra bien qu'il aille libérer Grim. « Mais, toi, reprend-t-il, tu devrais partir, maintenant. Pendant qu'il est temps. C'est mieux ainsi. » A l'entendre, il serait prêt à raviver les brasiers du grand Jól et, cependant, il prend soin de ne jamais se prononcer sur la question. Si Vilhelmine ne l'a pas encore contacté, elle le fera bientôt. Et, à ce moment-là, il n'aura pas l'ombre d'un choix. Asta Raudi doit-elle en avoir connaissance ? Il juge que non quand sa voix s'élève de nouveau : « S'il te plaît. Fuis Skuli, d'accord ? Rentre chez toi, pars en mer... (il hausse les épaules) Va-t'en, c'est tout. » Il a comme un pas pour se rapprocher d'elle, qu'il balaie en tournant les talons.

Isleif n'en a pas réellement le souvenir, mais il lui semble bien, tout à coup, qu'il a jadis existé un temps où il ne craignait pas Asta, et où elle-même n'avait rien à craindre de lui. Ils étaient déjà différents, mais ils n'auraient pas tant tenté de se blesser l'un l'autre. C'était plus facile, bien entendu. Ils étaient jeunes et lui n'avait pas encore toute sa haine pour lui servir d'âme et de corps. Il imagine alors que tout est de son fait, de sa faute, et cherche, dans ses entrailles, un fond de culpabilité. De cette minutieuse inspection, il n'en retire aucun lambeau. Qu'est-ce, alors ? C'est ce qu'il lui confie du bout des lèvres : « Je vais recommencer. »

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