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 « Tu s'ras battu et silencieux ou bien cruel, mais victorieux. »

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Crédits : Barda.
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Statut : Navigateur du Munin, et petit révolté du Bounty (p'tit con, quoi).
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(#) Ven 4 Avr - 17:36



Tu s'ras battu...
Nique la voix qui m'dit : tu seras...


Participants • Aesa et Isleif.
PNJ •  Halldora et Kjeld, leurs parents.
Statut du sujet • Privé.
Date, mois, année • Einmánuður 1296.
Lieu • Une demeure d'Hafn Dreki (bas-fonds).
Moment de la journée • Zénith de la nuit.
Météo • Orage et vents forts.

Je ne souhaite pas que les Nornes interviennent dans ce sujet.
stefbambigifs © tumblr


Dernière édition par Isleif le Jeu 14 Avr - 23:42, édité 1 fois
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(#) Ven 4 Avr - 17:38

Il est temps de rentrer. Rentrer. Un mot qui a perdu de sa saveur et qui, d'ailleurs, n'a plus de sens. Plus depuis des années, depuis qu'il est parti et qu'il les a abandonnés. Mais c'est l'heure, tout de même, c'est le moment. C'est heureux, alors qu'il contemple son échec. Et sa lâcheté. Et sa violence. Et tout le sang qu'il a d'étalé sur les mains. Les corps qu'il voit encore, quand même il dort, quand même il ne dort pas. Il contemple son échec, et il se sent sur le point de sombrer ; comme son corps qu'une maigre cloison tente de retenir, alors qu'il est recroquevillé, qu'il attend, et que la folie, la démence, flatte ses viscères et son esprit. Il pourrait tomber, là, maintenant, se vautrer. Et comme revenir relève d'un grand danger, on pourrait encore le battre, le rouer de coups, et attendre patiemment de mourir. C'est un traître, ou quelque chose du genre, dit la rumeur. Mais la rumeur ne dit rien de son retour, alors il continue. Sans hésiter. Et sans tomber. Car il existe encore une sorte de courage et une détermination qui ne veut pas mourir. Eux aussi, ils refusent de le quitter. C'est peine perdue de tenter de l'en détacher. Il réussirait à en gagner davantage, jusqu'à s'enfouir sous tant et tant de barricades qu'il en deviendrait impénétrable. Mais il n'est plus intouchable, plus maintenant. Et c'est cette faille, cette béance, qui lui donne la hardiesse suffisante pour se présenter en ces lieux, sans trop rougir du souvenir.

Tu seras lâche et impuissant
Résigné, soumis, déprimant
Insuffisant, pas adapté,
Spectateur dans l'fossé.

Le souvenir qu'il garde de ses parents s'est étiolé depuis longtemps. Il se rappelle à peine de quand il n'était qu'un enfant. Et les visages, jadis penchés sur cette jeunesse, ont vieilli, jusqu'à ternir, pour disparaître complètement. Il n'en résulte qu'une vague idée de ce qu'est un enfant, de ce que sont, de ce que doivent être, des parents. Il n'a plus la mémoire du jour où cette image a commencé à s'éteindre, comme les couleurs qui fanent d'être trop arrosées. Mais c'était autrefois. C'était un autre temps. Ce n'était même pas vraiment lui. C'était un autre. Un qui pardonne. Un que l'on console. Un qui peut tout. Et leur petit garçon a bien changé. Lui davantage. C'est un assassin, un présent, le partisan de l'holocauste. Il n'y a rien de beau là-dedans. Seulement le triste filigrane de rêves mal conçus, et donc mal accomplis. Un échec incroyable de vingt-sept ans bientôt.

Tu s'ras tout seul,
Divorcé, sans enfants, remarié
Alcoolo, adultère,
Fils indigne, mauvais frère.

Il y a sa sœur aussi. La seule qui reste pour le juger. Plus sévère qu'aucun autre. Aesa. S'il ne tarit pas d'éloges à son égard, c'est aussi qu'il craint son courroux. Elle peut tout. C'est un droit qu'il lui a, jadis, conféré. Un droit tout entier, implacable, sur son être. Aesa peut, Aesa peut décider de lui. Et, bien qu'il ignore tout ce qu'elle sait, il lui fait pleinement confiance. Elle sera dure, mais elle sera juste. Car tout ce qu'elle n'aurait appris, il s'empresserait de le lui raconter. Pourvu qu'elle soit sauve. Pourvue qu'elle soit belle. Et forte. Et admirable. Bien davantage qu'il ne le sera jamais. Et il sent bien comme la moitié de son âme a déjà filé loin de son être. Tout s'enfuit, rien qu'à l'idée de la retrouver. Il a bien eu la force d'affronter tout Skuli, trois mois durant, et le monde des sorciers, toute sa vie durant, mais Aesa, c'est autre chose. C'est de savoir qu'elle ne ment pas. C'est de savoir qu'elle ne le méprise pas, ne le déteste pas. C'est de savoir qu'elle n'a aucune raison de se montrer injuste et que, tout à la fois, elle a balayé toutes les raisons d'être indulgente. Elle l'aime, c'est entendu, mais elle ne pardonne rien. Et moins encore à lui. Alors il avance, encore, avec un peu de ferveur, beaucoup de peur. Il est temps, voilà tout. Il est temps, et c'en est presque terminé.

Tu seras amer, trop sévère,
Malheureux, toujours en colère
Méprisable, imbuvable
Égoïste, insupportable.

Lorsqu'il frappe, c'est toute la cavité qui résonne. Il y a du passage et, néanmoins, Isleif nourrit le sentiment d'être le seul qu'on voit et qu'on entend. Et, d'ailleurs, il est seul, quand la porte cède dans l'embrasure. Il est bel et bien seul quand les yeux sombres, et fatigués, le découpent dans les ombres et les rais de lumière. « Bonsoir, Halldora, souffle-t-il malgré lui. » Il est trop pour reculer, reprendre ses mots. Il faut les assumer, maintenant, et cela lui semble, soudain, fort à-propos. Sa mère, elle, ne répond rien. Elle affiche cet air un peu choqué. Une apparition, doit-elle se dire, ou quelque chose de cet aspect. Elle tente même d'en chasser l'image, d'un geste vague, et maladroit, de la main. Tout ce temps, Isleif demeure stoïque. Donner l'impression que ça ne fait rien, que ça n'arrache jamais de petits lambeaux à l'intérieur. « Bonsoir, Kjeld, dit-il, quand son père se dégage de derrière sa femme, le visage lourd, l'attitude pesante. » « Tu fais des manières maintenant, Isleif, qu'il lui répond, en passant son chemin, la démarche pour s'enfoncer à l'intérieur de la demeure. » Le gosse va pour répondre, pour tenter de se défendre, essayer quelque chose – n'importe quoi, mais c'est sa mère qui se jette dans ses bras, l'attire un peu, l'attrape surtout, et l'étreint de toutes ses forces. Ça fait des années. Et, d'ailleurs, Isleif ne se souvient pas d'avoir jamais connu une telle étreinte. Il ne se souvient pas d'avoir jamais eu de mère.


Dernière édition par Isleif le Jeu 14 Avr - 23:41, édité 1 fois
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(#) Dim 6 Avr - 3:57


And I hope for a trace to lead me back home from this place
But there was no sound, there was only me and my disgrace
Et elle se tient un peu en retrait, Aesa, avec le regard incertain, le regard prudent. Elle n’a jamais été timide mais elle est réservée à présent. Elle se garde bien se jeter dans ses bras comme la gamine qu’elle était autrefois, la petite fille qu’il a abandonnée derrière. La famille qu’il a reniée à cause de son sang. Lui qui voulait tellement rétablir la justice n’a pas été meilleur que tous les autres. Elle ne trouve pas la force de lui en vouloir. Pas pour ça, malgré tout. Et cependant elle se tient à l’écart, espérant qu’il croie à de la froideur et non de la timidité. C’est de la colère, de la tristesse, de la déception tout à la fois, pas pour ce qu’il est mais bien pour ses gestes malheureux. Il est là, le frère qu’elle reconnaît par les mots mais pas par les actes. Six années déjà, si longues et si courtes, qui l’ont changé de la pire des manières. Son retour, elle l’avait rêvé de mille façons, toutes heureuses, puisqu’elle s’imaginait alors avoir déjà assez souffert de la perte d’un frère. Mais pourquoi aurait-il fallu que tout soit si simple ? On lui a renvoyé un étranger au visage pourtant si familier, un être qu’elle peine à reconnaître, et pour lequel elle a toutefois un amour sans bornes. Aesa voulait le Isleif de son enfance. Jamais réellement un enfant, mais ils avaient été proches, et l’annonce de son départ l'avait bouleversée, plus qu'elle ne saurait l'admettre: elle en a presque compté les jours, lu et relu les quelques missives à présent froissées, au point de les connaitre par cœur. Mais il est bien là à présent, et il lui a enlevé le bonheur même de son retour.  A-t-elle le droit de se réjouir tant, de le serrer contre elle et de remercier les Nornes de l’avoir ramené sain et sauf ? Et tous ceux qui ont péri, qui ne retrouveront jamais la chaleur de leur foyer, ne leur doit-elle pas une minute de silence, une distance respectueuse envers celui qui leur a enlevé la vie ? Il ne pouvait pas ne pas savoir, c’est impossible, il ne pouvait pas et la responsabilité est entièrement sienne. Morts pour sa cause et non la leur, et tout ça dans quel but, et avec quel résultat ?

Mais n’a-t-elle pas le droit, elle aussi, de se réjouir de le voir, sain et sauf, après tout ce temps et toute cette odyssée qui l’a mené elle-ne-sait-où ? Elle se tient droite, le menton haut et les bras croisés, toute drapée dans une dignité, une hauteur qui ne lui sied guère. Elle observe Halldora, qui tient son fils, son unique fils contre elle, et son père qui n’a pas l’air d’en faire grand cas –simplement un air qu’il se donne. Elle contemple devant elle l’effet des liens du sang, ce sang qui n’a aucune importance, si ce n’est celle des liens qu’il crée. « Aesa, viens saluer ton frère. » C’est la voix de sa mère qui la sort de sa torpeur, et elle se  sent comme un devoir d’obéir. De se présenter devant lui mais, pour dire quoi ? Les mots lui semblent superflus. Fades. Il n’existe pas de mots qui puissent exprimer ce qu’elle doit lui dire. Parce qu’entre Aesa et Isleif il n’y a pas de contes, de héros ou de dragons, de courage, de récits, et pas de mensonges non plus. Il n'y a que la vérité, aussi dure soit-elle.

Elle se laisse un instant pour le dévisager, ce frère perdu. Et elle le fait sans se départir de cette expression distante, la gamine qui se prend pour une adulte, altière. Son étreinte, qui devait être brève et légère, s'éternise. Le temps des reproches viendra, mais pour l'heure elle est tenue d'accueillir son frère comme il se doit; sa mère ne le lui pardonnerait pas. « Bonsoir, Isleif. » La colère sourde s'est calmée depuis Jól, mais n'en reste pas moins le sentiment qu'il savait, qu'il savait parfaitement tout ce que cet attentat impliquait, et comment elle réagirait. Aesa sait: si elle n'attend pas d'excuses d'aucune sorte, il ne s'attend pas non plus à recevoir son pardon.


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(#) Mar 8 Avr - 18:21

Qu'elle vienne le saluer. Oui, qu'elle vienne. L'étreindre, plutôt. Ça fait assez de temps maintenant. Il est assez puni. Et il aimerait savoir que Aesa le veut aussi. Mais elle a ce regard ; les sourcils s'inclinent, un peu, en leur centre, l'air d'être inoffensifs, craintifs, mais ses yeux s'assombrissent, les pupilles réduites à l'état de deux fentes pénétrantes. Ce regard ne ment pas. Il n'essaie jamais de mentir, celui-là. Isleif le reconnaît assez - et on le lui prête quelques fois. C'est dans le sang, sans doute. Comme la hargne à punir le meurtre. C'est cela qu'il voit dans les yeux obscurcis qui le scrutent désormais. Soit elle sait tout, soit elle a tout compris. De toutes les alternatives qu'il a envisagées, il ignore bien la pire. Ce qu'il sait encore moins, c'est combien elle a mille fois conscience de tout pour l'avoir vu de ses propres yeux. « Bonsoir, Isleif, qu'elle souffle dans leur étreinte. » Lui non plus ne veut rien relâcher. Juste une seconde encore, et il ne réclamera plus rien. Il n'en mérite que des miettes, mais il insiste, de ses bras enlacés, pour prendre ce qui lui appartient.

« Où étais-tu ? demande son père. » La question fait sursauter Halldora. Isleif irait jusqu'à dire qu'elle lui déplaît, puisqu'il lui est impossible de s'irriter de quoi que ce soit. Du reste, Kjeld a posé sur lui un regard si fermé que son propre fils est incapable d'en discerner l'exacte substance. Il imaginait qu'il devrait y avoir de la colère, et même un peu de mépris. Mais son créateur en est si dépourvu, même après des années à l'attendre. « Je naviguais, répond l'enfant. » Ce n'est pas la réponse escomptée mais c'est là sa réponse. « Peu importe, peu importe, balaie sa mère d'une voix empressée. Tu es là, maintenant, le fait-elle asseoir. » Elle lui sert alors un verre dont Isleif ne veut pas. Il n'est pas venu chercher du réconfort ou du confort - bien qu'il en ait besoin. Il la dévisage plutôt et constate comme le temps n'est pas allé pour l'épargner. Elle a l'air las, et fatigué. Comme ceux qui ont connu trop de choses, que l'on a trop blessé. De ses deux parents, c'est peut-être Halldora qu'Isleif a le mieux aimé. C'était il y a longtemps, mais il en reste comme une sorte d'affection invincible. A la regarder, il se désole un peu de tout ce qu'il a fait. En les laissant. Et en assassinant. Mais ça n'a rien à voir avec eux. Ceux-là, ces sang-mêlés-là, n'ont rien fait pour le combat qu'il mène ; et ça suffit à son indifférence un peu trop aigre.

Comme son fils s'est assis, il semble à Kjeld qu'il lui faut s'abstenir de l'imiter. C'est une provocation – et une sanction. Courtoise, il est vrai, mais elle existe. Et parce qu'il est son père, Isleif en prend scrupuleusement la mesure. Mais il ne s'excusera pas. Il ne fera pas de grand discours. Il n'est même pas venu pour ses créateurs. Il voulait rencontrer sa sœur, et sa sœur vit ici ; s'il refuse de le dire à haute voix, il n'aura pas d'autre égard envers eux. « Est-ce que tu as dîné ? souffle Halldora. » « C'est le milieu de la nuit, remarque Kjeld, la voix basse. » Leurs regards convergent vers Isleif mais lui, trop épuisé, ne s'imagine pas répliquer. « Il n'est pas trop tard, reprend sa mère pour rompre le silence sordide. » « Il est trop tard pour une visite sans s'annoncer, coupe son père. » Cette fois, Isleif soutient le regard qu'on lui porte comme une lame. « Il est trop tard pour une visite, continue l'homme et son timbre assombri. » Halldora craint la réaction de son fils, c'est évident quand elle ramasse quelques objets sur la table et les précipite ailleurs, sans que ça ait le moindre sens. Mais si Isleif dévisage son père, c'est sans colère. Il ne répondra pas. Pas à ce genre de choses. « Je suis venu parler à Aesa, déclare-t-il sur le ton de la conversation, comme s'il n'y avait rien de plus naturel. » « Et tu imagines qu'on va vider la pièce ? » « Kjeld, s'étrangle la voix de son épouse. » « Non, l'interrompt Isleif. Je suis simplement venu lui parler. » Du sommet de sa grandeur, son père parvient encore à se redresser. Il est plus grand que lui. Plus fort, aussi. Et s'il a l'âge qu'ont les pères, il pourrait bien soulever une hache – encore faudrait-il qu'il en ait jamais tenue une de toute sa vie, commente silencieusement le fils. « Alors nous t'écoutons, Isleif, soupire son père. Ce que ta sœur peut entendre, je crois qu'on pourra le supporter. » « Ne fais pas ça, souffle l'autre. Ne fais pas ça... »
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(#) Jeu 14 Avr - 23:32


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Des trois autres membres de la maisonnée, il n’y a qu’Halldora qui l’accueille avec empressement, avec bonheur, sans hésitation aucune; comme si elle n’avait attendu que ça pendant toutes ces années où Isleif était parti. Comme si son retour avait effacé la tristesse du départ, la trahison de l’absence. Et il le faut bien.  Mais si la rancune de Kjeld est causée par l’abandon soudain de leur fils, celle d’Aesa n’y est pas du tout rattachée. Elle aurait voulu que son frère navigue tous les océans, lui envoie des récits de voyage de son écriture penchée. Qu’il lui fasse parvenir de menus trésors, du sable d’autres plages. Mais il ne lui a rapporté que le meurtrier qu’une révolte exacerbée a fait de son frère. Meurtrier, assassin. Les mots se collent à la peau d’Isleif tandis qu’Aesa observe les échanges entre ses parents et son aîné, à distance, rapidement oubliée au profit de leur invité surprise. Kjeld voudrait le jeter dehors, Halldora refuse.

Et Aesa contemple les choix qui se placent devant ses yeux. A-t-elle le droit de condamner ainsi Isleif ? Doit-elle le tenir à une certaine distance comme son père, ou l’accueillir avec chaleur comme sa mère ? Le plus sage semble être un juste milieu, malgré l’envie de prendre place à côté de lui à la table, de ne plus le quitter du regard. Il est venu lui parler semble-t-il, et elle s’avance inconsciemment pour aller à sa rencontre. « Kjeld », énonce-t-elle d’un ton doux, mais réprobateur, lorsque le grand homme exige (si, c’est bien ça, il l’exige) de savoir ce que le frère a à dire à sa petite sœur. Lirait-il les missives qui lui sont destinées ? Elle a vingt ans dorénavant, elle n’est plus une petite fille et si Isleif est venu lui parler à elle seule, ils en ont bien le droit. Aesa fronce les sourcils. Et s’il lui parlait de ce qu’il a fait, qu’arriverait-il ? Halldora en serait détruite, et Kjeld… Évidemment il ne le montrerait pas de cette façon-là mais sans doute ne s’en remettrait-il pas non plus.

La tension est palpable. Elle se voit partout, dans la posture de son père, les gestes précipités de sa mère. Dans l’air saturé d’électricité –et pas à cause de la tempête qui fait rage dehors. La gamine s’interpose posément, sa main sur l’épaule d’Isleif. Il n'y a pas grand chose en ce monde qui puisse persuader Kjeld de quoi que ce soit: pas sa femme, pas sa fille. Mais peut-être qu'à deux elle sauront le faire vaciller rien qu'un instant, qu'il laisse son fils poser les pieds dans la maison, dire à Aesa ce qui doit lui être révélé et repartir ensuite, si tel est son désir. Et malgré la rancoeur qui habite la jeune femme elle n'arrive pas à souhaiter le départ précipité de son aîné. Après tout, il y a des années qu'elle ne l'avait pas serré dans ses bras et il est son sang, sa famille; elle ne peut pas le pardonner -pas maintenant- mais elle ne se sent pas le coeur de le renier, sans avoir au moins entendu sa version de l'affaire. Elle y croit encore, un peu, à une version des faits qui rendrait son frère innocent, qui effacerait les mots durs qu'elle doit maintenant associer à celui qui lui a tant manqué. « Ça peut attendre au matin. Et si ça ne peut pas, on peut sortir. » Elle peut affronter la pluie battante si c'est pour qu'ils n'entendent pas. Pour qu'elle sache d'abord de quoi il en retourne, avant de prendre la décision d'informer leurs parents ou non. Comme si, du haut de ses vingt ans, elle avait le pouvoir de protéger Kjeld et Halldora. Ce n'est pas sa responsabilité, et pourtant; elle presse de ses doigts délicats l'épaule de son frère, dans une supplication muette. Ne fais pas de bêtise.



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(#) Ven 15 Avr - 1:03

Un temps, fébrile au point qu'on croit qu'une paume enserre tous les muscles du cœur, il a les billes plantées dans le gris abîmé de Kjeld. Isleif a le regard d'un assassin. Son humeur est rentrée et elle tient toute entière sous le masque impavide qu'il s'est coulé sur le visage. Pourtant, il a l'éclat de ceux qui élaborent des flèches mortelles et, non contents de toucher, ceux-là s'assurent que les traits qu'ils fichent aux carcasses comportent des rivets qui rendront impossible toute extraction de la plaie. Quelle sorte de courage son père peut-il rassembler contre ça ? Et quel genre de blessure le fils doit-il donc infliger pour faire baisser ces yeux faux de témérité ? Ils savent qui l'emporte sur l'autre, et ce duel s'est joué il y a longtemps, maintenant. Alors Kjeld devrait réviser sa position et reprendre sa place dans le rang. Il sait si bien le faire. Il aime tant le faire. Oui, il devrait vider la pièce, leur découper une solitude et ne plus jamais feindre d'être son père. Parce qu'Isleif ne joue plus au môme. Il a l'âme fracturée, et fragmentée, éparpillée – trop – pour rester un môme. Il n'est plus le fils de personne. Alors il n'a aucune raison de les épargner, Halldora ou lui. Ils sont, au plus, des étrangers. S'il répugnerait à leur montrer combien, Isleif le ferait néanmoins.

La main d'Aesa lui empoigne douloureusement l'épaule. Elle ne presse pas, mais il est ivre de tous ces contacts qu'elle leur fait. Maintenant qu'elle le tient à la paume, Isleif endure la morsure qui l'enrage puis l'apaise. D'abord, il dévisage leur père, avec la conviction absurde qu'elle est maintenant de son côté, qu'elle le sera toujours, et qu'ils se battront flanc à flanc. Puis il sait que c'est faux, qu'elle le hait certainement, et qu'il n'existe aucune raison qui la ferait le préférer à Kjeld. Enfin, l'idiot se résigne, car Aesa occupe l'endroit depuis lequel elle a toujours trôné : elle veille les êtres et arbitre leurs querelles, autant reine que déesse. « Ça peut attendre le matin, il tranche au dernier argument tactile qu'elle impriment à l'épaule. » Isleif se moque que ses parents entendent, et plus encore qu'ils sachent. Ils savent déjà, peut-être. Les rumeurs filent plus vite que les faits ou la vérité. Il est probable, cependant, que la distance qu'ils prennent, par pure lâcheté, d'avec le commun du monde les ait gardé d'apprendre le devenir glorieux du dernier de leurs fils. Puisqu'Aesa veut le pouvoir d'en décider, alors son frère le lui cède volontiers. Il attrape sa main et l'emprisonne entre ses doigts. Ses lèvres voudraient donner quelques baisers à ces phalanges et il parvient difficilement à les relâcher loin de lui.  « Bonne nuit. » La chaise racle le sol et Isleif se ramasse la dépouille en une posture aussi droite que sa fatigue le permet. Ça suffit à saluer ses géniteurs et il attrape sa sœur à la nuque. « Trouve-moi à l'extrémité de la baie, où la falaise est la plus haute. » Il murmure à l'oreille qu'il embrasse dans un souffle. La relâcher lui demande de s'imaginer qu'il va la revoir bientôt. Ça a toujours le goût de la dernière fois et, en dépits de la peur que suscite son soupçon, Isleif opte pour le dégoût que lui inspire de rester plus longtemps dans ce trou qui, jadis, lui servit de maison.
Après quoi, son départ est facile.

L'orage s'est replié derrière la cime des montagnes. Le ciel est noir, là-haut, et l'horizon marin peine à se dégager. Il a cessé de pleuvoir mais le vent poursuit de charrier d'épais nuages qui pourraient ensevelir tout Hafn Dreki sous un rideau de pluie battante. Les cruautés climatiques sont plus âpres au sommet des falaises. En bas, le port, bien au contraire, paraît paisible alors que le jour gagne difficilement sur la nuit. C'est le matin, mais ce vivier à sang-mêlés sort seulement du sommeil. Parce que, à cette époque de l'année, l'obscurité s'éternise, Isleif cherche les silhouettes, minuscules vues d'ici, qui s'éveillent les premières. Laquelle est Aesa ? Il l'a attendu tout son restant de nuit. Après avoir dressé des sortilèges rudimentaires (mais nécessaires), il s'est installé dans un creux des rochers. A l'abri du vent, il a patienté, l'esprit torturé par l'idée qu'Aesa ne vienne pas. Si c'était le cas ? Il ne peut pas descendre. On le reconnaîtrait. On ferait pire que ça. Il faut qu'elle vienne, est-ce pour l'étreindre ou pour le tuer. Isleif frissonne, les mains entre les genoux, le cul contre la pierre. Si elle ne venait pas, il gagnerait à se jeter maintenant de la falaise.
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(#) Ven 15 Avr - 1:51


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Plus les minutes passent et plus Isleif lui semble différent. Lui qui n'a jamais été facile n'accepte qu'encore moins ce qui est. Aurait-il réellement pu forcer Kjeld à quitter sa propre maison pour lui parler ? Le regard qu'il réserve à leurs parents l'attriste; il n'y a plus là qu'une sombre indifférence. Il ne semble y avoir de lien qu'entre eux maintenant -c'est à l'amour qu'il lui porte qu'elle doit la retenue qu'elle implore, et qu'il offre. Il a le regard orageux, écho à la tempête qui fait rage dehors, qui épargne mystérieusement Aesa. Il n'y a plus rien pour le retenir ici, si ce n'est une pauvre ancre encore attachée au port d'un fil ténu. La petite fille laissée derrière, dans la maison familiale, à l'abri des violences du monde. S'il savait seulement qu'elle n'est pas la petite chose innocente qu'il tente de protéger ! Voudrait-il même y croire ?

Les doigts se referment autour des siens. Un contact si simple, qui lui a pourtant manqué plus qu'elle ne saurait le décrire. Il se lève, déjà. Repart, déjà. Après l'avoir enlacée de nouveau, trop brièvement. Il tourne les talons et quitte la demeure sous les trois paires d'yeux qui le scrutent, l'une désespérée, l'autre fermée, et la dernière si incertaine qu'elle n'a pas même pris la peine de répondre j'y serai. Au moins sait-elle qu'elle a jusqu'au matin pour se présenter à lui de nouveau. Ira-t-elle le rejoindre ? Bien sûr. Comment pourrait-elle l'ignorer, rester ici sachant qu'il est là-bas, si près ? Les dernières heures lui semblent interminables. Que va-t-il lui avouer ? Quelqu'autre horrible crime, pour rajouter à sa peine déjà immense ? Il vaut mieux ne pas y penser, attendre patiemment que le soleil se lève pour aller à sa rencontre. Et lorsque les premiers rayons se font voir à l'horizon, elle se glisse dehors, la lourde porte de bois grinçant sur ses charnières lorsqu'elle la referme. Elle sait qu'ils savent. Isleif peut bien les penser couards, mais ils ont toute l'estime d'Aesa, et elle ne tient certainement pas son esprit vif d'un heureux concours de circonstance. Elle sait cependant qu'ils ne se risqueront pas à la suivre. Pourquoi le feraient-ils ? Elle ne leur a jamais avoué que ce qu'elle voulait qu'ils sachent, ni plus, ni moins. Tenter de l'espionner ne les mènerait à rien. Tenter de la retenir, pas plus. Le pas tranquille, elle se dirige vers le lieu de rendez-vous, ses longues tresses à l'abri d'une capuche qui ne fait rien pour réduire l'effet du vent glacé sur ses joues. Le mauvais temps de la nuit s'est à peine résorbé -la vue des hauteurs est néanmoins magnifique.

« Isleif » elle l'appelle, à présent au point le plus haut de la falaise. Le lieu est bien choisi, son frère a le sens du spectacle. Peut-être est-ce en partie grâce à lui qu'elle sait si bien captiver son audience. « Tu as passé la nuit dehors », lui reproche-t-elle lorsqu'il fait son apparition. Où aurait-il pu aller, si ce n'est dehors ? Elle aurait pu convaincre Kjeld et Halldora de le laisser rester à l'intérieur, peut-être. Mais assurément Isleif n'aurait jamais accepté. « Qu'as-tu à me dire, que tu ne puisses pas m'écrire ? » D'autres reproches peut-être, ceux de l'avoir laissée ici sans un regard derrière, sans savoir qu'elle finirait néanmoins par être au courant de tout, en l'ayant vu de ses propres yeux: le sang sur ses mains et l'incendie brûlant au fond de ses yeux sombres.


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(#) Ven 15 Avr - 4:00

Il respire librement. Isleif, et il arrête d'inspirer par à-coups. Sa suffocation ne lui était pas même montée jusqu'au crâne et, sous l'effet de la surprise, Isleif se précipite et se ramasse douloureusement les genoux sur les aspérités de sa cachette. S'il s'amoche la peau, il ne sent ni l'entaille ni le sang. Les paumes pour lui faire un chemin, il émerge du renfoncement et cherche la bouche qui porte toutes les lettres de son nom. Aesa est venue et, bien que ça soit évident, il ne peut s'empêcher d'en être soulagé. L'euphorie, décuplée par sa solitude, le manque de sommeil et la faim, le submerge quelque peu. Il veut se jeter dans ses bras, l'étreindre si fort que ça leur tiendrait chaud pour trois ou quatre vies entières et patienter que le froid soit entré sous toutes les couches de leurs vêtements pour, enfin, se scinder. Malheureusement, son allure ralentit au rythme du ton qu'elle emploie contre lui. Où voulait-elle qu'il aille ? Aucun endroit n'est sûr. Ce qui a toujours été vrai pour les impurs l'est définitivement pour lui. Alors, et même s'il n'en mérite rien, elle lui gâche son plaisir, le bonheur de la trouver, de la sentir, de la voir, de savoir qu'elle existe et qu'elle emplit le monde. Un malaise grandissant s'établit dans sa nuque et lui chatouille l'échine. Isleif s'arrête à six ou sept pas de sa sœur, leurs os dans le courant d'air le plus froid de cette matinée humide. Après tout, il devrait être content de son sort et satisfait qu'on s'acharne à lui obéir : pendant qu'il tremble dans les lueurs glacées du petit matin, il voulait Aesa et la voilà, fidèle au souvenir qu'il garde d'elle. C'est une femme, désormais. Elle est fière. Elle est froide. Elle ne pardonne rien aux hommes, comme il lui a recommandé tant de fois de le faire. S'il savait qu'il parlerait de lui ? Oh, le pauvre Isleif s'en moque parce que, à deux doigts de se répandre sur l'immense beauté qu'il lui trouve, sa soeur le presse davantage. Quand ce ne sont pas ses mots, c'est son regard. Sa douce cadette le persécute avec un feu étrange, inexplicable – il ne comprend pas tout de suite qu'elle sait déjà. « Ça mérite que tu l'entendes, dit-il après avoir hésité un moment. » Ça ne s'écrit tout simplement pas. Ce serait des aveux, d'ailleurs, mais ce compromettant n'est pas le pire. La crainte d'Isleif est à la fois plus simple et plus terrible. Elle tient dans ce qu'il ajoute immédiatement : « Et je préfère que ça soit de moi. » La distance est insupportable, mais elle refusera de la faire disparaître. Ils sont si près du précipice, c'est comme si le vide s'étalait sous leurs pieds à mesure qu'ils attendent. « On ne va pas rester là, parce que c'est une longue histoire. »

Ils s'éloignent à peine. Isleif les rapproche de la falaise et les fait entrer sous le couvert d'une paroi esquintée. Ils sont protégés par un flanc de la montagne et, tandis que la vue s'ouvre sur la mer, il marmonne quelques sortilèges qui font dévier les vents de leur enclave. Ça atténue leurs sensations. Ça appauvrit, aussi, la perception que le restant du monde peut avoir d'eux. Ils sont seuls. Et c'est le moment où il n'a plus le choix de dire : « Tu te souviens, je t'ai dit de ne pas te rendre à Skuli pour Jól ? » Son timbre est affecté. Ses manières, empruntées. Qui pourrait encore ignorer le grand-massacre de Jól ? Ça n'est, de toute évidence, pas cela qu'il est venu lui raconter. On l'aura déjà fait. Aesa aura même commencé à le raconter à son tour, sans doute. « J'y étais. » Son propre manque de franchise le heurte avec la sécheresse d'une morale. Ça n'est pas si difficile à admettre. Isleif l'a déjà fait tant de fois. Auprès de tant de femmes. Ne les aimait-il pas autant qu'il aime sa sœur ? Tous ces mots ont déjà été prononcés mais chacune de ses confessions lui a coûté une cicatrice cuisante. Quand son visage a-t-il guéri ? et quand son cœur ? Sous la crasse qui accable sa peau, on verrait que les plaies sont infectes, et vives. « C'était moi. » Le meurtrier s'entend parler. Sa voix ne tremble pas, pas plus que ses yeux ont quitté ceux d'Aesa. Cette assurance est d'autant plus étrange qu'il ne sent plus vraiment le bout de ses doigts ou celui de ses lèvres. « J'ai, sur les mains, le sang de plus de sorciers que je ne peux en compter. J'ai fait ça. Je n'étais pas seul, mais c'était moi. » Un voile tombe sur ses yeux, un voile humide, un voile pourpre. « Je savais que ça arriverait. J'ai fait que ça arrive. »
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(#) Sam 16 Avr - 2:22


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Ils se font face comme des étrangers. Aesa prudente –pas par crainte qu’il ne la blesse, mais plutôt par peur de ne pas savoir maintenir la façade froide qu’elle lui oppose- et Isleif résigné. Il la connaît bien malgré l’absence : leurs caractères sont si proches, et à la fois si éloignés ! S’ils possèdent la même fougue, ils ne la canalisent certainement pas de la même manière. Et si autrefois Aesa ne s’en formalisait guère, cette fois elle craint que l’impétuosité de son frère ne soit en train de le mener à sa perte. Qui sait s’il ne l’est pas déjà, perdu. C’est pourquoi elle le presse de lui dire ce pour quoi il est venu, quand bien même elle le saurait d’avance. Elle essaie vainement de se raccrocher aux branches, caresse l’espoir ténu que peut-être, elle n’aura pas à prendre la décision de l’abandonner, ce frère déchu. Le pourrait-elle seulement ? Probablement jamais. Et c’est bien ce qui la déchire à l’instant, alors qu’elle sait ce qui arrive et qu’elle ne peut pourtant pas s’y résoudre. C’est pourquoi elle ne le devance pas : et s’il lui offrait une autre version ? Un sosie à blâmer, un chantage quelconque qui l’aurait mis au milieu de la foule, éclaboussé de sang ?

Même Aesa n’y croit pas une seule seconde.

Ils s’écartent, et du paysage la jeune femme ne voit que les grands yeux couleur d’orage, lourds de pluie. Elle rabat sur ses épaules la lourde capuche, maintenant que le vent est tombé –grâce à son frère. À sa question, elle ne répond que d’un hochement lent de la tête. Elle s’en souvient, comme elle se rappelle de tout ce qu’elle voit, de tout ce qu’elle entend. Rien n’échappe au tableau qu’est sa mémoire; rien ne s’en efface jamais. Il y a un instant de silence, puis les phrases se bousculent. Courtes. Sans jamais rien expliquer, il pose simplement là les faits, dénudés de tout. Pas de sentiments, pas de révolte ni de regrets, encore moins une motivation. Il était là, et c’était de son fait. Rien d’autre. Aesa a soudain très froid. Elle ne pleure pas. Elle ne pleure (jamais) que s’il n’y a personne pour en être témoin. Mais son sang semble se glacer dans ses veines. C’est dit maintenant, c’est avoué, tangible, réel. Trop réel. Que doit-elle faire à présent ? Lui tourner le dos ? Ça ne peut pas être défait, ni oublié –trop de sang a coulé cette nuit-là.

Et c’est maintenant à son tour de lui faire des aveux, car si elle se devait de l’écouter avant toute chose, elle ne peut pas non plus lui mentir : « Je l’ai appris de toi, plus tôt que tu ne le penses. J’y étais, Isleif. Tu crois bien qu’en me l’interdisant j’allais m’empresser d’y aller. » Sait-il à quel point il lui a brisé le cœur, à la douce enfant ? Celle qui, depuis six ans, n’attendait que le retour de son frère, espérant peut-être le convaincre de l’emmener, cette fois, la gamine devenue femme. Malgré son désir de la protéger il ne l’avait jamais traitée comme une enfant, comme une nuisance. Et maintenant… il doit fuir et se cacher. La laisser de nouveau, cette fois sans possibilité de réparer ce que son acte funeste a brisé. A-t-il toujours eu cette force implacable en lui ? A-t-il toujours eu la marque d’un assassin, et elle n’a rien vu ? « Je ne te pensais pas capable de ça. Capable de grandes choses, oui, mais pas de ça » déclare-t-elle finalement, à la recherche d’un éclat, ne serait-ce qu’infime, d’un remords; de celui, à présent disparu, qu’elle a appelé frère.



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(#) Mar 19 Avr - 12:05

Il cherche aux pupilles d'Aesa. A mesure que les mots délient sa confession, Isleif cherche plus frénétiquement aux pupilles noir de poix. Le cœur ralenti, il s'attend à ce qu'elles soient fuyantes, furieuses, fumantes. C'est de la surprise qu'il cherche à ces yeux – ou de l'horreur, il les prend toutes. Pourquoi n'éclatent-elles pas ? Pourquoi sa sœur, son innocente et ravissante cadette, n'est-elle pas surprise ? L'espace d'un instant d'une complète naïveté, Isleif se dit que, peut-être, elle approuve. Si elle ne sursaute pas, n'explose pas de colère ou ne pleure pas tout de suite, c'est qu'elle sait qu'il devait, qu'il n'avait pas le choix et que, somme toute, c'était bien ce qu'il fallait faire. Aussi absurde que ce soit, Isleif ne peut s'empêcher de serrer l'idée contre lui. Ça ne dure que quelques secondes, le temps qu'elle ouvre la bouche et le délivre de sa folie, mais il s'accroche à cette chaleur comme s'il fallait que quelqu'un, quelque part dans Midgard, qu'il aime et qu'il respecte, cautionne et comprenne l'odieux de ses crimes, fût-ce le produit de son imagination, ou de sa bêtise. Et ceci, sachez-le, ne fait pas un rempart très efficace.

Parce que c'est pire que le pire qu'Isleif imaginait, le souffle se bloque en haut de sa poitrine et les larmes lui montent aussitôt aux yeux. C'est drôle, très ironique, qu'elles aient toutes été là. Pourtant, à l'inverse de Siri Freknur et d'Asta Raudi, Isleif avait alors fait le choix de prévenir sa sœur. Même si c'est vrai, même si elle ne s'est précipitée à Skuli qu'afin de lui désobéir, Aesa y serait tout de même allée. C'est là la mission des conteurs et Jól doit être vu pour être raconté. Elle serait venue apprécier le spectacle, l'empressement de la foule, les éclats de magie et, finalement, il avait seulement été différent. Très différent. De plus, en lui adressant sa lettre, il avait pris le risque de compromettre tout le Munin. Personne ne l'a jamais su – ni Grim ni Vilhelmine et, pour l'un des deux, il est trop tard pour l'apprendre. Néanmoins, le fait reste : et si sa mise en garde, sa défense de se rendre jusqu'à la capitale, avait été interceptée ? ou transmise ? Aesa aurait pu, aussi, tenter de le dissuader ou de le faire échouer. Avec le recul, Isleif avait compris le péril inconsidéré dans lequel il s'était jeté tout seul et les autres avec lui. Cette faiblesse-là non plus n'était pas pardonnable. Il en est encore désolé. C'est pire, d'ailleurs, puisque ç'a été inutile. Ils étaient à Skuli ensemble comme ils sont ici aujourd'hui. La bile que ça inspire au jeune mêlé est impossible à avaler. « C'était une grande chose, il riposte et relève le regard qu'il ne s'était pas vu baisser. » Il est piqué que son courage ne soit pas estimé et, plus encore, il est blessé qu'Aesa soit aussi humaine, altière et bien meilleure que lui. Forcément, les syllabes sont dictées par la hargne mais le timbre faiblit. Il veut se défendre. Il veut se justifier. Sa sœur l'a néanmoins vaincu il y a quelques mots. « C'était pas joli à voir, mais c'était grand. » Assis en dépit de la douleur grandissante, Isleif s'agite. Partir est une option séduisante, et cependant très vague. Lâcher quelques traits de colère serait prendre Aesa pour confidente et, pour l'instant, elle n'est plus son amie. Aux pupilles qu'il scrute encore, Isleif devine qu'elle espère des excuses, de l'amertume, une once de repentance. Ce chemin qu'il fait jusqu'à elle n'a pourtant rien à voir avec la pénitence. « Damara aurait été fière de moi. » C'est un mensonge inepte et consciencieux. « Les seuls capables de condamner ce qu'on a fait, dit-il, sont les Purs et les lâches. » Ça s'écoule de sa bouche et lui cisaille les lèvres, et tout est sorti sans qu'il puisse le retenir. Les billes plantées dans celles d'Aesa, il sait quel genre d'outrages il vient de lui faire et, en un sens, il la menace : qu'elle le désapprouve plus avant et, impur dans son sang, elle se rangerait au flanc des froussards qui se lèchent le mauvais sort.
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(#) Mar 19 Avr - 16:33


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« Tu as fait tout ce chemin pour m’insulter ? » Elle n’est rien devant son frère. Elle n’est pas grande, elle n’est pas forte. Elle n’a que la rage froide qui s’empare de son cœur alors qu’il la relègue au rang de couarde, de moins que rien. Car elle ne s’y trompe pas, l’enfant : dans la bouche d’Isleif, il n’y a rien de pire qu’être l’un ou l’autre –à moins d’être à la fois sang pur et lâche. « Qui es-tu pour prétendre me connaître ? » Son frère ? Celui qui l’a laissée ici même il y a six ans, sans pouvoir la voir vieillir, sans guider ses pas. Peut-être est-ce mieux ainsi. Elle efface la distance entre eux en quelques enjambées, sans quitter son regard. Si minuscule et si grande. En bas, elle a la protection de tant de gens, et ici, elle est tout à fait seule, puisque son frère n’est plus à ses côtés. « Tu les aurais affrontés un à la fois que ça aurait été grand. Tu aurais affronté des gens prêts à se battre pour défendre leurs idées, que ça aurait été grand. Sais-tu au moins qui tu as tué Isleif, le sais-tu ? »

Il est trop tard, de toute évidence, pour réparer ce qui a été fait. Et de toute façon, il ne le souhaite pas. Il se mure dans sa conviction d’avoir agi pour le bien commun et peut-être que le temps lui donnera raison. Mais Aesa sait d’ore et déjà que ce n’est pas une histoire qu’elle prendra plaisir à retracer. Il est trop dangereux à cet instant d’en révéler les éléments clés. Mais elle sait aussi qu’advenant le cas que leur attentat n’ait servi à rien, cette histoire malheureuse servira d’exemple, de leçon pour les prochains qui voudront renverser l’ordre établi. Ou alors, peut-être aura-t-elle le goût sucré de l’espérance –mais voudra-t-elle réellement insuffler l’espoir dans les cœurs en évoquant quelque chose  d’aussi sordide ? Prise de court par une brusque vague de chagrin, elle détourne le regard, les yeux pleins d’eau. Comment en sont-ils arrivés là ? S’ils n’avaient pas été séparés pendant tant d’années, aurait-il suivi le même chemin ? Probablement. Ce n’est pas nouveau, ce désir de ramener l’égalité, de se battre contre sa condition. Et ce n’est pas mal, mais il a toujours été moins posé qu’elle. Plus impétueux. Elle espère que c’est sous le coup de la colère qu’il lui parle ainsi. Croit-il vraiment qu’elle soit lâche, peureuse ? Qu’elle se terre ici par crainte ? Elle croise les bras sur sa poitrine, fixe la paroi rocheuse d’un air obstiné. Elle ne pleure pas Aesa. Pas même pour lui.

« Vas-tu me blesser aussi, de ne pas penser comme toi ? » demande-t-elle d’un ton bas, comme si sa colère était retombée pour faire place à la tristesse. Si c’est bon pour les autres, n’est-ce pas bon pour elle aussi ? Elle peine à croire qu’il soit revenu simplement pour l’aviser de ses crimes, sachant qu’elle ne le comprendrait pas. Qu’elle ne cautionnerait en rien les moyens utilisés pour desservir la cause qu’il défend avec tant (trop) d’ardeur. « Que voulais-tu que je te dise ? Que je te félicite ? Que c’est bien ? Tu n’es pas naïf au point de penser que j’approuverais. » Mais elle est soulagée malgré tout de le savoir là, toujours debout, et toujours fier. « Je suis contente de voir que tu vas bien, mon frère. Mais si c'est là tout ce que tu as à me dire, je vais redescendre, et vaquer à mes occupations. » Les gestes mécaniques du quotidien pour oublier les griffes acérées qui lui enserrent à présent le coeur.
 



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(#) Jeu 21 Avr - 8:10

Il n'est pas un regret pour lui parcourir le-dedans. Isleif se mordille l'intérieur des lèvres et, cependant, il lui demande vraiment, entre les mots et entre les regards, de faire son choix : les maîtres-oppresseurs ou les siens, de nouveaux siècles d'esclavage ou ce qui, tous décomptes macabres faits, ressemble à la justice – choisir le reste du monde ou bien le choisir lui. Après six ans à la laisser s'épanouir aussi librement que s'il n'avait jamais existé, Aesa peut camper auprès de ses parents ou, enfin, le rejoindre. C'est vrai, il ne la connait plus autrement que par le cœur, par cet amour idiot, et nécessaire, que les frères portent constamment à leurs sœurs. Néanmoins, il acquiesce en silence : il veut bien découvrir, maintenant et pour toujours, quelle personne elle est devenue. Tout ce temps claquemurée dans Hafn Dreki, protégée par les forces impures d'un port relégué aux confins du monde, qu'a-t-elle appris ? compris ? A tout prendre, que sait-elle, qu'a-t-elle vu, a-t-elle jamais souffert ? A présent, Isleif est curieux de ce qu'elle est et du jugement qu'elle pose sur lui. Quel avis peut-on bien se faire depuis le trou de Midgard alors que les vaillants, les fous et puis les meurtriers s'en vont prendre les risques dont elle récoltera goulument les succès sans payer les défaites ? En silence, il enrage. Soutenant l'orage aux pupilles de sa sœur, il serre les dents comme un chien mord à la gorge de sa proie. « On ne les affronte jamais un à la fois, s'ébroue le jeune mêlé. Où ? Quand ? Tu ne connais pas l'Histoire ? » Il s'attaque la joue avec les molaires et peu importe s'il pisse le sang. « Lorsque quelqu'un comme moi – comme toi – s'en prend à l'un d'entre eux, crache-t-il du fiel qui lui dévore la langue, il meurt. Tu le sais. Et on se fout que le chien-de-pur ait tué sa femme, violé sa fille, pillé ses terres. » Ses doigts comptent. Dans la précipitation, il manque d'idées alors qu'il a vu cent, mille, autres exemples. On pourrait remplir plusieurs livres, ou une bibliothèques. Mais ce siècle et cette race écrivent peu : or, la preuve faite que le souvenir, fragile, s'étiole. « On ne gagne jamais quand on les affronte en combat singulier, poursuit-il avec une amertume qui se retient. D'ailleurs, il n'y a jamais de combat singulier. » Et lui est las de perdre, de flétrir, de mourir. Isleif n'en peut plus des blessures qu'on lui inflige, depuis toujours, à raison de sa naissance. Sa grand-mère, plaise à la Magie, lui a ouvert (comme à Njall et à Aesa) un autre chemin et il a seulement fait le choix de s'en saisir. Au nom de quoi aurait-il du leur faire justice ? Bien sûr ! Il n'a pas besoin de nommer les visages, anonymes, qui le hantent depuis lors. Il connaissait leur espèce et il devine encore très bien leur cœur. Chacun d'eux, tous sans exception, l'aurait sacrifié, il le sait, pour un peu de pouvoir, la perpétuité d'une lignée ou une dernière gorgée d'orgueil. Pourquoi sa sœur ne le voit-elle pas ? En fin de compte, elle a peut-être gardé son innocence.

« Je ne te ferais aucun mal, dit-il doucement. » Elle baisse le regard, il lève la main. Sa tentative d'épouser la joue à la paume échoue quand elle s'esquive. Alors qu'elle refuse, Isleif se console néanmoins. Il n'espérait rien d'autre. Ou, plus exactement, s'il espérait, il refusait de se mentir autant. Aesa lui est peut-être inaccessible, désormais. Pour un temps. Pour toujours ? Il n'en a aucune idée et, d'ailleurs, il lui en veut du camp qu'elle préfère à son frère. Mais la rage s'étouffe, et se tait. Pendant qu'elle continue de le poursuivre, il déglutit en attrapant le poignet d'Aesa. « Je voulais que tu saches, fait-il. » Ignorant que, déjà, elle savait. « Je n'ai pas besoin que tu approuves. » C'est fait. C'est mort. C'est froid, maintenant. « Alors reste. » Entre ses doigts, Isleif presse les os de sa sœur avec de l'urgence dans la poigne. Tant pis pour ce qu'elle pense, il essaiera plus tard. Isleif est fatigué de se battre, pour quelques instants tout du moins. « On ne s'est pas vus pendant six ans... J'ai plus à te dire, et toi plus à me raconter. Mais je n'allais pas te mentir. »
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(#) Ven 22 Avr - 14:44


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Toute à sa colère, elle se refuse à tenter de comprendre. Elle est jeune, peut-être trop. Elle connaît sans avoir vu, fille des contes et légendes qu’on lui transmet. Toujours idéaliste, optimiste peut-être, elle espère encore que le monde puisse changer par la force des mots, par le cœur et le courage des siens. Le fait de prendre les armes ne la répugne pas –c’est d’attaquer ceux qui n’y étaient pas préparés, comme frapper un homme déjà à terre. En cela, oui, elle est probablement trop naïve. Mais ce sont plusieurs forces conjuguées qui dictent ses paroles : la crainte pour son frère, l’horreur d’avoir tout contemplé et de n’avoir rien pu faire, le refus d’Isleif de voir la laideur de son geste. C’est l’incompréhension face à l’éclat tranchant qui sommeille juste là, au creux de ses iris.

Bornée, elle prétend de ne pas entendre ce qu’il lui dit; elle n’en perd pas une miette. Elle ne veut rien savoir, rien entendre, de peur qu’il ne réussisse à la convaincre d’avoir agi pour le mieux. Bien sûr, qu’elle voudrait pouvoir, elle aussi, cheminer dans le labyrinthe. Bien sûr qu’elle voudrait apprendre la même chose qu’eux. Mais est-ce que ces droits doivent absolument être gagnés par le sang versé ? Doit-on réellement s’entredéchirer ? Isleif lui répondrait sûrement que c’est déjà le cas, que les gens comme elle, comme lui, comme toutes les pauvres âmes de ce village perdu se font piétiner allègrement. Il n’a pas tort. Mais elle n’accepte toujours pas de rendre les armes et de se rallier à son point de vue. Et c’est probablement parce qu’elle n’a pas assez souffert, encore, parce qu’elle n’a aucune raison de se trouver désillusionnée et aigrie par un combat perdu d’avance.

Ainsi opposés, ils n’ont presque plus rien du frère et de la sœur, si ce n’est l’affection inaltérable qu’ils ont l’un pour l’autre. Et elle commence à comprendre, la jeune Aesa, que ce qui est bon pour elle est bon pour lui : s’il ne peut pas prétendre la connaître, il en va de même pour elle. Après toutes ces années, il a vu des choses qu’elle peine à imaginer, et forcément il ne peut pas être le même jeune homme que celui qui est parti, un matin, pour ne revenir que six ans plus tard. A-t-elle le droit de lui en vouloir ? Au moins est-il venu lui parler, lui avouer lui-même ce qu’il avait fait, quand bien même elle était déjà au courant. Il faut hisser le drapeau blanc, à présent. Il n’est pas venu pour se battre avec elle aussi. Elle se radoucit, repousse les questionnements et l’incertitude –elle aura le temps d’y penser plus tard. « C’est d’accord. Je reste. » D’une légère torsion, elle libère son poignet pour prendre les doigts d’Isleif entre les siens.

Il faut se réjouir, profiter de sa présence comme ses parents n'ont pu le faire. Mais c'est avec le coeur lourd qu'elle envisage de les affronter, plus tard, puisqu'elle ne pourra pas les rassurer. S'ils ne savent pas qu'il est impliqué, ça ne tardera pas à se savoir. Devrait-elle leur mentir et prétendre de l'avoir appris en même temps qu'eux ? Elle n'a aucune envie d'y songer. « Qu'est-ce que tu as vu ? » demande-t-elle, avec l'espoir ténu de parvenir à changer de sujet en oubliant momentanément ce qui vient de se produire. « Raconte-moi les belles choses. Nous aurons du temps pour les moins belles plus tard. » C'est qu'elle veut voir le monde dans les yeux de son frère, entendre de sa voix ce qu'il a pu voir, et apprendre si loin d'elle. « Si tu ne repars pas immédiatement. » A-t-il fait le voyage simplement pour la voir ? Elle ne se donne pas tant d'importance. S'il a des affaires à régler ici, il ne pourra certainement pas prendre le temps de lui dire tout ce qu'elle veut savoir. Et ce qu'elle ne souhaite pas savoir, par ailleurs.



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(#) Mar 26 Avr - 20:49

A ses arguments, elle cède progressivement. Isleif ne se leurre pas : il n'est pas parvenu à lui endormir la défiance. Cependant, dans leur silence blessé, ils conviennent de s'aménager un répit profitable. Avant d'être adversaires par le fait de la guerre, ils sont frère et sœur et, six ans durant, ils se sont manqués – bien plus qu'il ne saurait le dire, bien plus qu'il n'a le droit de l'avouer. Alors il fond un œil reconnaissant dans celui d'Aesa lorsque, enfin, elle attrape sa main de la sienne et qu'elle lui rend l'étreinte qu'il n'a cessé d'espérer depuis la veille. La chaleur monte à son poignet, irradie dans son bras ; Isleif sent que son cœur repart d'un battement régulier. Chez elle, il redécouvre la familiarité et, au travers de sa curiosité, il sent la frénésie qu'ils partageaient jadis, quand ils battaient les chemins, les prés et les forêts dans des maraudes stupides, dignes de leur âge, et qu'ils se racontaient des aventures sans gloire et sans péril. A cette époque, ils vivaient côte à côte et, si le douloureux souvenir taillade son cœur de frère, c'est l'orgueil du jeune homme qui panse la plaie. « Je reste, veut-il la tranquilliser aussitôt. » Néanmoins, Isleif refuse de lui mentir. S'il compte s'établir ici quelques temps, c'est moins pour elle que pour la cachette que lui port lui fait. Naturellement, le fugitif ne peut pas vivre parmi ces gens qui le connaissent mais il peut continuer d'occuper le faubourg, d'hanter les plaines en surplomb d'Hafn Dreki et d'y quérir, quelques fois, à l'usage, de quoi manger et se vêtir. De plus, s'il allait se cacher trop loin, dans les montagnes ou en haute-mer, il n'apprendrait jamais ce que Midgard compte de nouvelles et n'entendrait jamais quand, finalement, Vilhelmine va le rappeler à elle. « Les cabots du jarl ne pourront pas s'aventurer ici à visages découverts. » Ce qui ne signifie pas que quelques uns n'essaieront pas. Probablement que plusieurs de ces chiens, au sang mêlé mais à l'allégeance traître, frayent déjà parmi les impurs. Isleif n'est pas près de redescendre pour le découvrir et, du reste, il est trop impatient d'obéir aux questions de sa sœur. « Mais peu importe, se presse-t-il seul dans le récit qui abonde à ses lèvres. Si tu avais vu ça... C'était grandiose, plus vaste qu'on l'imaginait ! » La culpabilité, l'horreur et l'angoisse perdent du terrain, tandis que sa mémoire dresse les images d'autres périples, plus nobles et plus naïfs. C'était au début ; quand Grim se fichait de lui, et que lui se fichait de Grim ; quand aucun grand dessein ne décidait sa vie ; quand il avait encore tous les choix. Pour repousser la sale présence de l'ancien capitaine, Isleif invoque ses souvenirs les plus merveilleux et opte pour l'un d'entre eux, la voix nimbée l'émotion de raconter, l'envie de pleurer, la peur de faillir : « Une nuit où je n'arrivais pas à dormir, je suis monté sur le pont avec le quart de garde. Honnêtement, je les encombrais beaucoup plus que je les aidais. Je ne savais pas encore où rester sur un bateau quand on est inutile... je ne savais pas encore qu'on n'est jamais inutile. » Une lueur indescriptible dans les billes, Isleif agite la main comme on chasse des pensées impies ou moralistes. « J'étais contre le bastingage, penché sur l'eau. On filait à petite allure, pour s'éloigner des côtes sans attirer l'attention de limiers. La mer ondulait malgré tout et j'ai approché le gaillard avant pour mieux profiter de la coque qui défonçait, creusait, les flots. Il y avait une lumière étrange, cette nuit-là. La lune était feutrée dans les nuages et, pourtant, on voyait clair à la surface. On aurait dit que la lumière venait du dessous. » C'était il y a plusieurs années et, néanmoins, Isleif se laisser happer par le même enthousiasme qu'à cette époque. Dans un recoin de son être, il se sent, il se sait, trop stupide, mais la tentation est grande de s'arracher un morceau de lui-même pour l'offrir à sa sœur et faire semblant qu'ils sont encore un et un seul. « D'une façon ou d'une autre, dit-il comme habité, la lumière venait du dessous parce qu'à force d'y regarder, à force de me pencher, je les ai vus : des êtres de l'eau. De véritables êtres de l'eau, comme le racontait grand-mère ! » Un instant, il s’essouffle. « Ça doit te sembler idiot, fait-il plus sombrement, et ils ne sont pas vraiment rares... mais j'aurais aimé que tu sois là avec moi, cette nuit-là. On les aurait vus ensemble. Et tout aurait été très différent, je crois. »
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(#) Mar 24 Mai - 23:36


And I hope for a trace to lead me back home from this place
But there was no sound, there was only me and my disgrace
Le drapeau blanc est levé. Il ne s’agit que d’une trêve, mais déjà l’air paraît moins lourd, parvient à ses poumons sans menacer de l’étouffer. Ils ne sont pas faits pour s’affronter : rien que le fait de le tenir à distance ne lui semble pas naturel. Quoiqu’il fasse, elle ne pourra jamais cesser de l’aimer –ses principes seuls l’obligent à tenir rancune. Elle sait qu’elle ne doit pas flancher, cependant. Cette paix n’est que provisoire et néanmoins elle se laisse prendre au jeu, les doigts de son frère réchauffant les siens, glacés. Ils ne sont plus des étrangers, à présent. Ou du moins c’est ce qu’ils tentent de se faire croire, alors qu’elle le presse de lui raconter ses voyages et qu’il obtempère avec hâte.

Elle a soudainement l’impression de le voir avant qu’il n’embarque pour l’ailleurs, l’aventure au creux des prunelles. Six ans durant, elle a entendu de part et d’autre à quel point le monde est vaste, mais ce n’est que lorsqu’elle l’entend de sa bouche à lui qu’elle réalise à quel point il peut l’être. Comme s’il n’y avait que les dires d’Isleif pour rétablir la vérité –ou presque-, comme lorsqu’ils étaient enfants et qu’elle gobait naïvement tout ce qu’il lui racontait. De toutes les aventures, ce sont les siennes qu’elle a le plus envie de connaître : elle boit ses paroles avidement, formant de son imagination fertile les décors et les acteurs. Elle voit les vagues, le navire fendant l’eau ; elle entend le craquement du bois et des cordes, et le claquement des voiles ; elle sent les embruns sur son visage et l’air salé de la mer emplir ses poumons. Elle n’y était pas, bien sûr, et ne peut probablement pas exactement imaginer la grandeur du moment, mais elle s’en émerveille tout de même. « Du dessous, c’est vrai ? » Et elle se représente l’eau noire, baignée d’une lumière opalescente, où les silhouettes effilées des êtres de l’eau se meuvent dans une danse gracieuse. Que n'aurait-elle pas donné pour y être ! Pour se pencher, elle aussi, au-dessus des flots, pour les admirer -et surtout, pour être aux côtés de cet être si cher à son coeur. À ses paroles elle hoche la tête vigoureusement, de gauche à droite, une moue réprobatrice ornant son visage. « C'est loin d'être idiot » s'y oppose-t-elle. Sa prise se resserre sur la main d'Isleif : « Tu aurais pu m'emmener. » C'est faux. « Tu aurais m'emmener. » Ça l'est encore plus. Quel avenir y aurait-il eu pour elle à bord ? Aurait-elle suivi le même chemin que lui ? Aurait-elle tenté de l'en empêcher ? Rien n'est moins sûr. Du reste, il ne sert à rien de s'y attarder. Ce qui est fait ne saurait être défait: on ne ramène pas les morts à la vie, pas plus qu'on ne voyage dans le passé pour le modeler à sa convenance. Alors Aesa se reprend, se corrige. « Tu aurais pu m'emmener de par le monde, Isleif. En six ans, tu aurais pu revenir. » C'est qu'elle l'accuse, un peu, de la voix boudeuse dont elle usait, enfant. Elle s'est tour à tour exaltée et inquiétée de le savoir si loin, malgré les missives. Elle aurait voulu être si intrépide, partir sans la crainte de laisser leurs parents derrière. Voir de ses yeux ce qu'on lui a rapporté de contrées lointaines, être témoin d'histoires et d'aventures, pour pouvoir les raconter selon sa propre mémoire et non celle des autres. « Qu'est-ce que j'ai manqué d'autre ? Dis-moi –raconte-moi tout » commande-t-elle d'une voix impérieuse. Les quelques scrupules qu'elle avait plus tôt se sont envolés. Il faut qu'elle sache ce qu'il a vu de beau, de grandiose. Et puis, songe-t-elle, il lui doit bien ça.


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(#) Ven 3 Juin - 8:25

Juché sur les falaises et à l'abri des vents, par Thor qu'il est aisé de s'adonner à la mélancolie... En s'échangeant le récit (qui n'a d'exceptionnel que l'absence d'Aesa), frère et sœur sont près de fondre l'or et l'argent de leur jeunesse et de s'allier l'acier d'une seule et même histoire. Ce qu'ils seraient devenus, l'un avec l'autre plutôt que l'un sans l'autre, restera un mystère, mais ça n'empêche ni Aesa ni Isleif d'en projeter les ébauches. Ils souffrent, naturellement, de s'être séparés, abandonnés, et d'avoir mis une telle distance qu'ils sont presque adversaires. C'est moins pénible, c'est plus facile, de s'accuser et geindre. Entre les lignes, c'est de la faute de celui ou de la faute de celle. Ils se renvoient la dispute mais n'essaient plus de se battre. Du moins, pour le moment. Il goûte à l'émerveillement de sa sœur, il balaie les nouvelles qu'il est vrai il aurait du donner. Où était-il, tout ce temps ? que faisait-il ? Et quand, comment, combien ! a-t-il failli mourir ? Il ne croit pas qu'il faut qu'elle sache et, quelques fois, il lui a envoyé des plis. Souvent sommaires. Et toujours rares. Il n'y a qu'avant Jol... Mais il n'est pas sage d'en parler, ou seulement d'y songer. Il préfère ressasser la curiosité de sa sœur pour toutes les superbes qu'elle n'a pas vues, qu'il a préféré vivre, qu'elle n'aime sûrement que raconter. Pendant une heure ou deux, ils font très bien semblant : ils discutent, se racontent, et les lèvres découpent de fugaces sourires qui, au fur et à mesure que le jour tiède du Nord s'éveille, s'affirment à leur tour.

La bouche sèche et pâteuse de tous les contes qu'il vient de débiter, il s'interrompt comme de toucher le bout d'une course effrénée. Un soupir tranquille – ravi ? – s'évanouit d'entre ses lèvres. Il n'espérait pas tant : qu'elle accepte de s'asseoir près de lui, qu'elle consente simplement à demeurer en sa présence. Ça lui tient lieu de pardon si ça ne tient pas lieu de procès. Et il cherche, il cherche vaillamment, d'autres mots, d'autres temps, qui repousseront, mieux que le meilleur des sorts, l'instant d'en revenir à l'abîme douloureux qui se creuse entre leurs genoux. Les pupilles à celles de sa sœur, Isleif inspire le silence qui prend ses quartiers. La rumeur du port grimpe jusqu'à eux, portée par les bourrasques. Une crainte naïve étreint le cœur du jeune impur, qui refuse d'abandonner un regard à Hafn Dreki. Pour l'instant, il est à l'abri et, même si ça ne dure pas, même s'il ne connait que l'échappée, il aime sentir que la chaleur de sa sœur caresse la sienne et que personne ne peut rien contre ce feu. Il s'y console et s'y réchauffe le cœur. De ne l'avoir pas poignardé, Aesa est douce avec lui. Il avait oublié, c'est vrai, ce qu'est d'avoir une sœur, quelqu'un qui tient à soi, auquel on tient en retour. Il avait oublié qu'on peut avoir un chez soir chez quelqu'un. « Il me faudrait des mois pour tout te raconter, dit-il enfin. » Et, malgré l'évidence, la certitude égale que ça ne mènerait à rien ; ça ferait tendre les deux parois depuis lesquelles ils contemplent le gouffre ; ça gommerait, vaguement, leurs différences et ça altèrerait peut-être leur destinée ; ça n'effacerait jamais vraiment les deux magies, distinctes, dont ils sont chacun faits. Ils gagnent du temps sur leur drame.

« On m'a aidé à fuir Skuli. » Il tait le nom d'Asta. « Et j'ai passé quelques temps dans le Noregr après ça. » Ce qu'il y a fait et pourquoi il n'a pas pu y rester ne touche pas Aesa. Pourquoi il le raconte importe plus. « Je dois attendre que les choses... se calment. Je dois attendre ici, il ajoute comme s'il ne fallait retenir que cela sans qu'il ne soit capable d'oser le dire. » Il n'y a aucune chance qu'Aesa comprenne le ressort par elle-même ; elle ne possède que les miettes d'un puzzle politique et militaire dont il ne voit-lui même qu'une moindre part. Mais il n'arrive pas à prononcer les mots. Il y a beaucoup de choses qu'il lui faudrait raconter. Il hésite. Il respire. « Je n'ai nulle part d'autre où aller, admet-il à demi. Sans limite de temps, je suis forcé de rester ici. Du moins, c'est Hafn Dreki que j'ai choisi pour rester. » Pas plus qu'il ne peut réintégrer le commun des sorciers il n'est autorisé à remonter sur le Munin.
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« Tu s'ras battu et silencieux ou bien cruel, mais victorieux. »

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