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 qui attise la colère périra dans les flammes | TYR

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Pseudo : fried tofu (tiff)
Crédits : moneyhoney.
Avatar : Sienna Guillory.
Ici depuis le : 27/11/2013
Messages : 201

Âge du personnage : 38 ans.
Ascendance : Sang roux, euh, pur.
Statut : Éleveuse de moutons multicolores, péteuse de nez à mi-temps.
Dédoublement de personnalité : ségère & mini-Odinn.
Points : 82

Feuille de personnage
LOCALISATION : Gröenland.
JE COMPÉTITIONNE POUR : Dürmstrang.
INVENTAIRE :

(#) Ven 13 Déc - 14:47



qui attise la colère...
autant dire que Tyr va bien cramer


Participants • Tyr Helgason et Siri Freknur.
PNJ ? Un pilier de bar et les copains de Tyr.
Statut du sujet • Privé.
Date, mois, année • Fin de Haustmánuður, 1295.
Lieu • Dans un coin sombre du Corbeau qui louche.
Moment de la journée • Début d'après-midi.
Météo • On est dedans, mais il fait beau, même si le fond de l'air s'est bien rafraîchi.

Je ne souhaite pas que les Nornes interviennent dans ce sujet
photographie ©a room of my own


And you know, for the first time, for the very first time, that there will now be a before and an after, a was and a will be. And that you will never again quite be the same person you were.
(gif tumblr/code northern lights.)


Dernière édition par Siri Freknur le Dim 15 Déc - 18:34, édité 2 fois
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(#) Ven 13 Déc - 14:47

Lorsque Silke acheva de le décrire, Siri avait l’air d’une morte. En quelques bribes de son dialecte de muette, elle l’avait plongée tout droit dans le royaume des défunts, tout droit au cœur de Helheim. Devant ses yeux éteints dansaient les disparus ; parmi eux, une silhouette longiligne qu’elle connaissait par cœur. Elle ne voyait pas l’expression inquiète de la sang-mêlée, directement confrontée à ses lèvres blanches et ; elle ne voyait que l’amulette qui, entre ses doigts, scintillait avec éclat à la lueur du feu. Sowilo la narguait de ses lignes tranchantes, adossées aux formes courbes du bronze, que d’autres runes de protection reprenaient à plusieurs reprises. Un message particulièrement clair pour qui connaissait la magie des runes. Le travail d’orfèvre et la maîtrise évidente du mage qui l’avait conçue achevèrent de briser la digue de sa colère ; le corps de Siri, jusqu’alors inanimé, vibra sous la rage assassine et son visage se para d’un écarlate menaçant. Elle était en vie. Plus que jamais, elle était en vie ; et ses instincts sauvages reprirent le pas sur le reste. La raison, les manières, les souvenirs, le silence. Elle allait briser le tabou des années en lui encastrant dans la gorge sa maudite amulette, en lui arrachant le visage, en lui plantant au cœur la lame de ses ciseaux ; tout pour l’empêcher à nouveau de lui dérober une partie de son âme. « Je pars. », se contenta-t-elle de dire en ravalant difficilement la haine qui lui bouillonnait dans le sang, remettant sa fourrure d’une main tremblante. L’ensemble de sa rancœur était dédiée au visiteur ; en posant les yeux sur Silke, qui avait gardé le secret, aucune animosité ne lui brûlait le cœur. Mais toute l’affection qu’elle lui portait  ne pouvait désormais la retenir de confronter, pour la première fois depuis dix ans, celui qu’elle tenait inconsciemment responsable de son malheur.

Il avait approché Silke. Il avait approché Silke. Tyr Helgason avait approché Silke. Elle se le martelait comme un slogan alors qu’elle fonçait, tête baissée, jusqu’au portail runique. L’énormité de sa bêtise lui coupait le sifflet, lui ulcérait l’estomac et lui faisait remettre en question l’ensemble de ses principes chéris. Tolérance, pardon, amour. Comment pouvait-elle tolérer l’intrusion d’un meurtrier dans le monde fragile de Silke ? Comment pouvait-elle lui pardonner sa curiosité malsaine et sa lâcheté profonde ? Comment pouvait-elle l’aimer, lui, qui continuait de lui piétiner l’existence ? Les Nornes se jouaient d’elle, d’elle et d’elle seule. Aveuglée par la vivacité de sa colère, Siri ne pouvait concevoir une prise de position différente, une de ces prises de recul qu’elle chérissait habituellement, et qui aurait pu lui faire réaliser que dans la souffrance, elle n’était pas seule ; elle ne pouvait tout simplement pas concevoir un déroulement qui excluait la mort prochaine de Tyr Helgason.

Elle qui avait toujours pris ses précautions pour ne jamais le croiser n’eut pas de doute sur l’endroit où le trouver. En arrivant à Skuli en début d’après-midi, le ventre encore vide et la tête bourdonnante des horreurs qu’elle allait proférer, Siri emprunta immédiatement le chemin de la taverne ; il régnait un calme exaspérant dans les artères du village, endormi par le froid du jour. Quand elle franchit le seuil de la Rose de Fer, elle n’avait toujours pas lâché l’amulette. Les têtes pivotèrent vers elle ; les sens aiguisés par la colère, elle remarqua rapidement l’absence de bouclettes châtains et de regard de voltiflor frit parmi les clients. « Tyr Helgason. », fit-elle en sifflant toute sa haine au pilier de taverne, qui, affalé sur le comptoir, était néanmoins connu pour connaître les habitudes de chacun –il était d’ailleurs parfois un peu trop renseigné, mais ce jour-ci, Siri y trouvait son compte. L’ivrogne redressa la tête, balaya l’audience du regard, et considéra la bergère d’un œil luisant. « S’il est pas là, c’est qu’il doit s’enfiler son poids en hydromel au Corbeau-qui-Louche. Il doit encore comploter pour se faire entendre à l’althing… » Il continuait de parler, mais se confronta au vide ; la bergère s’était déjà évanouie à l’extérieur.

La porte du Corbeau manqua de voler en éclats ; elle se heurta au mur de la taverne dans un fracas qui dérangea à peine le brouhaha assourdissant de l’intérieur. Aucune femme, des têtes de crapule à perte de vue, l’ambiance glauque propre aux réunions interdites et aux fréquentations sulfureuses. Le cœur battant d’une rage sourde, qui lui remontait jusque dans la gorge, elle avança parmi les tables en guettant le minois de Helgason ; chaque pas la menait plus près de l’offenseur, du briseur de bonheur, de l’impertinent à qui elle allait arracher la tête. Par réflexe, elle palpa les ciseaux à sa ceinture. Et, au détour d’un groupe de badauds, attablés dans un recoin, elle le vit.
La hargne qui lui bouillonnait dans le corps se mua en une colère glaciale, et les yeux vert d’eau de Siri tournèrent à l’iceberg. Un pas, puis deux, puis elle se retrouva plantée devant le petit groupe, surplombant le buveur encore assis ; elle lui ficha son regard meurtrier droit dans les pupilles, le visage glacé d’une haine sans nom. « Je crois que j’ai quelque chose qui t’appartient. », fit-elle d’une voix glaciale en faisant miroiter l’amulette qu’elle avait dans la paume. C’étaient les premiers mots qu’elle lui adressait depuis dix ans, la première fois qu’elle le regardait droit dans les yeux, la première colère qu’elle lui jetait à la figure depuis leur rencontre. Elle sentit qu’elle commençait à trembler. « Tu sais où je l’ai trouvée ? Est-ce que tu sais je l’ai trouvée ? », décomposa-t-elle en articulant plus lentement, enfonçant chacun de ses mots droit dans les orbites d’Helgason.
Elle ne le frapperait pas tout de suite.
D’abord, elle devait lui enfoncer sa haine dans le gosier.


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Pseudo : regenbogen (mais appelez-moi Lu en cas plutôt)
Crédits : gentle hart
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Âge du personnage : trente-trois ans.
Ascendance : sang-pur (d'une famille tellement insignifiante que plusieurs ont des doutes, mais pourtant si, promis.)
Statut : draconnier, payeur de tournées dans les tavernes du Sviar. Mais pour gagner des sous, chasseur et commerçant de trucs qu'on trouve dans les montagnes.
Particularités : ◘ la révolution, c'est le bien (enfin les dragons aussi) ◘ Il parle Fourchelang mais garde ça pour lui la plupart du temps.
Dédoublement de personnalité : l'indienne ♥
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LOCALISATION : Sviar - Skuli
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(#) Ven 13 Déc - 14:56

FLAMMES CE SERA DONC.
siri & tyr
« Je crois que j’ai quelque chose qui t’appartient » La voix impétueuse glaça son sang dans ses artères. Tout disparut soudain autour de lui. Évanouis, les compagnons de tablée qu’il s’efforçait de convaincre. Oubliés, les têtes retournées sur l’étrangère qui venait d’entrer. Tyr Helgason, pétulant quelques instants plus tôt, le visage rouge d’hydromel et d’agitation politique, venait de perdre toute contenance et restait pétrifié sur sa chaise. Une seconde qui en parut soixante suffit à le raidir tout entier. Son regard sombre dévorait les yeux clairs venus se planter dans les siens. Dans les pupilles glaciales passèrent tant de fantômes. Tant de semaines passées à se morfondre du courroux de ce regard limpide, tant de mois et d’années à concevoir la tristesse dans les yeux cristallins. Mais la véritable colère soudain détenue dans les prunelles qui le dévisageaient, jamais il n’avait pu l’imaginer. Cette colère le terrifiait, le terrassait. Tyr ne voyait plus ni n’entendait ce qu’il se passait, tous ses sens semblaient s’être éteints dans son corps. Semblable à un aveugle qui dans une nuit profonde ne percevrait que la lumière dangereuse du feu, Tyr ne voyait plus au monde que le regard de Siri. Le prénom même de Siri en réalité ne parvint pas jusqu’à sa conscience. Non, le seul prénom qui brillait derrière les yeux glacés était celui de Sverre. En filigrane derrière la silhouette courbée sur lui, en filigrane derrière l’hostilité polaire, Tyr percevait distinctement le quai de Skuli, la mer si calme ce jour-là, les marchandises qu’ils avaient empilées sur le quai. Il se souvenait exactement de la nuance du regard de Siri ce jour-là. La consternation qu’il y avait lue, avant qu’elle ne s’éloigne pour qu’on ne puisse peut-être y distinguer l’abattement. Et derrière la colère soudain, c’est cela qu’il perçut. L’intensité. Le fruit de dix années d’affliction. Perturbé, vacillant, Tyr baissa les yeux. Suffisamment pour discerner enfin l’objet qui dodelinait devant elle.

Il fronça les sourcils, quel était cel élément nouveau qui s’ajoutait au tableau ? Que faisait entre ses mains l’amulette perdue, celle que sa mère lui avait si soigneusement dessinée il y avait vingt ans de cela ? Il leva la main comme par réflexe, pour attraper l’objet qui lui appartenait, mais la main retomba lentement, tandis que son regard fuyait de nouveau, plus loin, vers la table, vers le sol. Il lui aurait fallu tant de temps pour reprendre ses esprits. Il aurait fallu surtout le plonger dans un abreuvoir d’eau glacée. Dans un geste d’impuissance, il se prit la tête entre ses mains. Les deux paumes fraîches vinrent rafraîchir légèrement ses joues et son front. Il resta ainsi quelques temps, autant d’instants qui lui semblaient une éternité, quand seules quelques secondes passaient. « Tu sais où je l’ai trouvée ? Est-ce que tu sais où je l’ai trouvée ? » Il entendit sa voix sans comprendre la question. La voix le transperçait, bien trop cinglante, bien trop pénétrante, pour qu’il puisse tenter de comprendre le sens des mots qu’elle alignait. Il garda ainsi sa tête baissée, avant de se forcer à rouvrir les yeux, à les redresser. Il aurait voulu se lever, mais sentit pertinemment que ses jambes lui feraient défaut.

Lorsqu’il ouvrit les yeux, le monde autour de lui bruissait de milles chuintements qu’il haïssait. Claquement de langues, grognement des ivrognes et bourdonnement des rumeurs. Le monde autour de lui commençait à reprendre une certaine consistance. Il agrippa le rebords de la table de ses deux mains serrées. Il tremblait, bien plus frénétiquement qu’il ne s’en rendait compte lui-même. Son regard perdu allait de Siri à l’amulette, de l’amulette à Siri. Il ne s’expliquait pas la situation, il ne percevait même pas qu’il y avait quelque chose à y comprendre. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il avait Siri en face de lui, son juge, celle qui depuis dix ans, dans le silence qu’il s’était lui-même construit, le jugeait constamment. Et le condamnait chaque soir. L’amie à laquelle il avait cru bon de se raccrocher quand la peine, la terrible peine, se faisait trop violente. Quand la peine devenait si terrible qu’elle éclipsait les remords et la culpabilité. Dans ce trou noir de la tristesse, il avait songé à cette figure amie. Mais l’amie était juge et très vite, trop vite, la peine se doublait de ce serpent vorace qui lui lacérait le cœur, répétant inlassablement que tout, tout, était de sa faute. Le regard perçant aujourd’hui ses défenses était celui de la fureur, une fureur qui n’était pas née du hasard. Sa bouche s’ouvrit, il poussa un profond soupir. Non pas de soulagement, mais de compréhension. Dans un éclair, il se remémora la main fragile qui lui tendait une tasse de thé, lui se débarrassant de ses fourrures dans un mouvement brusque pour ne pas faire attendre son hôte. Sa besace qui avait glissé au sol et qu’il avait précipitamment renversée. L’amulette avait du rester au sol. Chez Silke. La protégée de Siri. Il était venu la chercher jusque chez elle, et au lieu de l’approcher, au lieu de la confronter, il était allé fouiner vers ce qu’elle avait de cher. Ce matin. Ce matin encore il s’était demandé s’il devrait aller la voir. Il était désormais trop tard. Elle l’avait appris par quelqu’un d’autre que lui, rendant le tout bien plus impossible à démêler.

Il avala sa salive, les mots s’étranglant dans sa gorge. Dix ans qu’il cherchait les mots, et qu’il ne les trouvait pas. Il n’avait réussi qu’à aligner quelques malheureuses phrases sur un corbeau sans conséquences. Dix ans que les mots se pressaient dans son esprit, et qu’ils étaient désormais sommés de sortir. Il n’avait plus droit à l’erreur, ce qui le rendait d’autant plus muet. Et terré dans ce mutisme involontaire, il regarda Siri. Terrassé jusque là par ce regard, subissant la colère des yeux clairs, cette fois il la regarda de lui-même. Il observa chaque trait de ce visage plus fatigué qu’il ne l’avait quitté. Dix ans avaient coulé. Et si leurs cœurs étaient toujours aussi ardents, leurs traits respectifs accusaient les années passées. Il aurait voulu soudain avoir grandi, autant que leurs corps. Il aurait voulu trouver la tournure juste qui s’expliquerait, la façon adulte de dire les choses, de se planter devant elle et de trouver une façon de se justifier qui mettrait tout cela derrière eux. Mais son cœur, son cœur jeune, pétrifié de culpabilité, noyé dans la tristesse, son cœur ne put que balbutier ce qu’il se répétait depuis tant d’année. C’est à peine si elle dut l’entendre : « Je n’ai pas eu la force de venir te voir. Je suis – » Il marqua un temps d’arrêt. À défaut des mots, le silence était sa meilleure arme pour s’exprimer « – désolé. » Ils s’étaient quitté sur ces mots, mais c’était tout ce qu’il avait en lui. Au creux de son ventre, au plus intime de sa conscience. Un regret si profond. Son regard ne quittait plus celui de Siri. Il voulait au moins soutenir ses excuses, si pitoyables soient-elles, si misérables soient-elles. « Je suis allé la voir, sur la route qui me menait à toi, mais je n’ai pas eu la force de continuer. Une fois, une seule fois ; je ne suis plus jamais revenu, je voulais être sûr de pouvoir aller au bout. Et je ne pouvais pas. » Il ne pouvait pas. Il la regarda. Défait.
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(#) Ven 13 Déc - 15:03

De longues secondes, de longues secondes qui, ensemble, lui parurent interminables, Siri attendit. Elle attendit qu’il se lève, elle attendit qu’il ouvre la bouche pour, enfin, briser le silence –le silence dont ils étaient les seuls conscients, au milieu de la cacophonie de la taverne, à peine coupée dans le renfoncement où les fomenteurs de complot avaient trouvé refuge. Pendant dix ans, elle s’était convaincue qu’elle ne voulait rien entendre de lui, rien savoir de ses faits, rien apprendre sur ses malheurs et ses bonheurs ; mais maintenant, dix ans trop tard, Siri Freknur voulait entendre. Elle voulait entendre des explications qui, elle le savait d’avance en le voyant lutter contre-lui-même, ne la satisferaient pas ; elle voulait l’entendre lui dire pourquoi il avait choisi d’aller trouver Silke, Silke et pas une autre, une esclave, une putain, une sang-mêlée mille fois plus mal lotie que la muette. Elle voulait l’entendre répliquer sans faillir, avec la même verve qu’autrefois, quand il n’était pas encore ivrogne et idiot, afin qu’elle puisse reconstruire pour lui un semblant de respect ; afin que sa colère se heurte à la sienne, et s’effrite au contact des mots, ces quelques malheureux mots, qu’elle voulait entendre. Les paroles tardèrent, ralenties par les litres de bière qui dansaient dans ses yeux ; Siri se rendit rapidement compte qu’elle avait placé en lui des espoirs destinés à être déçus. S’était-elle figuré une image de lui erronée par l’absence ? Avait-elle trop compté sur le Tyr qu’elle avait connu quelques mois, sans prendre en compte le Tyr qu’il était devenu, le Tyr sculpté par les épreuves, le temps, la solitude ?

Désolé. Le mot interdit ricocha au fond de son ventre et la replongea, tête la première, dans l’onde glacée du souvenir. « Je suis désolé. » Le regard clair et fatigué, épuisé par l’inattendu de la rencontre et les lourdes années de remords, lui renvoyait son autre lui ; celui qui  venait de subir la perte, et l’infligeait désormais à la fiancée. Sverre était mort. Elle sentit à nouveau la main sur son épaule, écrasée par le poids des phalanges coupables.  Ce furent ses yeux qui la sortirent du passé où elle s’était emprisonnée elle-même ; elle refusait d’y repenser, de le revivre, d’en reparler avec quiconque se souciait d’elle, et elle s’y refusait surtout avec lui. Au lieu de l’apaiser, la voix plaintive alimenta sa colère ; il ne pouvait pas ? Il n’avait pas eu la force de venir la voir ? Alors il avait préféré faire l’effort d’entrer en contact avec la farouche Silke ? Plutôt que d’aller la voir, elle ? Elle à qui il s’était contenté d’envoyer quelques lignes, jetées à la va-vite sur un parchemin ?

Siri dut prendre une longue seconde pour saisir le sens des paroles, noyées dans la fureur nouvelle qui, brisant le calme terrifiant avec lequel elle l’avait abordé, lui faisait vibrer tout le corps. Sa lâcheté n’avait d’égale que sa sottise, et elles lui battaient le tympan en accentuant les inflexions plaintives de sa voix ; dans son langage, il lui disait tout son égoïsme, toute sa mollesse, toute sa couardise. Tout ce qui avait coûté la vie de  Sverre et mettait en danger celle de Silke. Le danger se répandait en excuse devant ses yeux.

Sans ambages, incapable de supporter l’insupportable, elle lui expédia son poing dans le menton. Dans ses phalanges résolument fermées fourmillait toute l’étendue de sa rage d’attristée ; un direct qu’elle tenait des manières de sa mère, grande spécialiste du K.O. expéditif. Siri, fidèle héritière des préceptes maternels, dispensait elle aussi rarement plus qu’un coup. « Voilà une bonne raison de te lamenter ! » Anesthésiée par la moutarde qu’elle avait au nez, sa main rougie ne la lançait même pas, et elle se retint de le frapper une nouvelle fois, comme on frappe un enfant pour lui faire la leçon. « C’est tout ce que tu trouves à dire ? Tout ce que tu trouves à faire ? Qu’est-ce que tu crois que je vais faire de tes excuses ? Les utiliser pour éponger la mémoire de Silke ? Les accrocher au-dessus de l’âtre en souvenir du bon vieux temps, me rappeler que tu n’as pas toujours été un sombre connard ? » Et comme pour se débarrasser de tout ce qui la liait physiquement à Tyr,  ses yeux toujours plantés dans les siens, comme deux lames harponnant son âme, elle lui balança l’amulette en plein visage, les lèvres tremblantes d’un courroux que le premier coup, celui qu’elle avait toujours cru cathartique, n’avait en rien entamé. « Tu n’es bon qu’à détruire tout ce que tu touches ! Tu es pire que Fenrir, pire que Jormüngland, pire que le Ragnarök et tous les ancestraux réunis !  » Clouée devant lui,  incapable de tourner les talons, Siri Freknur ne s’arrêtait plus, une lueur vengeresse au fond des yeux. « Je t’interdis de l’approcher. »


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(#) Ven 13 Déc - 15:08

FLAMMES CE SERA DONC.
siri & tyr
Le coup partit sans qu’il le vit venir. Le goût du sang sous ses lèvres le réveilla soudain. La culbute qu’il manqua de faire aussi. Si un bras ami ne l’avait pas retenu, il serait tombé de sa chaise. Mais de toutes évidences, les compagnons attablés à ses côtés suivaient la scène avec intérêt, et l’un deux l’avait empêché de s’écrouler lamentablement.

La colère de Siri emplissait désormais  tout l’espace, et les voix alentours s’étaient tues, rendant sa tirade bien plus dramatique qu’elle ne l’était déjà. Une femme ici était déjà un fait assez rare, mais voir Tyr aussi amorphe l’était tout autant. Le même bras ami qui l’avait soutenu lui donna un coup dans l’épaule, semblant le motiver à se redresser et à reprendre ses esprits. Mais ils ne savaient pas, tous autant qu’ils étaient. Ils ne pouvaient pas deviner ce qui se jouait dans le cœur de Tyr. Il avait repris ses esprits, la douleur lancinante de son menton l’y ayant aidé. Il avait serré les poings par réflexe, prêt à rendre le coup qu’on lui donnait, mais n’avait pas bougé d’un iota. Il avait reçu sans broncher l’amulette sacrée en plein front. Sans faillir, il l’avait écouté éructer ses insultes. « Tu n’es bon qu’à détruire tout ce que tu touches ! Tu es pire que Fenrir, pire que Jormüngland, pire que le Ragnarök et tous les ancestraux réunis !  » En soi, Fenrir et Jormüngland n’avaient pas tellement de sens pour lui, des histoires d’enfance tout au plus. Mais tout un chacun observant la scène savait pertinemment qu’il s’agissait d’injures violentes, de blasphèmes puissants. Et Tyr restait là sans réagir, les poings toujours fermés. Elle était dans son droit. Elle était juste dans ses insultes. Voilà ce qu’il se répétait, l’idiot empli de remords depuis tant d’années. Dix ans qu’il attendait que quelqu’un d’autre que lui l’insulte et lui fasse voir la réalité en face. Qu’il n’était qu’un bon à rien. Pire que Fenrir et pire Jormüngland. Dix ans qu’il attendait qu’elle lui crache son fiel en pleine figure. Il n’y avait rien à dire.

« Je t’interdis de l’approcher. » Est-ce l’ordre si direct qui finit par créer une réaction chez les vikings jusque là spectateurs ? L’homme assis à la droite de Tyr se leva brusquement, commençant avec brutalité une phrase qu’il devait espérer menacante : « Ok, on a compris l’idée. Je sais pas qui tu es pour débarquer comme ça et croire que – » Tyr s’était brusement levé, faisant basculer la chaise sur laquelle il se tenait quelque minutes auparavant et d’un mouvement brusque, un bras barrant soudain la poitrine de son ami, il avait coupé court à la remontrance de l’inconnu avant que Siri ne le foudroie sur place. Les deux amis se regardèrent un bref instant, l’inconnu interloqué cherchant à vérifier que Tyr avait toute sa tête, Tyr lui intimant aussi silencieusement et fermement que possible de se rasseoir. Ce qu’il fit avec la plus mauvaise grâce du monde.

Il aurait voulu prendre Siri par le bras et l’emmener à l’écart, mais il n’était pas certain qu’elle le suive de plein gré. Il resta donc planté là devant elle, mâchant ses mots, machant la colère qu’il ne pouvait se permettre de laisser sortir. Elle était dans son droit. Elle était juste dans ses insultes. Seulement elle semblait oublier ou ne pas deviner que ces insultes, cette colère, il se les était déjà adressés tant de fois. Et que les entendre de la bouche de quelqu’un d’autre avait beau être tout à fait cathartique, c’était aussi l’insulte de trop. Il ramassa lentement l’amulette échouée sur la table, et serra son poing autour. « Je t’ai dit –  » un temps. Il regardait l’amulette toujours serrée dans son poing et se forçait à parler lentement, détachant chaque mot, empêchant la colère, la détresse ou l’alcool, de prendre trop vite possession de lui. « Je t’ai dit que je n’y suis allé qu’une fois. Je n’y suis plus retourné depuis. Je n’avais pas l’intention de l’approcher de nouveau, quelles que soient tes craintes. » un silence encore. Silke. Dix ans que Siri ne lui avait pas adressé la parole, et il avait fallu qu’il approche Silke pour qu’elle réagisse. « C’est pour Silke que tu es venu me parler ? » Il avala sa salive au goût de sang, passa sa main sur son menton. Il savait exactement ce qu’il voulait lui demander, alors pourquoi reculer ? « C’est pour cela que tu as brisé dix ans de silence ? ». La détresse dans sa voix s’était doublée d’un ton accusateur qu’il n’avait pas imaginé. Et enfin il releva les yeux vers elle.
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(#) Sam 14 Déc - 17:52

Avec difficulté, Siri arracha ses yeux-éclairs des globes de Tyr ; elle les planta droit dans ceux de l’étranger qui avait osé intervenir. Toute à sa fureur, elle en avait oublié le reste de la tablée –le reste du monde, à vrai dire, et les nombreux regards qu’on avait braqués sur eux. Droit sur elle, qui avait troublé la routine de la taverne où les histoires de femmes n’avaient pas leur place. L’inconnu parla, et la bergère, ses dernières paroles encore au cœur, sentit le reste de ses reproches se muer en une animosité sévère pour le pauvre imbécile qui se dressait entre elle et sa revanche ; s’il attisait bel et bien sa rage de son ton paternaliste –qui croyait-il qu’il était, lui, pour lui interdire de régler ses comptes ?-, ses yeux de glace le regardaient sans le voir, car son courroux restait aiguillé vers la présence pesante du draconnier qui lui envahissait le coin de l’oeil. Elle allait répondre avec sa verve habituelle lorsque le héros surgit, droit du fantasme collectif, droit des valeurs de leurs contrées ; Tyr le héros, d’un geste et d’un regard, fit se rasseoir le rustre. Cette image lui donna à la bouche un goût d’ironie amère ; c’était cette attitude d’invincible qui avait coûté la vie à Sverre -à Sverre et à tous les autres-, et il n’hésitait pas à lui étaler sous les yeux sa bravoure d’intrépide draconnier. Méprisable jusqu’au bout.

Le gêneur restitué à sa place de spectateur, le duel reprit ; les sourcils de Siri creusèrent son front en voyant les muscles de son visage se tendre, sa mâchoire commencer à se mouvoir comme s’il prenait le temps des mots. Elle aurait voulu le secouer pour lui faire sortir ce qu’il avait dans la gorge, lui planter ses ciseaux dans le ventre et lui arracher les paroles hors de ses entrailles ; elle serra poings et dents pour maîtriser la vague ascendante de colère, car elle sentait qu’enfin, Tyr allait lui répondre. Tyr, le véritable Tyr ; pas le vermisseau qui quelques secondes auparavant lui geignait dans l’oreille. Ce dernier baissa le visage vers l’amulette qu’elle lui avait gentiment restitué, et la voix, grave et trop posée pour être naturelle, projeta à ses joues la rougeur de la colère. Pourquoi ne la regardait-il pas dans les yeux ? Elle allait lui apprendre la politesse et le respect, et lui arracher le talisman de bronze pour le lui projeter une nouvelle fois au visage. Tout Skuli pourrait admirer Sowilo imprimé sur son front, et la rancœur de la Freknur à jamais marquée sur sa peau. Allait-il réellement se tenir à l’écart ? Et, quand bien même il ne remettrait plus le pied chez Silke, qu’elle affectionnait plus qu’elle ne pourrait jamais choyer quiconque, le mal était fait, la gangrène distillée dans la malheureuse existence de la sang-mêlée.

« C’est pour Silke que tu es venu me parler ? » Ouvrant la bouche pour lui répondre, et ainsi parer le coup qu’il lui allait lui porter dans la seconde, Siri n’eut cependant pas l’occasion d’aller plus loin ; d’une seule question, d’un seul regard, il lui asséna un violent coup à l’estomac, et lui renvoya ses paroles virulentes au fond du palpitant, à lui brûler les artères et lui éclater les veines. Siri Freknur était muette de stupeur ; par la détresse qu’elle lisait dans ses yeux et dans sa voix, par la nouveauté de ces reproches qu’elle n’avait jamais entendu de sa bouche, ni de sa plume, Tyr l’avait réduite à un silence de mort. Car la bergère, aussi entêtée fut-elle, s’était déjà laissé aller aux affres de l’ultime culpabilité, cette même culpabilité qui rongeait le chasseur de dragons et lui noircissait encore un bout d’elle-même. « Pour quoi d’autre ? », siffla-t-elle en plissant les prunelles, trahissant sa blessure et un manque d’honnêteté criant ; c’était l’unique tabou qu’elle était incapable de briser, forte d’une fierté de Raudi et d’une tristesse de dix ans trop vieille. Et pourtant son regard restait harponné au sien, lui exposant un visage blême, et deux pupilles dilatées par la hargne.

Comment osait-il lui jeter ses manquements en pleine figure ? Comment osait-il lui mettre le nez droit dans le passé, droit dans les non-dits qu'elle gardait enfermés au fond de son âme ? Elle s’approcha encore, jusqu’à atteindre une proximité dangereuse, et sa voix chuta sous une inflexion persifleuse, témoin de la fureur glaciale qui lui faisait trembler tout le corps. « Tu veux peut-être que l’on parle de l’incroyable courage dont tu as fait preuve en m’envoyant un corbeau ? Si tu avais tant envie que l’on discute, Helgason, pourquoi n’as-tu pas trouvé la force ? Aurais-tu perdu tes couilles sur le chemin qui te menait à moi ? » Siri haussa les sourcils avec un cynisme qui lui ressemblait peu, singeant volontairement l’expression lyrique qu’il avait choisi quelques instants plus tôt ; la réprimande passée, et face à cet adversaire réprobateur, elle n’avait d’autre choix que de s’aventurer en eaux dangereuses. Là où l’un comme l’autre risquait de se noyer.


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Ascendance : sang-pur (d'une famille tellement insignifiante que plusieurs ont des doutes, mais pourtant si, promis.)
Statut : draconnier, payeur de tournées dans les tavernes du Sviar. Mais pour gagner des sous, chasseur et commerçant de trucs qu'on trouve dans les montagnes.
Particularités : ◘ la révolution, c'est le bien (enfin les dragons aussi) ◘ Il parle Fourchelang mais garde ça pour lui la plupart du temps.
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(#) Sam 14 Déc - 18:39

FLAMMES CE SERA DONC.
siri & tyr
Dressé face à lui, Siri lui lancait encore plus violemment sa colère au visage. Chacun de ses mots ricochait immédiatement sur le coeur de Tyr, à vif depuis qu’elle était entrée dans la taverne, depuis qu’elle l’avait sorti de sa douce torpeur pour le plonger dans le bain glacé du souvenir. Pourtant, son coeur à elle était aussi à vif que le sien. Il le savait. Il savait que sa réponse un peu moins rapide que ses insultes précédentes trahissait ce silence qui l’habitait tant, lui. Ce silence du passé qui emplissait tout son esprit. « Pour quoi d’autre ? ». Un sourire terrible, sarcastique à souhait étira ses lèvres. Quoi d’autre. Il ne doutait pas une seule seconde que les mêmes images traversaient l’esprit de Siri. Ou bien aucune image. Juste la fumée opaque qui avait recouvert les dix dernières années. Juste le poids du tabou, couvercle insurmontable sur une relation perdue. Et parce que la meilleure défense est l’attaque, Siri repartit de plus belle, mordant et griffant le cœur à vif de son interlocuteur. « Tu veux peut-être que l’on parle de l’incroyable courage dont tu as fait preuve en m’envoyant un corbeau ? Si tu avais tant envie que l’on discute, Helgason, pourquoi n’as-tu pas trouvé la force ? Aurais-tu perdu tes couilles sur le chemin qui te menait à moi ? » Mais la dernière insulte ne suffit pas à effacer les reproches qu’elle venait de prononcer. Car c’étaient bel et bien des reproches. Marques d'un désir déçu. Le reproche n’existe que dans la bouche de celui qui espérait quelque chose. La nature même de ces reproches était blessante, mais Tyr ne les admettait pas. Pas ceux-là. Pas le reproche du silence, car face à cela, pour une fois, ils étaient aussi coupables l’un que l’autre. Et il n’allait pas omettre de lui signifier.

Mais il se perdit un instant de trop dans la mimique mesquine de Siri, faisant écho à sa propre ironie. Un goût amer dans sa bouche soudain. Était-ce vraiment à cela qu’ils étaient rendus ? Réduits à une amertume si profonde qu’ils la recouvraient de sarcasme et de lieux communs ? À se renvoyer la balle pour accuser dix années de perdues, de gâchées, pour un fiasco final mémorable ? Tyr fit une moue dégoutée. Il rêvait d’autre chose pour eux deux. Il avait rêvé de retrouvailles impossibles. Tout ce qu’ils pouvaient faire désormais, c’était s’éloigner un peu plus, se faire mal pour voir lequel serait le premier à tomber ? Helgason, pourquoi n’as-tu pas trouvé la force ? La force ? Mais où était cette force que Siri revendiquait avec tant de hargne ? « La force, tu l’as sapée à la racine avec ton silence Siri. » Son nom siffla dans l’air, son ton encore posé menacait de s’accélerer. « Parce que tu trouves ça normal peut-être de ne rien dire il y a dix ans, de ne pas répondre cinq ans après, et de finir par venir ici accuser l’autre de manquer de force ? Tu trouves que j’aurais du forcer ces barrières-là ? » Il décroche son regard des pupilles hargneuses de Siri, et son poing vient soudain frapper la table, comme pour se forcer à reprendre ses esprits, esprits qu’elle est en train d’éparpiller aux quatres coins de Migdard. « Tes signaux n’étaient pas des plus limpides hein. » Il n’avait pas voulu lui renvoyer le reproche, il ne l’avait pas souhaité. C’était pourtant plus ou moins ce qu’il venait de faire, parlant plus vite que sa pensée. Mais il devait se forcer à penser. Il devait se forcer à considérer la situation de plus haut, ils n’en sortiraient pas sinon. Jamais. Siri était peut-être hors d’elle, sa visite n’était peut-être motivée que par sa crainte pour Silke, mais Siri était là, en face de lui, une confrontation qu’il n’imaginait plus, qu’il ne craignait plus ni n’espérait. Si cela ne devait jamais se reproduire ? N’avait-il pas des choses plus intéressantes à lui dire ? Très vite, il enchaîne.

D’une voix bien plus basse : « Bien sûr que tout incroyable courage a disparu en moi quand il s’agissait d’aller à ta rencontre. Bien sûr qu’un corbeau était minable, mais tu es suffisamment perspicace pour deviner que je me vautrais dans la peur et dans la culpabilité, et il est pas franchement évident de construire un courage à partir de ça.  » Une question provocatrice lui vient sur les bords des lèvres, il la retient. Si une telle confrontation ne devait jamais se reproduire ?


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(#) Sam 14 Déc - 20:56

Entre ses dents, son prénom lui parut insupportable. Les sifflantes, glissant sur la rage qui montait dans la gorge de Tyr, portées par une haleine de bière, allèrent se planter en plein dans son plexus ; sa poitrine s’affaissa sous le coup d’estoc, et le visage blanc de Siri se crispa subrepticement. Elle n’était plus qu’une boule de nerfs, entremêlés sous sa peau blême, une pelote tarabiscotée à l’image de cette relation dans laquelle elle et Tyr se jetaient désormais sans faux-semblants ; la révolte grondait, elle le sentait dans les intonations montantes de sa voix, dans les changements involontaires de ses expressions. Pendue à l’injustice qu’elle voyait poindre dans ses yeux de héros –enfin un semblant de dispute mémorable qui se profilait, enfin le rétablissement de leur équilibre précaire de funambules, sur l’interminable fil qui les liait-, elle regardait la tempête gonfler dans la clarté verte de ses iris ; et elle de souffrir comme barque ballotée par la houle, allant se briser sur son crâne, s’abattre sur son cœur, et faire remonter jusqu’à ses lèvres son estomac malmené par le cynisme accroché aux traits de Tyr. Le cynisme, et le dégoût. Ce n’était que le reflet de son propre masque, un masque de haine qui lui recouvrait toute la tête, et qui se muait désormais en un casque solide, sur lequel les éléments fondaient avec acharnement, et secouait l’esprit de Siri avec une violence sans précédent. Ou plutôt si, il y en avait eu un, de précédent : c’était la même nausée, la même tourmente que lorsqu’elle avait compris que Sverre ne reviendrait plus. Cette prise de conscience ne rendit l’épreuve que plus terrible, et renfla son palpitant d’une nuance nouvelle.

Il n’eut même pas la force, ni la décence, de diriger son poing sur elle ; il lui préféra la table, qui accueillit le coup d’un bruit mat. Ce coup, s’il avait eu assez de courage pour le lui adresser, elle lui aurait rendu au centuple, et peut-être alors que tout aurait changé. Que fallait-il faire pour mériter l’honneur d’un uppercut ? Pour un affrontement sans regards détournés, sans fausses accalmies, pour une explosion qui aurait détruit la pelote informe dans laquelle ils s’empêtraient à chaque faux-semblant ? L’affront lui monta au nez, et elle donna un violent coup au pied de la table, qui tressauta sous la salve de coups injustifiés ; combien de fois avait-elle songé à ce maudit corbeau, auquel elle n’avait pas daigné répondre ? Combien de fois s’en était-elle voulu de rejeter malgré elle la faute sur le Fourchelang, sur le draconnier sans peur qui avait entraîné Sverre à sa suite ? Sverre s’était plongé tête la première dans cette aventure ; mais puisqu’il était mort, elle ne pouvait décemment pas lui en vouloir. Et puisqu’elle voulait vivre, elle ne pouvait pas non plus s’en vouloir ; n’était resté que Tyr qui était vite devenu la cible de sa propre culpabilité, une projection qu’elle retrouvait, dix ans trop tard, aussi vive qu’au premier jour.

Il ne lui laissa pas le temps d’intervenir, et elle l’agrippa par le col pour le sortir hors de ce détachement qui respirait la fausseté ; à quoi jouait-il ? A celui qui se maîtrise, et se laisse immoler par les flammes de sa fureur ? Siri, excédée, reprit sans mâcher ses mots ; autour de la table, un des amis s’était levé, comme pour prévenir la trop grande proximité de la dragonne. « Tu es en train de me dire que j’aurais dû me soucier de toi ? Qu’il aurait fallu excuser ta conduite au nom de ta culpabilité et m’apitoyer sur ton sort de lâche ? Ton petit jeu de pitié marche peut-être avec les putains que tu récoltes sur ta route, mais pas avec moi ! », cracha-t-elle en sentant une colère froide lui glisser jusqu’au bout des doigts, qui manquèrent d’aller se refermer sur son cou ; mais il y avait des gestes que Siri, bien qu’emportée par sa rage, savait définitifs. Et les esquisser aurait été condamner le dernier espoir, l’ultime lueur que, dans le brouillard de son courroux, elle ne distinguait même plus.

« Comment crois-tu que je me suis sentie, moi, pendant tout ce temps ? » Elle déglutit, continuant de lui envoyer droit dans les yeux son regard de tonnerre ; elle fut pourtant incapable de prononcer son nom, ou d’évoquer la tristesse sans nom qui l’avait envahie, lorsque Sverre, puis Tyr, s’étaient tout deux évanouis dans le néant. Chacun à leur manière. « As-tu songé à tout ce que tu as ramené, en m'envoyant ton corbeau pitoyable ? Tu n’aurais pas dû faire les choses à moitié et disparaître pour de bon ! », acheva-t-elle d'une voix qui n'avait plus rien de posé, comme si elle maudissait jusqu’au dernier des Helgason, et des imbéciles qui se jetaient corps et âme à la poursuite de créatures interdites.


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(#) Sam 14 Déc - 22:09

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Quelque chose cassa en Tyr. Les mains hargneuses de Siri sur son col glacèrent son sang dans ses veines. Mais c’était pour mieux le brûler de mots qui cette fois n’atteignirent plus son cœur mais sa rage directement. La rage sourde qui grondait depuis tant, tant d’années. La rage de s’être retrouvé seul, si seul face à la tragédie que les Nornes lui avaient envoyée. Rage de se retrouver incapable de réagir, incapable de faire quoi que ce soit, et quand il avait voulu amorcer un chemin, amorcer un geste, entamer une retrouvaille, un mur de silence. Une chappe de plomb venue étouffer ses espoirs avec ses doutes. Tous ses sentiments mêlés, perplexes, indébrouillables, étaient en train de tourner en une rage cristallisée autour de la seule qui aurait pu pourtant, fut un temps, les démêler. Celle qui aurait eu les clés en main pour apaiser la situation, mais qui n’avait pas été capable de le faire, comme lui n’avait pas été capable de prendre du recul ou de faire le bon choix. Celle qui aujourd’hui rejetait sur lui tant d’années de rêves échoués et d’amertume accumulée. Lâche. Pitié. Putains. Les mots attaquaient ses veines, attaquaient ses nerfs, et son corps frémissait à chaque nouvelle insulte impunie. « Comment crois-tu que je me suis sentie, moi, pendant tout ce temps ? » Il savait. Il savait parce qu’il avait essayé de se mettre à sa place, ce qu’elle se refusait opiniâtrment à faire. Elle était la fiancée de son ami. Amoureuse. Pleine de projets et d’utopies. Il avait essayé d’imaginer les rêves et les utopies tomber soudain à ses pieds. Il ne l’avait pas imaginé s’en relever si amère. Poupée de cire entre ses doigts tremblants, Tyr laissait courir sur ses yeux un regard neutre, à des lieues de la situation. Dernier ressort, dernier réflexe de sa conscience pour ne pas frapper de toutes ses forces les mots qui lui faisaient mal.

Plusieurs vikings autour d’eux s’étaient pourtant levés, et s’interpellaient les uns les autres, se tapaient le bras autour de la table qui n’allait bientôt pas tarder à valser s’ils continuiaient. Ils chuchotaient frénétiquement, comme des vautours sentant le sang. « Tu n’aurais pas dû faire les choses à moitié et disparaître pour de bon ! » Ce qui grondait au creux de son bas-ventre, ce qui bouillonnait dans ses veines, ce qui palpitait dans son cœur. Les colères, les sentiments, les non-dits et les silences, tous courraient soudain jusqu’à ses poings fermés, jusqu’à ses mâchoires serrées, jusqu’à ses tempes veinées de bleu. Soudain tout le frappa plus que le poing de Siri : les chuchotements frénétiques à leur côté, l’odeur pestilentielle de la taverne, les bruits de choppe reposés sur la table. Tout résonnait dans ses tympans avec une vigueur inhabituelle et suréelle.Tu n’aurais pas dû faire les choses à moitié et disparaître pour de bon !. Disparaître pour de bon. Lâche. Pitié. Putains. Ses yeux brûlants se fixèrent dans ceux de Siri.

Il arracha violemment les fines mains qui le retenaient par le col, ne décrochant pas son regard noir des prunelles de Siri. La rousse n’attendait que ça. Elle était venue jusqu’à ici, jusque sur ses terres, jusque dans l’antre où il se croyait en sécurité, pour le bousculer. Dix années de suite elle s’était tue, et elle revenait le chercher. Elle l’avait trouvé. Il tenait puissamment les poignets arrachés de son col entre ses doigts serrés, et la poussa soudain violemment vers l’arrière d’un coup dans la poitrine, manquant probablement de la faire trébucher. « Pourtant t’es revenue me chercher ! » Il avait crié. et presque couru vers elle de nouveau, ne la laissant pas reprendre son souffle : « Ça t’arrange hein, d’imaginer ma vie pleine de lâcheté et de putains ! Ca t’a bien arrangé toutes ces années, de te dire que j’étais une ordure pathétique, un sale mec ? » Il la poussa de nouveau violemment en arrière, ses deux paumes appuyant vigoureusement sur ses épaules de femme. Les vikings s’écartèrent sur leur passage. « Et comment tu faisais quand tu réalisais que tu te mentais ? Hein Siri ? Comment tu faisais quand tu réalisais qu’il suffisait pas de rejeter la faute pour faire partir la douleur ? » Il s’était rapproché de nouveau, tenant cette fois ces épaules entre ses mains, l’empêchant de réagir trop facilement. Il braqua ses prunelles dans les siennes, noires comme elles ne l’étaient jamais, le front barré de rides de colère, les veines palpitants dans son cou et sur ses poignets, son coeur battant à une vive allure. Tyr avait le visage rouge de chaleur et d’alcool, mais rouge surtout de rancœur. Cette rage bien particulière qu’elle avait fait sortir, cette confusion de sentiments et de hargne, c’était une rancœur immense, le puits sans fonds dans lequel il se noyait depuis dix ans.



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(#) Sam 14 Déc - 23:25

Ses poignets lui brulèrent soudain ; dans le brusque soubresaut du corps de Tyr, et le retournement de situation magistral qui se joua en moins d’une seconde, Siri aperçut le brasier qui lui incendiait le regard. Le vert du lac avait laissé place à de lourds nuages, qui lui avalaient jusqu’à l’iris et lui sortaient tout droit de l’âme. Ce fut une grimace reflétant à la fois douleur lancinante et surprise qui traversa brièvement ses traits ; elle ne récoltait désormais que les fruits de sa fureur, intimement mêlée à celle qui grandissait, sous la forme d’une culpabilité infinie, dans le cœur de Helgason. Le changement drastique dans le comportement de l’ivrogne, au même titre que l’atmosphère orageuse qui s’était emparée de la taverne tout entière, n’effrayait pas une Freknur élevée dans la rudesse du Noregr : déchargée de la responsabilité d’une Silke ou de l’attachement d’une Matilda, elle était prête à affronter la colère des mages –la colère de celui qui, d’un mouvement d’une violence qui manqua de la faire trébucher sur le sol inégal de la taverne, repoussa Siri et sa fureur avec une aisance que seuls conféraient l’alcool et la hargne. Et cette hargne, elle explosait désormais à la figure de la bergère ; elle se voyait désormais comme dans l’onde de l’étang, l’image de sa virulence ricochant sur Tyr pour la heurter de plein fouet.

Il lui crachait toute la vérité au visage, enrobé de ces mêmes sifflements qu’elle lui avait projetés, quelques instants plus tôt ; prétendre que Tyr n’était qu’une ordure, une raclure de troll responsable de la mort de Sverre, et de celle de tous les autres abrutis qui, le cœur vaillant, s’étaient précipités dans la gueule du dragon. Consciemment, elle avait cru avoir endossé le deuil avec la dignité d’une solitaire, et pardonné à ce gamin qui, par le plus malheureux des hasards, s’était retrouvé responsable de la disparition de tout un équipage. Mais ça avait été la manière de l’approcher, le chemin détourné pour la joindre, elle, plus tard, qui avait fait ressortir la rancœur et l’avait forcée à la projeter sur le chasseur, qui n’avait désormais plus rien d’un enfant ; son âme avait eu raison du reste, aux dépens de sa réputation de tolérante et de gracieuse. Les chocs se succédèrent, physique, d’abord, verbaux, ensuite. Il la poussa, la poussa, la poussa encore au cœur de la taverne qui s’agitait.

Mais toujours, il refusait de se battre. Siri savait pertinemment les raisons d’une telle retenue, même perdu dans les affres de la haine, et le réaliser lui serra la gorge comme un étau. Cela n’avait rien à voir avec son sexe, ni sa position de bergère ; cela avait simplement à voir avec l’affection qu’il avait encore pour elle, avec la complexité de leur rapport, et les ombres qui pesaient encore sur eux. Qu’aurait pensé Sverre, en les voyant se déchirer de la sorte ? Sûrement les aurait-il réprimandés comme des adolescents, en tentant vainement de faire barrière de son corps malingre. Il lui attrapa les épaules, et le bref instant de silence qu’il lui accorda, ses yeux noirs plantés dans les siens, fut le signal ; à l’intérieur de Siri, les barrages cédèrent aux flots d’amertume, à la tristesse carnassière, à la rage virulente qui lui déferla jusque dans le visage. Ce dernier pâlit, puis tourna à l’écarlate ; c’était dans ces moments-là qu’on lui conférait toute sa parenté aux Raudi. « QUE HEL T’EMPORTE ! », tonna-t-elle en expédiant un poing féroce sur le nez de Tyr, avant de se jeter sur lui, de toute sa rage, de toute sa férocité, de toute sa rancœur ; derrière elle, se fut tous les soûlards qui beuglèrent, et les coups partirent en un chaos dans lequel ils se fondirent.

Elle ne voyait plus rien, martelant comme on le lui avait appris, droit sur la peau de Tyr ; et dans la confusion, proche d’une rupture comme jamais elle n’avait atteinte, elle continuait de débattre. « De quel droit oses-tu parler de lui ? » Mais il n’avait jamais clairement mentionné Sverre. « De quel droit oses-tu parler de lui ? Comment oses-tu ? » Deux bras puissants émergèrent de Helheim, et vinrent la cueillir pour entraver sa fureur ; l’ami qui, un peu plus tôt, avait tenté de couper court à l’altercation était de nouveau intervenu, entravant une Siri qui, malgré tout, continuait de s’agiter en foudroyant Tyr du regard. « Je ne t’ai jamais rien demandé, Helgason ! Je n’ai quémandé ni ta compassion, ni tes remords, rien, rien du tout ! » « Vas-tu te taire, sale magygr ? Tu as fait assez de mal pour aujourd’hui ! » De son talon, Siri décocha un coup au tibia de l'indigent, qui gémit de douleur en desserrant son étreinte ; elle lui enfonça son coude dans le ventre, et, échevelée, la figure maculée d'un sang à l'origine inconnue -était-ce seulement le sien ?, elle fixa Tyr droit dans les pupilles. « Est-ce que les retrouvailles étaient à la hauteur de tes attentes ? Je ne vois vraiment pas ce que tu craignais, fils d'Helgi. »


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(#) Dim 15 Déc - 14:05

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siri & tyr
Il l’avait écoutée. Il l’avait repoussée. Il lui avait répondu. Il l’avait confrontée à ses propres vérités. Il avait finalement laissé la violence parler pour se défendre. Mais jamais il n’avait attaqué. Jamais il n’avait parler de Sverre. L’ami dont le prénom simplement remémoré faisait si mal à son coeur. Tyr n’attaquerait pas Siri, quel que soit la rage bouillonnante en lui. Précisément pour l’ami maudit. En son nom. Il ne pouvait porter la main sur sa fiancée. Mais c’était sans compter ce qui se tramait dans l’âme de Siri. Elle se jeta sur lui sans qu’il ait le temps de réagir. Il pensait l’avoir éloignée, quand il avait en fait soufflé la dernière étincelle nécessaire à l’enflammement de sa colère. Ses poings vinrent faire hurler son corps, son visage, son ventre, ses épaules. Il ne s’attendait pas à la volée de coups et eut un mouvement de recul.

« PAR THOR ! » Une exclamation de surprise, avant qu’il n’attaque à son tour. Il repensa à son dépit de ne recevoir aucune réponse. Il repensa au silence dans lequel Siri l’avait enfermé depuis dix ans. Il repensa aux mots qu’elle venait de lui lancer à la figure. Il n’eut besoin que de quelques secondes pour sentir ses poings se fermer, ses jointures blanches craquer. Il lui envoya son poing dans la figure et frappa celle qui attaquait. Le coup était tout à la fois libérateur et néfaste. Un quart de seconde, il eut le temps de voir le sang couler du nez de Siri. Un quart de seconde, il aurait voulu déchirer le visage hargneux, le faire plier sous sa hargne, le déformer sous les coups. Que Siri saigne, que le corps trahisse enfin ce que les yeux de glace s’obstinaient à cacher. Que le corps s’affaisse et plie devant la douleur. Mais la majorité des mouvements de Tyr visait en réalité à parer les attaques de son adversaire. De ses bras libres, il protégeait son visage autant qu’il pouvait. « De quel droit oses-tu parler de lui ? Comment oses-tu ? » Il n’avait pas parlé de lui. Il le savait. Car s’il avait parlé de lui, il ne serait pas en train de se battre. Il serait échoué à pleurer dans un coin de la taverne. S’il s’était imaginé la présence de Sverre à leurs côtés il… Elle en parlait. Elle brisait le tabou qui les déchirait autant l’un que l’autre. Tyr envoya un poing dans son ventre et hurla un râlement inarticulé. Il s’affaissait. Si des mains amies n’avaient pas arrêté Siri, il serait tombé sous ses coups. La présence de Sverre à son esprit avait déchiré le brouaha de leurs coups, les sifflements de leurs amertumes, mais déjà Siri interférait avec ses pensées : « Est-ce que les retrouvailles étaient à la hauteur de tes attentes ? Je ne vois vraiment pas ce que tu craignais, fils d'Helgi. » Il passa son bras sur sa bouche qui goûtait un sang trop amer, sa manche s’en retrouva rouge et humide. Il dardait toujours sur Siri ses prunelles incandescentes : « Sverre ! Dis son nom ! Sverre était mon ami ! Tu le vois témoin de notre déchirure ? »

Il avait hurlé. Le nom de Sverre avait surgi dans la torpeur qui paralysait son corps, dans le silence qui avait suivi l’intervention de l’ami, les hurlements des vikings alentours s’étaient tus quelques instants, chacun devinant que la baston était finie. Probablement un peu trop rapidement à leur goût. Et soudain ce nom qui traversait les coeurs. « La honte de notre combat, voilà ce que je craignais ! La douleur ! Là ! » Et sur le dernier mot, voulant pointer du doigt le coeur de Siri, c’est son poing qui s’y enfonça. Il cracha à même le sol le sang qui lui brûlait la langue. Se rapprochant encore un peu plus d’elle, voulant atteindre ce que de toutes évidences ses coups n’avaient pas fait craquer, il lâcha entre ses dents serrées : « Sverre ! Et moi, c’est Tyr. Quand as-tu décidé de m’appeler par mon nom de famille hein ? Quand as-tu décidé d’être pleine de mépris et de hargne ? Si je suis si faible, si lâche, que tu ne me reconnais même plus, qu’est-ce que tu essaies au juste de faire surgir en attaquant ? Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? De quoi me crois-tu capable ? Tu penses que des coups vont te libérer ? De moi ? Du souvenir ? » Il se maudit en sentant ses yeux s’embuer. Peut-être est-ce le froid qui s’engouffrait par la porte, la chaleur dégagée par les coups. Peut-être n’étaient-ce pas les pensées terribles qui lui lacéraient le ventre. « J’ai pas besoin de ta colère, j’ai pas besoin de ta douleur, et je n’avais certainement pas besoin de ces retrouvailles-là ! ». Maelström final. Sa propre douleur lui suffisait amplement, ses yeux brûlaient et rapidement, mimant le geste précédent pour essuyer son nez, il passa son bras sur ses yeux, espérant tromper l'attention de Siri.

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Pseudo : fried tofu (tiff)
Crédits : moneyhoney.
Avatar : Sienna Guillory.
Ici depuis le : 27/11/2013
Messages : 201

Âge du personnage : 38 ans.
Ascendance : Sang roux, euh, pur.
Statut : Éleveuse de moutons multicolores, péteuse de nez à mi-temps.
Dédoublement de personnalité : ségère & mini-Odinn.
Points : 82

Feuille de personnage
LOCALISATION : Gröenland.
JE COMPÉTITIONNE POUR : Dürmstrang.
INVENTAIRE :

(#) Dim 15 Déc - 17:56

L’ultime coup lui fut décoché par les mots ; le prénom, sitôt qu’il eut franchi les lèvres de Tyr, alla s’écraser en plein dans la poitrine de Siri, lui éclatant le cœur de ses deux malheureuses syllabes. Sverre. De ses traits, le cynisme retomba avec violence, appesanti par le tabou qu’il lui projetait à la figure. Sverre, un des plus vieux amis de Tyr. Sverre, qui les observait du Valhalla avec un air furibond, déçu par la conduite de Siri, déçu par le comportement de Tyr. Un souffle de honte lui courut sous la peau, jusqu’à empourprer ses joues épargnées par les poings ; elle n’était pas encore prête à aplanir les montagnes qui se dressaient entre eux, monuments de rancœur et de rage, et retourna donc le sentiment ingrat vers Tyr, Tyr qui réveillait les morts, Tyr qui provoquait sa fureur, Tyr qui la replaçait à cette position de teigne, de carnassière, de créature maléfique.

Il lui écrasa son poing en pleine poitrine, et elle trébucha sous l’impact, se rattrapant de justesse à une table dont le contenu voltigea ; le corps affaissé trahissait la corde sensible sur laquelle le chasseur, d’un prénom interdit, avait violemment tiré, et elle se redressa difficilement, le corps meurtri par les coups. Cet imbécile ne pouvait-il pas se contenter d’une simple bagarre ? Elle ne voulait pas aborder le passé qui ne l’avait jamais tant obsédée qu’en cet instant.

Elle essuya le sang qui lui dévala du nez du revers de sa manche, et affronta toute la hargne de son adversaire, accrochée à ses yeux sombres, le visage encore crispé par la douleur, physique et morale, qui lui avait infligée –et lui infligeait toujours. Siri retint son souffle. Devant elle, Tyr pleurait. Mortifiée par la découverte, qui renversait tout ce à quoi elle s’était raccrochée jusqu’alors, elle se retrouvait face à l’impensable. Dix ans plus tard, Tyr pleurait toujours. Et elle n’avait pas encore versé une larme. Prise d’une violence sourde, et, surtout, atteinte malgré elle par la détresse de l’ancien ami, la bergère à la gorge serrée fronça les sourcils, avant d’abattre sa paume sur le crâne de Helgason. « Arrête de pleurer, imbécile ! » Arrête de pleurer quand j’en suis incapable. « Tu crois peut-être que c’est la solution ? Et comment peux-tu exiger que je t’épargne, quand tu n’as même pas eu le courage, toi, de provoquer ces maudites retrouvailles ? » La boucle était bouclée, de retour au sujet initial de leur discorde ; ce n’était pourtant pas un lâche. Maintenant que l’incendie s’amenuisait, éteint par les larmes de Tyr, elle commençait à y voir plus clair. Et cette clarté nouvelle l’aveuglait, lui remuait les entrailles et la plongeait dans un profond inconfort, car sa colère n’avait désormais plus rien de légitime.

Et pour la première fois depuis son entrée, elle prit conscience de tout un monde qui s’agitait autour d’eux. La scène qu’elle venait de jouer devant les yeux d’inconnus la rendit muette de honte ; elle n’avait plus rien à hurler, plus rien à crier, à vomir, à cracher droit au visage de Tyr. Elle savait qu’il comprendrait tout une fois qu’elle serait partie ; aussi planta-t-elle à nouveau son regard dans le sien, une nuance supplémentaire mâtinant ses traits, et ouvrit la bouche comme pour lui planter, d’une dernière réplique, un ultime poignard au coeur. Sverre. Le souvenir de leur précieuse amitié dansait dans ses prunelles embuées.

Alors Siri se tut ; et dans un geste vif, qui dénotait encore de la rage bouillonnante qu’elle traînait au fond de son estomac, elle se détourna de Tyr, se détourna de leur violent accroc, se détourna de leurs retrouvailles manquées. Elle repoussa l’imbécile qui avait essayé de l’entraver, fondit droit vers la sortie, insensible aux regards et aux invectives, et fit basculer la porte de ses mains tremblantes ; dehors, son cœur s’emballait toujours autant, mais personne ne pourrait voir l’infinie tristesse qui avait manqué de déborder.


And you know, for the first time, for the very first time, that there will now be a before and an after, a was and a will be. And that you will never again quite be the same person you were.
(gif tumblr/code northern lights.)
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Pseudo : regenbogen (mais appelez-moi Lu en cas plutôt)
Crédits : gentle hart
Avatar : Richard Madden
Ici depuis le : 08/12/2013
Messages : 92

Âge du personnage : trente-trois ans.
Ascendance : sang-pur (d'une famille tellement insignifiante que plusieurs ont des doutes, mais pourtant si, promis.)
Statut : draconnier, payeur de tournées dans les tavernes du Sviar. Mais pour gagner des sous, chasseur et commerçant de trucs qu'on trouve dans les montagnes.
Particularités : ◘ la révolution, c'est le bien (enfin les dragons aussi) ◘ Il parle Fourchelang mais garde ça pour lui la plupart du temps.
Dédoublement de personnalité : l'indienne ♥
Points : 176

Feuille de personnage
LOCALISATION : Sviar - Skuli
JE COMPÉTITIONNE POUR : Skuli
INVENTAIRE :

(#) Dim 15 Déc - 19:16

Elle était partie, le laissant pantois, hagard. Défait, ulcéré, désespéré, énervé. Il n’entendait rien aux questions qu’on lui posait, aux conseils qu’on lui prodiguait, aux remontrances qu’on lui faisait. Ce qu’il aurait du faire, ce qu’il aurait du dire. Ce qu’il n’aurait pas du faire, ce qu’il n’aurait pas du dire. Qui elle était. La vue brouillée, il regardait le mur près duquel elle se tenait plutôt. Qui était-elle. Celle qui venait de faire ressurgir une douleur enfouie, et de l’accrocher à une colère nouvelle. Le dernier regard qu’elle lui avait lancé, indescriptible. Il s’était attendu à une dernière insulte, à un mot final. Au lieu de cela son regard pénétrant, une fois de plus, une énième fois. S’était-elle abstenue ? Et au nom de quoi ? D’un geste irrité, il repoussa les amis et les questions, s’engouffrant par la porte d’où elle venait de sortir. À droite. À gauche. Elle avait disparu. Alors il poussa un long cri, un râle de hargne et de détresse.
Et lentement, titubant, il se remit en route.


TO BE CONTINUED   

la suite directe des aventures de tyr, c'est par ici.
les retrouvailles prochaines avec siri, c'est par là.
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qui attise la colère périra dans les flammes | TYR

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